Chères toutes, chers tous,
Vous trouverez sur le lien ci-dessous une interview sur l'enseignement de l'arabe en France publiée sur un blog du site Médiapart.
Bonne lecture!
https://blogs.mediapart.fr/les-yeux-de-la-parole/blog/060319/la-langue-arabe-ne-sacquiert-pas-au-detriment-du-francais-mais-en-complementarite
Cordialement,
Le comité de l'AFDA.
Association non confessionnelle fondée en 1973 pour défendre les intérêts professionnels, moraux et matériels de ses membres, et travailler à la promotion des études arabes.
Collège de France, 52, rue du cardinal Lemoine - 75005 Paris, France
Statuts de l'association
Adhérer à l'AFDA
Contact: afda33@gmail.com
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lundi 11 mars 2019
mardi 18 septembre 2018
Suite aux propos de Jean-Michel Blanquer, l'AFDA se mobilise dans les médias
Chèr.e.s tou.te.s
Suite aux controverses provoquées par les propos de Jean-Michel Blanquer souhaitant encourager l'enseignement de l'arabe dans le secteur public, l'AFDA s'est mobilisée dans les médias.
Voici le lien vers la tribune signée par Joseph Dichy (CIDEA) et Pierre-Louis Reymond (AFDA) dans Le Parisien:
http://www.leparisien.fr/ societe/l-enseignement-de-l- arabe-est-issu-d-une- tradition-seculaire-et- prestigieuse-16-09-2018- 7890279.php
Voici également le lien vers l'interview de Marie Varin (AFDA) par LCI:
https://www.lci.fr/societe/enseignement-cours-d-arabe-a-l-ecole-il-est-enseigne-en-france-depuis-francois-ier-2098205.html
Cordialement,
Marie Varin,
Secrétaire de l'AFDA
Suite aux controverses provoquées par les propos de Jean-Michel Blanquer souhaitant encourager l'enseignement de l'arabe dans le secteur public, l'AFDA s'est mobilisée dans les médias.
Voici le lien vers la tribune signée par Joseph Dichy (CIDEA) et Pierre-Louis Reymond (AFDA) dans Le Parisien:
http://www.leparisien.fr/
Voici également le lien vers l'interview de Marie Varin (AFDA) par LCI:
https://www.lci.fr/societe/enseignement-cours-d-arabe-a-l-ecole-il-est-enseigne-en-france-depuis-francois-ier-2098205.html
Cordialement,
Marie Varin,
Secrétaire de l'AFDA
mardi 1 décembre 2015
"L’arabe, plus qu’une langue ? / Is Arabic more than just a language ?"
Chères toutes et tous,
Vous trouverez ci-dessous les références d'un article passionnant de Pierre Larcher:
Vous trouverez ci-dessous les références d'un article passionnant de Pierre Larcher:
"L’arabe, plus qu’une langue ? / Is Arabic more than just a language ?", entretien avec Hervé Pugi, dans 54 États. Le Magazine de l’Afrique, Dossier spécial Islam en Afrique. Au delà des préjugés, n° 24, Novembre-Décembre 2015, p. 46-49.
et le lien vers la revue:
Bonne lecture!
Marie Varin
Vice-présidente de l'AFDA
mardi 24 juin 2014
vendredi 18 avril 2014
Pierre Larcher a parlé aujourd'hui sur France Culture, dans "Cultures d'islam" avec Abdelwahhab Meddeb
Pierre Larcher, Professeur à Aix-Marseille Université, a parlé de sa traduction en français du recueil "Zuhayra!" composé par le poète Abu Kabir al-Hudhali, qui a vécu entre le VIe et le VIIIe dans le Hedjaz.
Vous pouvez dès maintenant podcaster cette émission.
http://www.franceculture.fr/emission-cultures-d-islam-le-poete-a-sa-fille-2014-04-18
Cordialement,
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA
Vous pouvez dès maintenant podcaster cette émission.
http://www.franceculture.fr/emission-cultures-d-islam-le-poete-a-sa-fille-2014-04-18
Cordialement,
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA
samedi 15 février 2014
jeudi 13 février 2014
Un reportage sur l'enseignement de l'arabe en France, diffusé le 11 février sur la chaîne Médi1TV
Chères toutes et chers tous,
Vous trouverez ci-joint le lien vers un reportage très intéressant et exhaustif sur la situation actuelle de la langue arabe en France, réalisé par Yahya Assam.
http://www.medi1tv.com/fr/ france-langue-arabe-l-enjeu- social-medi-investigation- emission-11620-11
Cordialement,
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA.
Vous trouverez ci-joint le lien vers un reportage très intéressant et exhaustif sur la situation actuelle de la langue arabe en France, réalisé par Yahya Assam.
http://www.medi1tv.com/fr/
Cordialement,
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA.
mercredi 12 février 2014
Important: une tribune commune CIDEA/AFDA
Bonjour à tous,
La situation très grave de l'enseignement de l'arabe en France, suite à la non ouverture du CAPES d'arabe, est décrite par Pierre-Louis Reymond, président de l'Association française des arbisants (AFDA) et moi-même pour le CIDEA (Comité interuniversitaire d'études arabes**), dans une Tribune que nous avons adressé à Médiapart.
Ce matin, 12 février, elle est à la Une (www.mediapart.fr), et est annoncée, dans une version légèrement remaniée, dans Lemonde.fr.
Voici par ailleurs son lien permanent, que je vous demande de diffuser autour de vous:
http://blogs.mediapart.fr/ edition/les-invites-de- mediapart/article/110214/va-t- rouvrir-le-capes-d-arabe.
L'enjeu est énorme pour nos enseignements en général, et pour le rôle que doit jouer dans ce domaine le service public laïc.
Bien cordialement à tous,
Joseph Dichy,
Secrétaire général du CIDEA
**Créé dès la fin des années 1970 sur une recommandation du service public, le Comité interuniversitaire d’études arabes (CIDÉA) comprend six membres élus par les directeurs de départements d’arabe langue et civilisations étrangères ou langues étrangères appliquées de l’enseignement supérieur français. Il constitue une structure de consultation pouvant répondre à la demande des ministères de tutelle, et contribuer à une harmonisation des enseignements et à l’information des départements d’études arabes dans le cadre des grandes orientations du Ministère de l'Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
La situation très grave de l'enseignement de l'arabe en France, suite à la non ouverture du CAPES d'arabe, est décrite par Pierre-Louis Reymond, président de l'Association française des arbisants (AFDA) et moi-même pour le CIDEA (Comité interuniversitaire d'études arabes**), dans une Tribune que nous avons adressé à Médiapart.
Ce matin, 12 février, elle est à la Une (www.mediapart.fr), et est annoncée, dans une version légèrement remaniée, dans Lemonde.fr.
Voici par ailleurs son lien permanent, que je vous demande de diffuser autour de vous:
http://blogs.mediapart.fr/
L'enjeu est énorme pour nos enseignements en général, et pour le rôle que doit jouer dans ce domaine le service public laïc.
Bien cordialement à tous,
Joseph Dichy,
Secrétaire général du CIDEA
**Créé dès la fin des années 1970 sur une recommandation du service public, le Comité interuniversitaire d’études arabes (CIDÉA) comprend six membres élus par les directeurs de départements d’arabe langue et civilisations étrangères ou langues étrangères appliquées de l’enseignement supérieur français. Il constitue une structure de consultation pouvant répondre à la demande des ministères de tutelle, et contribuer à une harmonisation des enseignements et à l’information des départements d’études arabes dans le cadre des grandes orientations du Ministère de l'Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
samedi 14 décembre 2013
Le blog de Constance Bauer, étudiante en journalisme audiovisuel, parlant d'un reportage sur la langue arabe
Bonjour à tous,
Vous trouverez ci-joint le blog de Constance Bauer, étudiante en journalisme audiovisuel à Paris III Sorbonne Nouvelle, qui y décrit son expérience dans l'élaboration d'un reportage sur la langue arabe en France.
Cordialement,
Marie Robache.
http://constancebauer.wordpress.com/2013/11/13/decryptage-les-premisses-dune-experience-journalistique/
Vous trouverez ci-joint le blog de Constance Bauer, étudiante en journalisme audiovisuel à Paris III Sorbonne Nouvelle, qui y décrit son expérience dans l'élaboration d'un reportage sur la langue arabe en France.
Cordialement,
Marie Robache.
http://constancebauer.wordpress.com/2013/11/13/decryptage-les-premisses-dune-experience-journalistique/
vendredi 18 octobre 2013
"Le Petit Nicolas kiffe l'arabe" - Le Parisien Magazine
Chères toutes et chers tous,
Le Parisien Magazine du 27 septembre 2013 contient un article très intéressant (pp. 60-61) sur la publication d'une traduction en dialectes maghrébins du Petit Nicolas, héros de Sempé et Goscinny. L'article de Julien Marival a le mérite de poser la problématique de la place des dialectes arabes en France, même si l'on peut déplorer des raccourcis entre l'arabe du Coran et l'arabe officiel des pays arabes actuels, ainsi que l'arabe moderne enseigné dans le secteur public français.
Bonne lecture!
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA.
Le Parisien Magazine du 27 septembre 2013 contient un article très intéressant (pp. 60-61) sur la publication d'une traduction en dialectes maghrébins du Petit Nicolas, héros de Sempé et Goscinny. L'article de Julien Marival a le mérite de poser la problématique de la place des dialectes arabes en France, même si l'on peut déplorer des raccourcis entre l'arabe du Coran et l'arabe officiel des pays arabes actuels, ainsi que l'arabe moderne enseigné dans le secteur public français.
Bonne lecture!
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA.
mercredi 11 septembre 2013
Un article transmis par notre trésorière: la situation préoccupante de l'arabe dans le public en Eure-et-Loir à la rentrée 2013
https://docs.google.com/file/d/0BzBazmYrYBKBM0FzU1dCNEhlRzg/edit?usp=sharing
jeudi 5 septembre 2013
Un article de "Le Monde" sur notre collègue Tahar Bekri
https://docs.google.com/file/d/0BzBazmYrYBKBdXpxWDRzdldQMGc/edit?usp=sharing
Bonne lecture!
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA.
Bonne lecture!
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA.
dimanche 16 juin 2013
Reportage sur la situation de l'enseignement de l'arabe en France, par quatre étudiantes en journalisme de Paris III Sorbonne Nouvelle
Bonjour à tous,
Vous trouverez ci-dessous la bande-annonce et le reportage (9ème-24ème minutes) sur la situation de l'enseignement de l'arabe en France, mis en ligne en avril 2013. Il s'agit d'un reportage réalisé par quatre étudiantes en journalisme avec la collaboration de l'AFDA, de Bruno Levallois et d'Aïcha Marmouset, et décrypté par Anne Sinclair.
Bon visionnage!
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA.
http://www.dailymotion.com/video/xyph50_bande-annonce-decryptage-avec-anne-sinclair_school#.Ub3ylLFOLIV
http://www.dailymotion.com/video/x10tros_decryptage-avec-anne-sinclair_school#.Ub3ysbFOLIX
Vous trouverez ci-dessous la bande-annonce et le reportage (9ème-24ème minutes) sur la situation de l'enseignement de l'arabe en France, mis en ligne en avril 2013. Il s'agit d'un reportage réalisé par quatre étudiantes en journalisme avec la collaboration de l'AFDA, de Bruno Levallois et d'Aïcha Marmouset, et décrypté par Anne Sinclair.
Bon visionnage!
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA.
http://www.dailymotion.com/video/xyph50_bande-annonce-decryptage-avec-anne-sinclair_school#.Ub3ylLFOLIV
http://www.dailymotion.com/video/x10tros_decryptage-avec-anne-sinclair_school#.Ub3ysbFOLIX
mardi 2 avril 2013
Le dossier "Parler l'arabe c'est la classe" est paru dans le numéro d'avril du Courrier de l'Atlas
Ce dossier est un état des lieux très intéressant sur la situation de l'arabe dans les différentes générations issues de l'immigration maghrébine, sur le bilinguisme français-arabe, et sur la situation de la langue arabe dans les secteurs public et privé en France. Bonne lecture!
Marie Robache,
Vice-présidente de l'AFDA
mercredi 9 mars 2011
A lire sur rue 89: Ils étudient l'arabe au lycée et rêvent de « travailler à Dubaï »
En France, les élèves apprennent l'arabe par cohérence identitaire et ambition professionnelle. Reportage dans un lycée marseillais.
(De Marseille) « Yala ya chebab ! » Il est 8 heures, Zina Chamla, professeure d'arabe au lycée Montgrand, dans le centre-ville de Marseille, invite les élèves à entrer dans sa salle. Dans l'établissement, ils sont 108 à avoir fait ce choix. En France, 6 000 dans le secondaire seulement.Dans le couloir, c'est la pagaille. Dans la classe de madame Chamla aussi, mais ce qui émane du lieu est avant tout une remarquable bonne humeur. Six terminales LV2 (deuxième langue vivante) prennent place sur les chaises alignées en face du tableau noir.
Lire la suite sur rue89
jeudi 22 juillet 2010
A lire dans Libération: Sarkozy a oublié son discours sur l’enseignement de la langue arabe
Par Véronique Soulé
Des promesses, toujours des promesses. Comme ministre de l’Intérieur, puis comme chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy s’est beaucoup impliqué dans la réorganisation de l’islam de France. Sur la scène européenne, il se présente volontiers comme le leader du rapprochement avec les pays de la Méditerranée. Aussi avait-il voulu donner un éclat particulier aux premières Assises de l’enseignement de la langue et de la culture arabes en France qui se sont tenues à Paris, le 9 octobre 2008. Dans un message lu à la tribune, il avait alors fait de grandes déclarations : «La langue arabe est une langue d’avenir et de progrès, de science et de modernité.Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe.» Avant de conclure : «Je souhaite que ces assises débouchent sur des pistes concrètes de développement de l’enseignement de l’arabe en France.»
Les enseignants d’arabe avaient alors cru en un avenir radieux, d’autant plus que Xavier Darcos, alors ministre de l’Education, avait annoncé plusieurs mesures dans la foulée - comme l’ouverture de sections avec de l’arabe en sixième. Or, qu’en est-il un an et demi après ? Aucune de ces mesures n’a été mise en place.
Lire la suite
Des promesses, toujours des promesses. Comme ministre de l’Intérieur, puis comme chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy s’est beaucoup impliqué dans la réorganisation de l’islam de France. Sur la scène européenne, il se présente volontiers comme le leader du rapprochement avec les pays de la Méditerranée. Aussi avait-il voulu donner un éclat particulier aux premières Assises de l’enseignement de la langue et de la culture arabes en France qui se sont tenues à Paris, le 9 octobre 2008. Dans un message lu à la tribune, il avait alors fait de grandes déclarations : «La langue arabe est une langue d’avenir et de progrès, de science et de modernité.Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe.» Avant de conclure : «Je souhaite que ces assises débouchent sur des pistes concrètes de développement de l’enseignement de l’arabe en France.»
Les enseignants d’arabe avaient alors cru en un avenir radieux, d’autant plus que Xavier Darcos, alors ministre de l’Education, avait annoncé plusieurs mesures dans la foulée - comme l’ouverture de sections avec de l’arabe en sixième. Or, qu’en est-il un an et demi après ? Aucune de ces mesures n’a été mise en place.
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mardi 8 juin 2010
Où vont nos engagements géopolitiques, laïcs et sociaux ?
Le Monde a publié le 8 juin dernier une tribune de Pierre-Louis Reymond, qui s'exprimait en son nom propre, et non en tant que président de l'AFDA.
Parce que les engagements géopolitiques, laïcs et sociaux, ensemble, se trouvent aujourd'hui malmenés par un raisonnement à court terme, budgétaire, gestionnaire et mécanique, le temps est venu de nous mettre en face de nos engagements…
Les menaces de suspension du Capes d'arabe qui planent actuellement au sein de l'éducation nationale soulèvent un problème de taille : va-t-on abandonner, avec toutes les implications idéologiques que cela comporte, l'enseignement de la langue et de la culture arabes à des structures associatives, le plus souvent confessionnelles, et se prendre ainsi au propre piège de l'enfermement communautaire que nous ne cessons pourtant de dénoncer ?
Il faut croire que le gouvernement n'en est pas à une contradiction près. A l'heure où, jadis ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy s'était saisi avec courage du dossier épineux de l'institutionnalisation d'un islam de France, à l'heure où, élu président, il décidait la réintégration de la Syrie dans le concert des partenaires avec lesquels il faudrait désormais compter dans les négociations pour la résolution des conflits au Proche-Orient, à l'heure où, lucide, il décidait de la création des premières assises de l'enseignement de la langue et de la culture arabes en France, à l'heure où des signes forts étaient émis en direction d'une région du monde dont l'histoire ne cesse de nous montrer qu'elle est pour nous un partenaire historique, géopolitique et économique incontournable…
LE DIKTAT D'UNE LOGIQUE COMPTABLE
A l'heure où ces marques de vigilance significatives étaient portées à des facteurs qui engagent le destin et la position de la France dans le monde, à l'heure où l'on commençait à ouvrir sérieusement le dossier de l'exception culturelle d'une laïcité bien comprise, mon inquiétude est vive. Elle est vive parce qu'en ramenant la langue et la culture arabes en France au statut de discipline rare, on bascule à nouveau dans le contresens que l'on semblait avoir cessé de commettre : l'étroitesse de nos relations avec le Maghreb et le Moyen-Orient, à de nombreuses reprises manifestées sur la scène diplomatique par le président, la volonté louable de décommunautariser notre espace social, la nomination d'un commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, le souhait manifesté officiellement par un président de la République, pour la première fois dans l'histoire de notre pays, que "davantage de jeunes Français reçoivent en partage la langue arabe", tout cela va-t-il être freiné par le diktat d'une logique comptable à l'issue de laquelle, si elle est appliquée, l'impact des économies réalisées par la coupe budgétaire envisagée sera infinitésimal au regard des risques que nous courons à voir une discipline, une culture et une civilisation, qui sont au cœur de notre actualité régentées, contrôlées et orientées par ceux qui ne manqueront pas de s'autoproclamer spécialistes d'un domaine que ni leurs qualifications, ni leur compétence ne leur permettent de maîtriser.
Ces esprits qui nous gouvernent, et auxquels on fera crédit qu'ils ne sont pas dénués d'intelligence, devraient se rappeler de toute urgence ce que disait la philosophe Simone Weil de l'argent : "Il l'emporte sans peine sur tous les autres mobiles, parce qu'il demande un effort d'attention tellement moins grand. Rien n'est si clair et si simple qu'un chiffre". Et les dégâts qu'il peut engendrer aussi.
Pierre-Louis Reymond, agrégé de langue et littérature arabes.
Source: lemonde.fr
Parce que les engagements géopolitiques, laïcs et sociaux, ensemble, se trouvent aujourd'hui malmenés par un raisonnement à court terme, budgétaire, gestionnaire et mécanique, le temps est venu de nous mettre en face de nos engagements…
Les menaces de suspension du Capes d'arabe qui planent actuellement au sein de l'éducation nationale soulèvent un problème de taille : va-t-on abandonner, avec toutes les implications idéologiques que cela comporte, l'enseignement de la langue et de la culture arabes à des structures associatives, le plus souvent confessionnelles, et se prendre ainsi au propre piège de l'enfermement communautaire que nous ne cessons pourtant de dénoncer ?
Il faut croire que le gouvernement n'en est pas à une contradiction près. A l'heure où, jadis ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy s'était saisi avec courage du dossier épineux de l'institutionnalisation d'un islam de France, à l'heure où, élu président, il décidait la réintégration de la Syrie dans le concert des partenaires avec lesquels il faudrait désormais compter dans les négociations pour la résolution des conflits au Proche-Orient, à l'heure où, lucide, il décidait de la création des premières assises de l'enseignement de la langue et de la culture arabes en France, à l'heure où des signes forts étaient émis en direction d'une région du monde dont l'histoire ne cesse de nous montrer qu'elle est pour nous un partenaire historique, géopolitique et économique incontournable…
LE DIKTAT D'UNE LOGIQUE COMPTABLE
A l'heure où ces marques de vigilance significatives étaient portées à des facteurs qui engagent le destin et la position de la France dans le monde, à l'heure où l'on commençait à ouvrir sérieusement le dossier de l'exception culturelle d'une laïcité bien comprise, mon inquiétude est vive. Elle est vive parce qu'en ramenant la langue et la culture arabes en France au statut de discipline rare, on bascule à nouveau dans le contresens que l'on semblait avoir cessé de commettre : l'étroitesse de nos relations avec le Maghreb et le Moyen-Orient, à de nombreuses reprises manifestées sur la scène diplomatique par le président, la volonté louable de décommunautariser notre espace social, la nomination d'un commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, le souhait manifesté officiellement par un président de la République, pour la première fois dans l'histoire de notre pays, que "davantage de jeunes Français reçoivent en partage la langue arabe", tout cela va-t-il être freiné par le diktat d'une logique comptable à l'issue de laquelle, si elle est appliquée, l'impact des économies réalisées par la coupe budgétaire envisagée sera infinitésimal au regard des risques que nous courons à voir une discipline, une culture et une civilisation, qui sont au cœur de notre actualité régentées, contrôlées et orientées par ceux qui ne manqueront pas de s'autoproclamer spécialistes d'un domaine que ni leurs qualifications, ni leur compétence ne leur permettent de maîtriser.
Ces esprits qui nous gouvernent, et auxquels on fera crédit qu'ils ne sont pas dénués d'intelligence, devraient se rappeler de toute urgence ce que disait la philosophe Simone Weil de l'argent : "Il l'emporte sans peine sur tous les autres mobiles, parce qu'il demande un effort d'attention tellement moins grand. Rien n'est si clair et si simple qu'un chiffre". Et les dégâts qu'il peut engendrer aussi.
Pierre-Louis Reymond, agrégé de langue et littérature arabes.
Source: lemonde.fr
samedi 12 septembre 2009
Faire de la langue arabe une option comme une autre, par Jean-François Copé
Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, a publié sur le magazine en ligne slate.fr une tribune en faveur du développement de l'enseignement de l'arabe. Si cette tribune n'engage évidemment que son auteur, l'AFDA se félicite d'y retrouver une bonne partie des données et argumentations qu'elle relaie depuis plusieurs années.
Au cœur de mon engagement politique, la question de l'identité nationale prend une place de premier plan. Alors que je sens notre nation tiraillée par des tensions et des doutes, je veux réaffirmer avec force le besoin d'unité, sans lequel l'exaltation permanente de la diversité n'a pas de sens. Dans cette perspective, je récuse l'explication différentialiste qui inviterait à considérer le port de la burqa dans la sphère publique comme une pratique légitime, au nom d'un héritage culturel ou religieux. La tribune que j'ai signée sur Slate le 4 juillet affirme clairement mes convictions à ce propos. Je suis pour une loi d'interdiction de la burqa dans l'espace public, précédée d'une phase de dialogue pour expliquer aux personnes concernées ce qui est en jeu.
Dans ce contexte, la proposition que j'ai avancée récemment de développer l'enseignement de la langue arabe au sein de l'Education nationale a suscité un débat et quelques incompréhensions. Comme si ces deux positions, sur la burqa d'une part et sur la langue arabe d'autre part, étaient incohérentes. Je crois au contraire qu'elles s'inscrivent dans la même logique de fidélité aux valeurs de la République et dans la même dynamique de renforcement de notre communauté nationale.
Ma proposition sur la langue arabe part d'un constat simple : aujourd'hui, quand un jeune veut apprendre l'arabe dans notre pays, il s'adresse en priorité à la mosquée, plutôt qu'à l'école. Quand on regarde les chiffreshttp://eduscol.education.fr/D0217/actes_agregation_arabe.pdf], on s'aperçoit en effet qu'au primaire, 36 000 élèves sont pris en charge par l'Education nationale via le dispositif des ELCO (enseignements de langue et culture d'origine). Ce système a été lancé par des accords bilatéraux passés dans les années 1980 notamment avec l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. Il met à la disposition de l'Education nationale des enseignants étrangers détachés en France pour enseigner l'arabe. Au secondaire, seuls 4 800 élèves suivent des cours d'arabe dans le cadre des collèges et des lycées. Il y a donc près de 8 fois moins d'élèves au secondaire qu'au primaire. Comment expliquer cette déperdition?
On voit aussi qu'un département sur deux n'offre pas de formation d'arabe au secondaire, ce qui oblige 1 800 élèves à prendre des cours par correspondance auprès du CNED (Centre national d'enseignement à distance). En revanche, plus de 65 000 jeunes en âge d'être scolarisés suivent des cours d'arabe dispensés par le secteur associatif. Or aucun contrôle n'existe sur cet enseignement: il peut être d'excellente qualité comme donner lieu à des dérives voire à des récupérations intégristes à l'insu des parents.
Comment expliquer un tel écart entre la demande pour apprendre l'arabe dans notre pays et l'offre de l'Education nationale? Il y a sans doute une méfiance liée à une confusion simpliste qui règne trop largement: proposer d'enseigner l'arabe dans nos classes reviendrait à installer l'islam au cœur même de l'école laïque. L'arabe est ainsi peu à peu assimilé à une langue essentiellement identitaire ou religieuse dont l'apprentissage serait un réflexe communautariste. Pourtant, il ne devrait pas y avoir plus de blocages avec l'arabe que pour d'autres langues étrangères, auxquelles sont attachées d'importantes communautés d'immigration dans notre pays, comme le portugais, l'italien ou l'espagnol.
Il est légitime pour des parents de souhaiter que leurs enfants apprennent la langue d'origine de leur famille. Non seulement pour garder un lien vivant avec leur histoire familiale, mais surtout pour leur ouvrir des opportunités. Les zones de langue arabe, les pays du Golfe ou le Maghreb par exemple, sont en pleine croissance et sont demandeuses de jeunes français arabisants et bien formés. Sans développer l'apprentissage de l'arabe à l'école, la France prive certains de ses jeunes de vraies opportunités de carrière. A l'heure où l'on s'inquiète du chômage des jeunes et l'on insiste sur l'importance de maîtriser des langues étrangères, il serait étonnant de continuer à se fermer des débouchés sur près de 300 millions de personnes dans le monde.
Le malaise actuel est d'autant plus paradoxal que la France a toujours été novatrice dans son ouverture aux langues orientales. Une longue histoire unit la France à la langue arabe: François 1er a été le premier à ouvrir en 1530 une chaire d'arabe en France. En 1905, l'arabe a fait son entrée dans les concours de recrutement de la fonction publique tandis qu'une agrégation d'arabe était fondée. Depuis 1975, l'arabe est proposé aux élèves du secondaire comme une langue vivante 1, 2 ou 3. La France est d'ailleurs le seul pays occidental à enseigner la langue et la civilisation arabe depuis le primaire jusqu'à l'université, en s'appuyant sur un corps d'enseignants titulaires de la fonction publique, recrutés par concours. On connaît aussi la grande oeuvre de l'orientalisme français, de Champollionhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-François_Champollion] jusqu'à Massignonhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Massignon] en passant par Corbinhttp://www.amiscorbin.com/] ou Charles de Foucauldhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Foucauld], qui témoigne de la fascination et de l'amour de notre pays pour les civilisations d'Orient. Au regard de cette grande tradition, la possibilité d'apprendre l'arabe en France devrait donc être une simple formalité.
L'Education nationale semble prendre peu à peu conscience du problème. Elle a donc défini en 2008 quelques orientations pour changer la donne: l'implantation de filières d'excellence; la création de 6èmes bilangues anglais-arabe et de nouvelles sections internationales; le développement d'un enseignement inter-établissements dans les lycées de centre ville des grandes agglomérations ou encore l'implantation de l'arabe dans les formations du tourisme, de la restauration et de l'hôtellerie. Ces propositions vont bien sûr dans le bon sens, mais suffiront-elles à répondre à l'urgence de la demande?
Des bassins regroupant un potentiel important d'élèves issus de l'immigration et désireux d'apprendre l'arabe sont aisément identifiables dans les grandes agglomérations. Un maillage répondant mieux aux besoins peut être mis en place. Pourquoi ne pas mettre en place un grand plan de développement de l'arabe, analogue à celui auquel on assiste pour le chinois aujourd'hui? Pourquoi ne pas ouvrir plus de places au CAPES et à l'agrégation d'arabe? Pourquoi l'Education nationale, dans le cadre des ELCO, ne renforcerait-elle pas ses exigences en termes de méthode, programme et formation tout en élargissant le dispositif ?
«Qu'ils apprennent déjà le Français!». J'entends déjà les réactions de ceux que cette proposition dérange. Là n'est pas la question. L'instruction du français doit évidemment être renforcée. Son apprentissage est l'une des raisons d'être de l'Education nationale quand l'arabe ne doit être qu'une option offerte à ceux qui le souhaitent, sans se substituer à l'indispensable maîtrise de l'anglais. Apprendre une langue en plus, ce n'est pas un frein, c'est toujours un atout.
Jean-François Copé
Au cœur de mon engagement politique, la question de l'identité nationale prend une place de premier plan. Alors que je sens notre nation tiraillée par des tensions et des doutes, je veux réaffirmer avec force le besoin d'unité, sans lequel l'exaltation permanente de la diversité n'a pas de sens. Dans cette perspective, je récuse l'explication différentialiste qui inviterait à considérer le port de la burqa dans la sphère publique comme une pratique légitime, au nom d'un héritage culturel ou religieux. La tribune que j'ai signée sur Slate le 4 juillet affirme clairement mes convictions à ce propos. Je suis pour une loi d'interdiction de la burqa dans l'espace public, précédée d'une phase de dialogue pour expliquer aux personnes concernées ce qui est en jeu.
Dans ce contexte, la proposition que j'ai avancée récemment de développer l'enseignement de la langue arabe au sein de l'Education nationale a suscité un débat et quelques incompréhensions. Comme si ces deux positions, sur la burqa d'une part et sur la langue arabe d'autre part, étaient incohérentes. Je crois au contraire qu'elles s'inscrivent dans la même logique de fidélité aux valeurs de la République et dans la même dynamique de renforcement de notre communauté nationale.
Ma proposition sur la langue arabe part d'un constat simple : aujourd'hui, quand un jeune veut apprendre l'arabe dans notre pays, il s'adresse en priorité à la mosquée, plutôt qu'à l'école. Quand on regarde les chiffreshttp://eduscol.education.fr/D0217/actes_agregation_arabe.pdf], on s'aperçoit en effet qu'au primaire, 36 000 élèves sont pris en charge par l'Education nationale via le dispositif des ELCO (enseignements de langue et culture d'origine). Ce système a été lancé par des accords bilatéraux passés dans les années 1980 notamment avec l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. Il met à la disposition de l'Education nationale des enseignants étrangers détachés en France pour enseigner l'arabe. Au secondaire, seuls 4 800 élèves suivent des cours d'arabe dans le cadre des collèges et des lycées. Il y a donc près de 8 fois moins d'élèves au secondaire qu'au primaire. Comment expliquer cette déperdition?
On voit aussi qu'un département sur deux n'offre pas de formation d'arabe au secondaire, ce qui oblige 1 800 élèves à prendre des cours par correspondance auprès du CNED (Centre national d'enseignement à distance). En revanche, plus de 65 000 jeunes en âge d'être scolarisés suivent des cours d'arabe dispensés par le secteur associatif. Or aucun contrôle n'existe sur cet enseignement: il peut être d'excellente qualité comme donner lieu à des dérives voire à des récupérations intégristes à l'insu des parents.
Comment expliquer un tel écart entre la demande pour apprendre l'arabe dans notre pays et l'offre de l'Education nationale? Il y a sans doute une méfiance liée à une confusion simpliste qui règne trop largement: proposer d'enseigner l'arabe dans nos classes reviendrait à installer l'islam au cœur même de l'école laïque. L'arabe est ainsi peu à peu assimilé à une langue essentiellement identitaire ou religieuse dont l'apprentissage serait un réflexe communautariste. Pourtant, il ne devrait pas y avoir plus de blocages avec l'arabe que pour d'autres langues étrangères, auxquelles sont attachées d'importantes communautés d'immigration dans notre pays, comme le portugais, l'italien ou l'espagnol.
Il est légitime pour des parents de souhaiter que leurs enfants apprennent la langue d'origine de leur famille. Non seulement pour garder un lien vivant avec leur histoire familiale, mais surtout pour leur ouvrir des opportunités. Les zones de langue arabe, les pays du Golfe ou le Maghreb par exemple, sont en pleine croissance et sont demandeuses de jeunes français arabisants et bien formés. Sans développer l'apprentissage de l'arabe à l'école, la France prive certains de ses jeunes de vraies opportunités de carrière. A l'heure où l'on s'inquiète du chômage des jeunes et l'on insiste sur l'importance de maîtriser des langues étrangères, il serait étonnant de continuer à se fermer des débouchés sur près de 300 millions de personnes dans le monde.
Le malaise actuel est d'autant plus paradoxal que la France a toujours été novatrice dans son ouverture aux langues orientales. Une longue histoire unit la France à la langue arabe: François 1er a été le premier à ouvrir en 1530 une chaire d'arabe en France. En 1905, l'arabe a fait son entrée dans les concours de recrutement de la fonction publique tandis qu'une agrégation d'arabe était fondée. Depuis 1975, l'arabe est proposé aux élèves du secondaire comme une langue vivante 1, 2 ou 3. La France est d'ailleurs le seul pays occidental à enseigner la langue et la civilisation arabe depuis le primaire jusqu'à l'université, en s'appuyant sur un corps d'enseignants titulaires de la fonction publique, recrutés par concours. On connaît aussi la grande oeuvre de l'orientalisme français, de Champollionhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-François_Champollion] jusqu'à Massignonhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Massignon] en passant par Corbinhttp://www.amiscorbin.com/] ou Charles de Foucauldhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Foucauld], qui témoigne de la fascination et de l'amour de notre pays pour les civilisations d'Orient. Au regard de cette grande tradition, la possibilité d'apprendre l'arabe en France devrait donc être une simple formalité.
L'Education nationale semble prendre peu à peu conscience du problème. Elle a donc défini en 2008 quelques orientations pour changer la donne: l'implantation de filières d'excellence; la création de 6èmes bilangues anglais-arabe et de nouvelles sections internationales; le développement d'un enseignement inter-établissements dans les lycées de centre ville des grandes agglomérations ou encore l'implantation de l'arabe dans les formations du tourisme, de la restauration et de l'hôtellerie. Ces propositions vont bien sûr dans le bon sens, mais suffiront-elles à répondre à l'urgence de la demande?
Des bassins regroupant un potentiel important d'élèves issus de l'immigration et désireux d'apprendre l'arabe sont aisément identifiables dans les grandes agglomérations. Un maillage répondant mieux aux besoins peut être mis en place. Pourquoi ne pas mettre en place un grand plan de développement de l'arabe, analogue à celui auquel on assiste pour le chinois aujourd'hui? Pourquoi ne pas ouvrir plus de places au CAPES et à l'agrégation d'arabe? Pourquoi l'Education nationale, dans le cadre des ELCO, ne renforcerait-elle pas ses exigences en termes de méthode, programme et formation tout en élargissant le dispositif ?
«Qu'ils apprennent déjà le Français!». J'entends déjà les réactions de ceux que cette proposition dérange. Là n'est pas la question. L'instruction du français doit évidemment être renforcée. Son apprentissage est l'une des raisons d'être de l'Education nationale quand l'arabe ne doit être qu'une option offerte à ceux qui le souhaitent, sans se substituer à l'indispensable maîtrise de l'anglais. Apprendre une langue en plus, ce n'est pas un frein, c'est toujours un atout.
Jean-François Copé
jeudi 10 septembre 2009
A lire dans "Le Monde": La langue arabe chassée des classe
Pour ceux qui ne l'auraient pas encore découvert, l'excellent article de Brigitte Perucca publié dans Le Monde du 9 septembre dernier.
L'arabe, une langue d'avenir ? Les Danois y croient. Copenhague vient d'introduire, à cette rentrée, l'arabe dans les collèges. Tout en accélérant l'intégration des 10 % des 31 000 collégiens d'origine palestinienne, libanaise et irakienne, la capitale danoise veut préparer les bataillons de commerciaux qui partiront demain, espère-t-elle, à l'assaut des pays du Golfe. Un discours simple et pragmatique qui n'a pas cours en France, où l'enseignement de l'arabe, pourtant centenaire, est laissé à l'abandon par l'éducation nationale, au profit des mosquées qui ont capté la demande.
Que quelques lycées prestigieux de centre-ville regroupent des classes d'arabophones ne doit pas faire illusion. Reléguée dans les zones d'éducation prioritaire, la langue arabe ne parvient pas à quitter son ghetto. Dans l'enseignement secondaire, les effectifs sont faméliques : 7 300 collégiens et lycéens étudient la langue arabe, soit deux fois moins qu'à la fin des années 1970. Parmi ces élèves, 1 800 suivent les cours du Centre national d'enseignement à distance (CNED) et 1 500 résident à La Réunion et à Mayotte.
A l'école primaire, apprendre l'arabe passe par les cours d'Enseignement de langue et de culture d'origine (ELCO). Formalisé dans les années 1970 pour préserver "l'identité culturelle" des enfants d'immigrés, ce dispositif est confié aux pays d'origine mais contrôlé par l'éducation nationale. Avec plus de 35 000 élèves, dont 22 679 en arabe, les cours sont dispensés en dehors du temps scolaire. Le dernier rapport de l'éducation nationale consacré aux ELCO, publié en mars 2006, relève que les cours d'arabe "ne sont pas convaincants". Non qu'ils se soient transformés en cours de religion, comme les inspecteurs l'ont maintes fois entendu, mais à cause de leur piètre qualité : méthodes jugées d'un autre âge, absence de lien entre l'arabe dialectal et arabe standard, rappel constant au pays d'origine et à son régime politique...
La comparaison avec les autres langues "rares" joue en la défaveur de l'arabe. Le chinois, porté par un effet de mode qui ne faiblit pas, attire environ 15 000 élèves dans le secondaire, le portugais 12 000, le russe 14 000 et l'hébreu 7 000. Cet échec sonne, pour nombre d'arabisants, comme un symptôme du rejet des Maghrébins dans la société française. "L'enseignement de cette langue se porte aussi mal que les populations qui la parlent", résume Abdellatif Nougaoui, professeur d'arabe au lycée Alfred-Noble de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Traduire : l'arabe est aussi mal aimé que la communauté qui le parle.
Du haut en bas de la pyramide de l'éducation nationale, on déplore "un abandon de l'arabe", selon les termes de l'inspecteur général d'arabe, Bruno Levallois. En tant que langue de communication, l'arabe apparaît pourtant en plein renouveau grâce à la scolarisation massive dans les pays du Golfe, à la simplification linguistique à l'oeuvre grâce aux nouveaux médias, comme Al-Jazira.
La "frilosité" des ministres de l'éducation nationale est souvent mise en accusation par la petite communauté arabisante. Seuls Jean-Pierre Chevènement et Jack Lang échappent à l'opprobre : le premier pour son discours intégrateur porteur pour la langue, le second pour son volontarisme qui a permis la création de postes de professeurs et l'intégration de l'arabe parmi les langues vivantes du primaire, une mesure abandonnée peu après son départ.
Tous les défenseurs de la langue se remémorent comme une vexation la déclaration d'Azouz Begag. L'éphémère ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances du gouvernement Villepin avait défendu le développement de l'enseignement du chinois dans les ZEP, pour favoriser une meilleure insertion professionnelle de ces jeunes bien sûr, mais aussi les mettre au contact avec "une langue de culture". Il n'avait pas eu un mot pour l'arabe.
Benoît Deslandes, l'actuel président de l'Association française des arabisants, a conservé un souvenir blessant de sa tentative, alors qu'il était professeur, il y a quelques années, de "vendre" l'arabe à un lycée de centre-ville. "Nous n'avons pas d'Arabes ici", lui avait répondu le proviseur. "Vous avez des Anglais ?" lui avait rétorqué l'enseignant. Cette insolence lui a valu la porte.
L'expérience vécue en 2009 par l'inspecteur pédagogique régional d'arabe, Michel Neyreneuf, montre que les réticences sont toujours là. Après avoir travaillé pendant des mois, sur le terrain, à l'ouverture de classes dites bilangues (deux langues vivantes enseignées dès la sixième) dans l'Oise, il voit l'expérience repoussée d'un revers de main par le rectorat. Le motif, exprimé ouvertement ou non, étant toujours le même : proposer l'arabe, c'est prendre le risque de "stigmatiser" des collèges. D'où un double échec : cette langue ne trouve pas sa place dans les établissements en quête d'excellence et déserte les plus en difficulté.
Partout, le scénario se répète : des effectifs de collégiens qui ne permettent plus le maintien de l'enseignement de l'arabe au lycée ; des professeurs d'arabe en partie désoeuvrés (60 % d'entre eux sont remplaçants, 6 % enseignent une autre discipline) ; une absence d'offre dans les lycées professionnels ou dans les formations technologiques qui proposeraient pourtant des débouchés aux élèves maîtrisant cette langue. Jean-François Copé s'est fait l'écho de cette préoccupation, samedi 5 septembre, lors du campus des jeunes de l'UMP à Seignosse (Landes) : "Il y a des emplois en lien avec le développement économique des pays arabes, nous devrions assurer à tout jeune la possibilité d'apprendre cette langue", a déclaré le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale,
Numériquement parlant, avec 4 000 à 5 000 inscrits, le sort de l'arabe est plus enviable à l'université. Mais le public, composé pour les deux tiers d'étudiants en pleine quête identitaire, n'est pas facile, concède le directeur des études arabes et hébraïques à l'université Paris-IV, Frédéric Lagrange. Il a vu cette proportion d'heritage students, selon la formule anglo-saxonne, grossir au fil des années. Nombreux sont ceux qui viennent de filières technologiques au lycée et se retrouvent en grande difficulté sur les bans de la fac. Parmi eux, nombre de jeunes femmes qui se cherchent un avenir dans la communauté, constate l'historien Benjamin Stora, qui les côtoie à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
"L'enseignement de l'arabe est parasité par le sacré et tous les problèmes socioéconomiques de gens qui veulent apprendre cette langue pour se forger une identité islamique", regrette Stéphane Valters, professeur d'arabe à l'université du Havre. Quelques-un(e)s possèdent déjà des rudiments, voire plus, de la langue, apprise dans un contexte religieux. "Cela s'entend. Ils ont des intonations qui impliquent une longue pratique de la psalmodie", explique M. Lagrange.
Car si l'arabe est en crise au collège et au lycée, il est en plein boom dans les mosquées. Au Val d'Argenteuil (Val-d'Oise), l'institut Al-Ihsane, installé dans la "mosquée Renault", ainsi surnommée parce qu'elle est installée dans une ancienne usine du constructeur automobile, affiche 635 inscrits entre 5 et 16 ans pour la prochaine rentrée. "Sans publicité", se flatte Abdelkader Achebouche, son président. Il ne souffre pas du tout de la concurrence de la mosquée Dassault - installée dans un ancien entrepôt de l'avionneur - à qui l'on prête quelque 400 élèves, issus de familles d'origine marocaine, quand son institut regroupe ceux d'origine algérienne.
Dans les classes d'Al-Ihsane, les cahiers des élèves inscrits en 2008 témoignent d'un travail scolaire assidu - quatre heures par semaine avec bulletins de notes et appel aux parents en cas d'absence. Chaque cours commence par une demi-heure de Coran, l'essentiel du temps étant ensuite consacré à un cours de langue "ordinaire". "Les parents recherchent une éducation islamique, mais ils veulent aussi maintenir le lien avec le pays d'origine", explique M. Achebouche. La mosquée rassure parce qu'elle apporte à la fois le Coran, la langue et un encadrement.
Preuve que cet afflux d'élèves vers les mosquées signe un retour à la langue et aux racines, il s'observe aussi dans les associations laïques. "L'ancienne génération avait honte d'elle-même et la connaissance de l'arabe était un handicap plutôt qu'un atout. La jeune génération ne raisonne plus comme ça", observe Amar Rahaouni qui anime l'association Enfance et familles des deux rives à Pierrefitte (Seine-Saint-Denis). A Paris, l'engouement est réel pour les cours d'arabe organisés à l'Institut du monde arabe (IMA) : "Nous avons commencé avec 10 enfants de 7 à 12 ans il y a cinq ans, nous en avons 190 aujourd'hui dont un bon nombre vient de banlieue", raconte Sophie Tardy, responsable du centre de langues et de civilisation de l'IMA.
Ce repli sur les associations inquiète le monde enseignant qui regrette d'autant plus le manque de volontarisme de l'éducation nationale. "Si la langue et la culture deviennent la propriété des communautés, nous sommes mal partis", regrette Bruno Levallois. "Si on ne donne pas à leurs enfants la possibilité d'apprendre l'arabe à l'école, les familles se tourneront de plus en plus vers la mosquée", soutient Yahya Cheikh, professeur au lycée Romain-Rolland de Goussainville.
Brigitte Perucca
Article paru dans l'édition du 09.09.09
L'arabe, une langue d'avenir ? Les Danois y croient. Copenhague vient d'introduire, à cette rentrée, l'arabe dans les collèges. Tout en accélérant l'intégration des 10 % des 31 000 collégiens d'origine palestinienne, libanaise et irakienne, la capitale danoise veut préparer les bataillons de commerciaux qui partiront demain, espère-t-elle, à l'assaut des pays du Golfe. Un discours simple et pragmatique qui n'a pas cours en France, où l'enseignement de l'arabe, pourtant centenaire, est laissé à l'abandon par l'éducation nationale, au profit des mosquées qui ont capté la demande.
Que quelques lycées prestigieux de centre-ville regroupent des classes d'arabophones ne doit pas faire illusion. Reléguée dans les zones d'éducation prioritaire, la langue arabe ne parvient pas à quitter son ghetto. Dans l'enseignement secondaire, les effectifs sont faméliques : 7 300 collégiens et lycéens étudient la langue arabe, soit deux fois moins qu'à la fin des années 1970. Parmi ces élèves, 1 800 suivent les cours du Centre national d'enseignement à distance (CNED) et 1 500 résident à La Réunion et à Mayotte.
A l'école primaire, apprendre l'arabe passe par les cours d'Enseignement de langue et de culture d'origine (ELCO). Formalisé dans les années 1970 pour préserver "l'identité culturelle" des enfants d'immigrés, ce dispositif est confié aux pays d'origine mais contrôlé par l'éducation nationale. Avec plus de 35 000 élèves, dont 22 679 en arabe, les cours sont dispensés en dehors du temps scolaire. Le dernier rapport de l'éducation nationale consacré aux ELCO, publié en mars 2006, relève que les cours d'arabe "ne sont pas convaincants". Non qu'ils se soient transformés en cours de religion, comme les inspecteurs l'ont maintes fois entendu, mais à cause de leur piètre qualité : méthodes jugées d'un autre âge, absence de lien entre l'arabe dialectal et arabe standard, rappel constant au pays d'origine et à son régime politique...
La comparaison avec les autres langues "rares" joue en la défaveur de l'arabe. Le chinois, porté par un effet de mode qui ne faiblit pas, attire environ 15 000 élèves dans le secondaire, le portugais 12 000, le russe 14 000 et l'hébreu 7 000. Cet échec sonne, pour nombre d'arabisants, comme un symptôme du rejet des Maghrébins dans la société française. "L'enseignement de cette langue se porte aussi mal que les populations qui la parlent", résume Abdellatif Nougaoui, professeur d'arabe au lycée Alfred-Noble de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Traduire : l'arabe est aussi mal aimé que la communauté qui le parle.
Du haut en bas de la pyramide de l'éducation nationale, on déplore "un abandon de l'arabe", selon les termes de l'inspecteur général d'arabe, Bruno Levallois. En tant que langue de communication, l'arabe apparaît pourtant en plein renouveau grâce à la scolarisation massive dans les pays du Golfe, à la simplification linguistique à l'oeuvre grâce aux nouveaux médias, comme Al-Jazira.
La "frilosité" des ministres de l'éducation nationale est souvent mise en accusation par la petite communauté arabisante. Seuls Jean-Pierre Chevènement et Jack Lang échappent à l'opprobre : le premier pour son discours intégrateur porteur pour la langue, le second pour son volontarisme qui a permis la création de postes de professeurs et l'intégration de l'arabe parmi les langues vivantes du primaire, une mesure abandonnée peu après son départ.
Tous les défenseurs de la langue se remémorent comme une vexation la déclaration d'Azouz Begag. L'éphémère ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances du gouvernement Villepin avait défendu le développement de l'enseignement du chinois dans les ZEP, pour favoriser une meilleure insertion professionnelle de ces jeunes bien sûr, mais aussi les mettre au contact avec "une langue de culture". Il n'avait pas eu un mot pour l'arabe.
Benoît Deslandes, l'actuel président de l'Association française des arabisants, a conservé un souvenir blessant de sa tentative, alors qu'il était professeur, il y a quelques années, de "vendre" l'arabe à un lycée de centre-ville. "Nous n'avons pas d'Arabes ici", lui avait répondu le proviseur. "Vous avez des Anglais ?" lui avait rétorqué l'enseignant. Cette insolence lui a valu la porte.
L'expérience vécue en 2009 par l'inspecteur pédagogique régional d'arabe, Michel Neyreneuf, montre que les réticences sont toujours là. Après avoir travaillé pendant des mois, sur le terrain, à l'ouverture de classes dites bilangues (deux langues vivantes enseignées dès la sixième) dans l'Oise, il voit l'expérience repoussée d'un revers de main par le rectorat. Le motif, exprimé ouvertement ou non, étant toujours le même : proposer l'arabe, c'est prendre le risque de "stigmatiser" des collèges. D'où un double échec : cette langue ne trouve pas sa place dans les établissements en quête d'excellence et déserte les plus en difficulté.
Partout, le scénario se répète : des effectifs de collégiens qui ne permettent plus le maintien de l'enseignement de l'arabe au lycée ; des professeurs d'arabe en partie désoeuvrés (60 % d'entre eux sont remplaçants, 6 % enseignent une autre discipline) ; une absence d'offre dans les lycées professionnels ou dans les formations technologiques qui proposeraient pourtant des débouchés aux élèves maîtrisant cette langue. Jean-François Copé s'est fait l'écho de cette préoccupation, samedi 5 septembre, lors du campus des jeunes de l'UMP à Seignosse (Landes) : "Il y a des emplois en lien avec le développement économique des pays arabes, nous devrions assurer à tout jeune la possibilité d'apprendre cette langue", a déclaré le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale,
Numériquement parlant, avec 4 000 à 5 000 inscrits, le sort de l'arabe est plus enviable à l'université. Mais le public, composé pour les deux tiers d'étudiants en pleine quête identitaire, n'est pas facile, concède le directeur des études arabes et hébraïques à l'université Paris-IV, Frédéric Lagrange. Il a vu cette proportion d'heritage students, selon la formule anglo-saxonne, grossir au fil des années. Nombreux sont ceux qui viennent de filières technologiques au lycée et se retrouvent en grande difficulté sur les bans de la fac. Parmi eux, nombre de jeunes femmes qui se cherchent un avenir dans la communauté, constate l'historien Benjamin Stora, qui les côtoie à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
"L'enseignement de l'arabe est parasité par le sacré et tous les problèmes socioéconomiques de gens qui veulent apprendre cette langue pour se forger une identité islamique", regrette Stéphane Valters, professeur d'arabe à l'université du Havre. Quelques-un(e)s possèdent déjà des rudiments, voire plus, de la langue, apprise dans un contexte religieux. "Cela s'entend. Ils ont des intonations qui impliquent une longue pratique de la psalmodie", explique M. Lagrange.
Car si l'arabe est en crise au collège et au lycée, il est en plein boom dans les mosquées. Au Val d'Argenteuil (Val-d'Oise), l'institut Al-Ihsane, installé dans la "mosquée Renault", ainsi surnommée parce qu'elle est installée dans une ancienne usine du constructeur automobile, affiche 635 inscrits entre 5 et 16 ans pour la prochaine rentrée. "Sans publicité", se flatte Abdelkader Achebouche, son président. Il ne souffre pas du tout de la concurrence de la mosquée Dassault - installée dans un ancien entrepôt de l'avionneur - à qui l'on prête quelque 400 élèves, issus de familles d'origine marocaine, quand son institut regroupe ceux d'origine algérienne.
Dans les classes d'Al-Ihsane, les cahiers des élèves inscrits en 2008 témoignent d'un travail scolaire assidu - quatre heures par semaine avec bulletins de notes et appel aux parents en cas d'absence. Chaque cours commence par une demi-heure de Coran, l'essentiel du temps étant ensuite consacré à un cours de langue "ordinaire". "Les parents recherchent une éducation islamique, mais ils veulent aussi maintenir le lien avec le pays d'origine", explique M. Achebouche. La mosquée rassure parce qu'elle apporte à la fois le Coran, la langue et un encadrement.
Preuve que cet afflux d'élèves vers les mosquées signe un retour à la langue et aux racines, il s'observe aussi dans les associations laïques. "L'ancienne génération avait honte d'elle-même et la connaissance de l'arabe était un handicap plutôt qu'un atout. La jeune génération ne raisonne plus comme ça", observe Amar Rahaouni qui anime l'association Enfance et familles des deux rives à Pierrefitte (Seine-Saint-Denis). A Paris, l'engouement est réel pour les cours d'arabe organisés à l'Institut du monde arabe (IMA) : "Nous avons commencé avec 10 enfants de 7 à 12 ans il y a cinq ans, nous en avons 190 aujourd'hui dont un bon nombre vient de banlieue", raconte Sophie Tardy, responsable du centre de langues et de civilisation de l'IMA.
Ce repli sur les associations inquiète le monde enseignant qui regrette d'autant plus le manque de volontarisme de l'éducation nationale. "Si la langue et la culture deviennent la propriété des communautés, nous sommes mal partis", regrette Bruno Levallois. "Si on ne donne pas à leurs enfants la possibilité d'apprendre l'arabe à l'école, les familles se tourneront de plus en plus vers la mosquée", soutient Yahya Cheikh, professeur au lycée Romain-Rolland de Goussainville.
Brigitte Perucca
Article paru dans l'édition du 09.09.09
vendredi 24 juin 2005
A lire dans le Figaro Madazine: La langue privée d'école
C'est un fait dont les statistiques du ministère de l'Education nationale ne rendent pas compte. Depuis dix ans, partout en France, la langue arabe est de plus en plus parlée. Pourtant les chiffres officiels continuent chaque année d'indiquer un tassement dans l'enseignement secondaire public en métropole, avec 7 224 élèves à la rentrée 2004. Soit la moitié des effectifs de 1985. Qui dit vrai ? «Longtemps, les autorités ont cru que l'immigration maghrébine serait passagère, explique Bruno Levallois, inspecteur général de l'Education nationale pour l'enseignement de la langue arabe. Elles ont alors ouvert des classes d'arabe, afin que les jeunes ne perdent pas le contact avec une culture qu'ils allaient, pensait-on, réintégrer pleinement un jour. Mais quand les pouvoirs publics se sont aperçus que, bien au contraire, cette immigration resterait, des classes ont été délibérément fermées au nom de l'impératif d'intégration, alors même que la demande, elle, ne faiblissait pas.»
Signe de ce désengagement de l'Etat : il n'y aura pas d'agrégation d'arabe en 2006. Ce prestigieux concours se déroulera désormais en alternance avec celui du capes, qui forme les enseignants du second degré. Il y aura donc moins de professeurs d'arabe en France. «L'Education nationale invoque une diminution de la demande, mais c'est faux», insiste l'inspecteur général Levallois. Ce qui est vrai, en revanche, c'est que l'école secondaire laïque n'a plus la cote auprès des parents d'origine maghrébine. Du coup, l'offre «communautaire» s'est considérablement développée en peu de temps. Boubaker El Hadj Amor, en charge du secteur éducation à l'UOIF (la très implantée Union des organisations islamiques de France), affirme que, en moyenne, une centaine de personnes par mosquée prennent des cours d'arabe. Le pays comptant environ 2 000 mosquées, on obtient un chiffre global de 200 000 élèves, mineurs et adultes. Le mot «élève» n'est pas usurpé, car ce sont bien des cours d'arabe, langue de la révélation coranique, qui sont dispensés par les mosquées, les instituts et les associations cultuelles, chaque mercredi, samedi et parfois dimanche. L'évaluation de 200 000 arabisants ne semble pas fantaisiste si l'on considère que 5 millions d'Arabes vivent en France, dont 3 millions avec la nationalité française. D'ailleurs, au même titre que la formation des imams ou l'organisation de carrés musulmans dans les cimetières, la question de l'enseignement de la langue a été au coeur de l'élection des représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui, le 19 juin dernier, a vu s'affronter les divers courants de l'islam en France, entre intégrationnistes et fondamentalistes.
«L'Etat ne fait pas face à ses responsabilités», tonne Bruno Levallois, dont le domaine de compétences s'étend jusque dans les pays arabophones avec lesquels la France a conclu des partenariats éducatifs. «Le deal est clair, affirme gravement le haut fonctionnaire. En échange de la paix sociale, les pouvoirs publics délèguent implicitement l'enseignement de l'arabe aux institutions privées musulmanes. On passe ainsi du cadre républicain à l'encadrement islamique.» Seulement voilà : «L'arabe enseigné dans le secteur privé propage une vision archaïque, idéologisée et culturellement orientée, poursuit Bruno Levallois. La langue est idéalisée, mythifiée, gauchie dans le sens d'une langue de religion. Elle prend une couleur identitaire, voire nationaliste, selon qu'on se trouve dans un environnement marocain, algérien
ou tunisien. Sur un plan pédagogique, nous avons affaire à un enseignement d'autorité, de nature traditionnelle, axé sur la répétition et l'apprentissage par coeur.»
Le regard que porte le responsable de l'UOIF Boubaker El Hadj Amor n'est, au fond, pas moins sévère que celui de Bruno Levallois : « L'enseignement dispensé dans les mosquées relève du bricolage. Cela donne aux enfants une image misérabiliste, tiers-mondisée de la langue et de la culture d'origine.» Et d'ajouter : «Cette situation précaire est à mettre au passif des autorités de la République qui ont toujours eu une vision frileuse de l'islam et, via le ministère de l'Intérieur, une gestion sécuritaire du phénomène.»
L'offre privée pour l'enseignement de l'arabe reste assez disparate. A côté des mosquées et des associations plus ou moins cultuelles, il y a le lycée Averroès de Lille, les deux instituts supérieurs de l'UOIF, l'un à Château-Chinon, dans la Nièvre, l'autre à Saint-Denis, en région parisienne, et un troisième placé sous l'autorité de la Grande Mosquée de Paris. A l'échelon élémentaire, régi par un statut mi-public, mi-privé, on trouve le système Elco (Enseignement de langues et cultures d'origine). L'Etat a signé avec le Maroc, l'Algérie et la Tunisie des accords permettant à 40 000 enfants de parents originaires du Maghreb de suivre un apprentissage de base de la langue arabe. Le financement est français, mais l'encadrement reste en partie étranger. Cet arrangement ne vaut que pour le primaire. Dans le second degré, la désertification est pourtant en marche.
Car la demande est là, très forte. Elle se reporte sur le niveau supérieur. L'Institut européen de sciences humaines de Saint-Denis, lui aussi géré par l'UOIF, refuse du monde. «Nous pourrions ouvrir dix instituts...», confie Boubaker El Hadj Amor. Ouverte en 2001, l'école de Saint-Denis a accueilli 150 élèves la première année. Quatre ans plus tard, ils sont 450 dont 55% de femmes. La scolarité en langue coûte 1 200 euros par an, 900 euros en théologie. Les cours d'arabe ont lieu en semaine, en soirée ou le week-end. «Ils ont une dimension religieuse, c'est certain», précise Ahmed Djaballah, le directeur de l'école. Du coup, la sélection qui s'opère lors des inscriptions obéit à des critères confessionnels et d'adhésion au contenu de l'enseignement. Lequel, affirme Djaballah, repose sur «une vision moderne et intégrée» des musulmans en France.
De véritables enjeux stratégiques
La quête de la culture d'origine ne s'épanouit pas seulement dans un cadre confessionnel. A preuve, la très forte hausse des inscriptions en arabe à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), le fameux «Langues O'». En dix ans, les inscrits en filière arabophone ont doublé. Aujourd'hui, ils sont 1 407 élèves. Dans ces cours d'arabe de l'Inalco, on trouve aussi bien des polytechniciens et des militaires de l'armée de l'air que des historiens, des anthropologues, des professionnels du tourisme, des philosophes, ainsi que, probablement, quelques agents des Renseignements généraux et de la DST... La majorité des étudiants confient être là pour des raisons «identitaires». Comme cette jeune fille titulaire d'un BTS action commerciale : «Je suis d'origine algérienne, issue de l'immigration et j'ai des difficultés dans la langue arabe. Or je considère important de ne pas être fondue dans la mondialisation.» Certaines musulmanes inscrites à l'Inalco sont voilées. Elles en ont le droit. Mais une charte, signée par les étudiants intégrant l'institut, stipule que les orientations pédagogiques et la mixité de l'établissement ne peuvent être remises en question. Il n'en reste pas moins que, redoutant un repli communautaire, l'Etat n'entend pas développer la filière arabophone dans l'enseignement public. Dans certaines régions à forte implantation immigrée - comme à Dunkerque, Tourcoing ou Roubaix -, des directeurs d'établissement ont, avec le soutien des
syndicats de gauche, tel le Snes, obtenu la fermeture de classes d'arabe et empêché parfois leur réouverture. Alors l'inspecteur général Bruno Levallois le dit tout net : «La carte scolaire dans ce domaine doit être complètement revue. L'Etat agit comme si l'arabe était une langue minoritaire. Mais elle n'est ni minoritaire ni religieuse. C'est une langue de l'ONU. Il y a des enjeux stratégiques. Pour être tout à fait clair, je rappellerai, par exemple, que c'est la France qui forme en arabe l'élite marocaine...»
Source: Le Figaro Magazine
Signe de ce désengagement de l'Etat : il n'y aura pas d'agrégation d'arabe en 2006. Ce prestigieux concours se déroulera désormais en alternance avec celui du capes, qui forme les enseignants du second degré. Il y aura donc moins de professeurs d'arabe en France. «L'Education nationale invoque une diminution de la demande, mais c'est faux», insiste l'inspecteur général Levallois. Ce qui est vrai, en revanche, c'est que l'école secondaire laïque n'a plus la cote auprès des parents d'origine maghrébine. Du coup, l'offre «communautaire» s'est considérablement développée en peu de temps. Boubaker El Hadj Amor, en charge du secteur éducation à l'UOIF (la très implantée Union des organisations islamiques de France), affirme que, en moyenne, une centaine de personnes par mosquée prennent des cours d'arabe. Le pays comptant environ 2 000 mosquées, on obtient un chiffre global de 200 000 élèves, mineurs et adultes. Le mot «élève» n'est pas usurpé, car ce sont bien des cours d'arabe, langue de la révélation coranique, qui sont dispensés par les mosquées, les instituts et les associations cultuelles, chaque mercredi, samedi et parfois dimanche. L'évaluation de 200 000 arabisants ne semble pas fantaisiste si l'on considère que 5 millions d'Arabes vivent en France, dont 3 millions avec la nationalité française. D'ailleurs, au même titre que la formation des imams ou l'organisation de carrés musulmans dans les cimetières, la question de l'enseignement de la langue a été au coeur de l'élection des représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui, le 19 juin dernier, a vu s'affronter les divers courants de l'islam en France, entre intégrationnistes et fondamentalistes.
«L'Etat ne fait pas face à ses responsabilités», tonne Bruno Levallois, dont le domaine de compétences s'étend jusque dans les pays arabophones avec lesquels la France a conclu des partenariats éducatifs. «Le deal est clair, affirme gravement le haut fonctionnaire. En échange de la paix sociale, les pouvoirs publics délèguent implicitement l'enseignement de l'arabe aux institutions privées musulmanes. On passe ainsi du cadre républicain à l'encadrement islamique.» Seulement voilà : «L'arabe enseigné dans le secteur privé propage une vision archaïque, idéologisée et culturellement orientée, poursuit Bruno Levallois. La langue est idéalisée, mythifiée, gauchie dans le sens d'une langue de religion. Elle prend une couleur identitaire, voire nationaliste, selon qu'on se trouve dans un environnement marocain, algérien
ou tunisien. Sur un plan pédagogique, nous avons affaire à un enseignement d'autorité, de nature traditionnelle, axé sur la répétition et l'apprentissage par coeur.»
Le regard que porte le responsable de l'UOIF Boubaker El Hadj Amor n'est, au fond, pas moins sévère que celui de Bruno Levallois : « L'enseignement dispensé dans les mosquées relève du bricolage. Cela donne aux enfants une image misérabiliste, tiers-mondisée de la langue et de la culture d'origine.» Et d'ajouter : «Cette situation précaire est à mettre au passif des autorités de la République qui ont toujours eu une vision frileuse de l'islam et, via le ministère de l'Intérieur, une gestion sécuritaire du phénomène.»
L'offre privée pour l'enseignement de l'arabe reste assez disparate. A côté des mosquées et des associations plus ou moins cultuelles, il y a le lycée Averroès de Lille, les deux instituts supérieurs de l'UOIF, l'un à Château-Chinon, dans la Nièvre, l'autre à Saint-Denis, en région parisienne, et un troisième placé sous l'autorité de la Grande Mosquée de Paris. A l'échelon élémentaire, régi par un statut mi-public, mi-privé, on trouve le système Elco (Enseignement de langues et cultures d'origine). L'Etat a signé avec le Maroc, l'Algérie et la Tunisie des accords permettant à 40 000 enfants de parents originaires du Maghreb de suivre un apprentissage de base de la langue arabe. Le financement est français, mais l'encadrement reste en partie étranger. Cet arrangement ne vaut que pour le primaire. Dans le second degré, la désertification est pourtant en marche.
Car la demande est là, très forte. Elle se reporte sur le niveau supérieur. L'Institut européen de sciences humaines de Saint-Denis, lui aussi géré par l'UOIF, refuse du monde. «Nous pourrions ouvrir dix instituts...», confie Boubaker El Hadj Amor. Ouverte en 2001, l'école de Saint-Denis a accueilli 150 élèves la première année. Quatre ans plus tard, ils sont 450 dont 55% de femmes. La scolarité en langue coûte 1 200 euros par an, 900 euros en théologie. Les cours d'arabe ont lieu en semaine, en soirée ou le week-end. «Ils ont une dimension religieuse, c'est certain», précise Ahmed Djaballah, le directeur de l'école. Du coup, la sélection qui s'opère lors des inscriptions obéit à des critères confessionnels et d'adhésion au contenu de l'enseignement. Lequel, affirme Djaballah, repose sur «une vision moderne et intégrée» des musulmans en France.
De véritables enjeux stratégiques
La quête de la culture d'origine ne s'épanouit pas seulement dans un cadre confessionnel. A preuve, la très forte hausse des inscriptions en arabe à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), le fameux «Langues O'». En dix ans, les inscrits en filière arabophone ont doublé. Aujourd'hui, ils sont 1 407 élèves. Dans ces cours d'arabe de l'Inalco, on trouve aussi bien des polytechniciens et des militaires de l'armée de l'air que des historiens, des anthropologues, des professionnels du tourisme, des philosophes, ainsi que, probablement, quelques agents des Renseignements généraux et de la DST... La majorité des étudiants confient être là pour des raisons «identitaires». Comme cette jeune fille titulaire d'un BTS action commerciale : «Je suis d'origine algérienne, issue de l'immigration et j'ai des difficultés dans la langue arabe. Or je considère important de ne pas être fondue dans la mondialisation.» Certaines musulmanes inscrites à l'Inalco sont voilées. Elles en ont le droit. Mais une charte, signée par les étudiants intégrant l'institut, stipule que les orientations pédagogiques et la mixité de l'établissement ne peuvent être remises en question. Il n'en reste pas moins que, redoutant un repli communautaire, l'Etat n'entend pas développer la filière arabophone dans l'enseignement public. Dans certaines régions à forte implantation immigrée - comme à Dunkerque, Tourcoing ou Roubaix -, des directeurs d'établissement ont, avec le soutien des
syndicats de gauche, tel le Snes, obtenu la fermeture de classes d'arabe et empêché parfois leur réouverture. Alors l'inspecteur général Bruno Levallois le dit tout net : «La carte scolaire dans ce domaine doit être complètement revue. L'Etat agit comme si l'arabe était une langue minoritaire. Mais elle n'est ni minoritaire ni religieuse. C'est une langue de l'ONU. Il y a des enjeux stratégiques. Pour être tout à fait clair, je rappellerai, par exemple, que c'est la France qui forme en arabe l'élite marocaine...»
Source: Le Figaro Magazine
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