dimanche 8 avril 2007

Lettre aux candidats à  la présidence de la république en 2007

A la veille des élections présidentielles, l'AFDA a adressé à  6 des candidats en lice un questionnaire en 5 points sur la relance de l'enseignement de l'arabe.


Monsieur,


Dans quelques jours, nos compatriotes désigneront un nouveau président de la République. Notre association, créée en 1973, souhaite connaître les positions des candidats vis-à-vis de l’enseignement de l’arabe dans les établissements scolaires publics et privés sous contrat. Cinq questions vous sont posées à la fin de cette lettre. Permettez qu’auparavant l’on vous donne un éclairage sur un cas qui, s’il ne constitue pas un grand enjeu de campagne, peut s’inscrire dans une véritable politique d’ouverture.

Les études d’arabe en France, comme vous le savez certainement, ont une fort ancienne histoire puisqu’elles remontent au règne du roi François 1er avec la création d’une chaire d’arabe au collège des "Lecteurs royaux » devenu plus tard le Collège de France. La Révolution en a fait l’une des langues principales enseignées au sein de l’Ecole des langues orientales créée en 1795. Nous avons célébré l’an passé le centenaire de l’agrégation d’arabe, c’est dire combien cette discipline est ancrée au cœur de notre système d’enseignement depuis fort longtemps.

Aujourd’hui cette langue est enseignée à environ 7500 élèves dans l’enseignement secondaire. Ces effectifs d’élèves, aux yeux de notre association, ne correspondent pas à la place qu’occupe la langue arabe dans l’histoire de la République.

Nos universités en accueillent plus du double mais peu d’étudiants persévèrent jusqu’à devenir de véritables spécialistes. Or, qu’il s’agisse de diplomatie, de recherche ou de commerce international ou encore tout simplement de gens capables d’établir des ponts avec l’autre rive qui borde d’est en ouest la méditerranée au sud, notre pays a besoin d’arabisants de qualité. Il faut les former et plus cet apprentissage commence tôt, plus il est solide.

Le monde arabe, ses langues et ses populations, dans l’imaginaire de nombre de nos concitoyens, sont associés aux guerres coloniales ou de libération nationale, au conflit israélo-palestinien ou encore au terrorisme dont les développements peu favorables dans l’actualité quotidienne depuis de nombreuses années, ne font qu’ajouter à cette spirale négative. Ce n’est hélas pas la sympathie ressentie vis-à-vis du monde arabe pour ce qu’il recèle de trésors touristiques, qui pourrait enrayer cette accumulation de facteurs de minoration, bien au contraire !

A tout ceci, il convient, en outre, d’ajouter le discrédit que l’immigration, jamais bien en cour dans nos sociétés développées et bien souvent placée au cœur des joutes électorales, fait peser sur cette langue.

On pourrait imaginer que la présence de nombreuses populations d’origine maghrébine, par exemple, constitue pour l’enseignement de cette langue un facteur de développement. Il n’en est rien. Les populations immigrées, parce qu’elles ne veulent pas compromettre les chances de la stratégie d’intégration qu’elles s’efforcent de consolider, font le plus souvent, s’agissant de langues vivantes étrangères pour la scolarité de leurs enfants, les mêmes choix que tous nos compatriotes.

Je ne souhaite pas m’étendre plus longtemps sur ces facteurs de minoration. Ils sont nombreux et n’offrent, me semble-t-il, que peu de prise au déni. L’enseignement de l’arabe est au cœur de nos contradictions françaises. On pourrait, à bon droit, imaginer qu’il bénéficie à raison de toute l’attention des pouvoirs publics. Là encore il n’en est rien. Le ministère de l’éducation nationale, se félicite de promouvoir le plurilinguisme en raison du nombre de langues - impressionnant au demeurant - figurant sur la palette du choix offert aux familles. Le principe consiste à respecter, autant que faire se peut, le choix des familles. Mais, c’est une illusion d’optique et c’est surtout un jeu de massacre pour une langue comme l’arabe qui doit lutter contre des courants puissants qui ne lui sont, on l’a vu,  guère favorables. On laisse jouer les grandes masses et on se contente, en signe d’impuissance, de lever les bras devant les évolutions négatives des effectifs d’élèves.

L’attitude des chefs d’établissement vis à vis des chances d’ouverture d’une section d’arabe dans un collège ou un lycée est décisive. Beaucoup parmi eux sont, certes, bien disposés, mais pas tous et surtout, - les membres de mon association ont pu le constater à maintes reprises - ils sont bien souvent peu au fait de ce phénomène. Je suis convaincu que l’histoire et la sociologie d’un enseignement comme celui de l’arabe devraient constituer un point important de la formation dispensée aux chefs d’établissement, voire des entretiens qu’ils subissent pour leur titularisation.

Trop nombreux sont les chefs d’établissements qui se dédouanent vis-à-vis de cette discipline sensible qu’est l’arabe en l’offrant en option facultative ou en permettant l’ouverture d’un club d’arabe. C’est louable mais insuffisant. L’arabe mérite une place à part entière. Il en a besoin. La mode linguistique est plus volontiers tournée aujourd’hui vers l’extrême-orient que vers le Moyen-Orient. Un enseignement laïque et valorisé, de l’arabe dans nos institutions, encouragé par les autorités académiques, aurait peut-être contribué à amoindrir les facteurs de déclenchement des troubles que nous avons connus il y aura deux ans à l’automne dans les banlieues de nos grandes villes. Il faut soutenir l’enseignement de l’arabe dans l’enseignement public et privé sous contrat – ce pourrait être dans des lycées musulmans sous réserve qu’on y enseigne l’arabe en conformité avec les  programmes du ministère - par une politique volontariste afin d’offrir une alternative de qualité aux enseignements dispensés sans toujours la juste compétence par des organismes pas toujours bien intentionnés.

Je vous serais reconnaissant, au nom de l’Association française des Arabisants de bien vouloir me donner votre réponse aux questions suivantes :

1)Le choix d’ouvrir ou de maintenir ou non une section d’arabe est souvent cornélien pour un chef d’établissement dont la dotation horaire globale43] est comprimée année après année. Sacrifier un enseignement qui ne mobilise bien souvent que peu d’élèves est tentant, au nom des grandes masses, pour ces chefs d’établissement. Seriez-vous d’accord pour placer un enseignement comme celui de l’arabe hors de la DHG ?

2)Avez-vous l’intention de favoriser par des moyens supplémentaires les établissements qui font le choix courageux d’ouvrir ou de maintenir des sections d’arabe ?

3)L’ouverture de classes dites « bilangues », pourrait être favorisée partout où, dans le primaire, sont implantés des enseignements de langue et culture d’origine21] dont les effectifs,  pour le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, dépassent les 35000 élèves. La déperdition vers l’enseignement de l’arabe dans le secondaire est énorme. Que comptez-vous faire ?

4)Donnerez-vous suite à notre proposition de mieux sensibiliser les chefs d’établissements à la particularité de l’enseignement de l’arabe ?

5)Comptez-vous favoriser l’enseignement de l’arabe par une information systématique donnée à toutes les familles ?

Vos réponses seront communiquées à l’ensemble de nos adhérents et seront mises en ligne sur notre site.

Je vous remercie de l’attention que vous aurez bien voulu me prêter et vous prie de croire à l’assurance de toute ma considération.




Benoît Deslandes

Président de l’AFDA

lundi 1 janvier 2007

Statuts de l'AFDA

Nouveaux statuts adoptés par l'AG du samedi 2 février 2013

I - Buts et composition de l’Association

Art.1 Il est fondé une association qui prend le nom d’Association Française des Arabisants.


Art.2 L’Association a pour buts :

1°) De défendre les intérêts professionnels, moraux et matériels de ses membres, et de travailler à la promotion des études arabes.

2°) D’étudier toutes les questions de doctrine et de pratique relatives à l’enseignement et à la recherche dans le domaine de ces études.

3°) De tenir ses membres au courant des idées et des faits qui peuvent intéresser les arabisants, enseignants, chercheurs et étudiants.



Art.3 L’Association a son siège à Paris et sa durée est illimitée.


Art.4 L’Association se compose de membres actifs de droit, de membres actifs cooptés et de membres associés.

Peuvent être membres actifs de droit :

1°) Les enseignants et les chercheurs français et étrangers travaillant au sein d’institutions françaises d’enseignement et de recherche, à condition que l’arabe soit pour eux un élément professionnel décisif.

2°) Les professeurs et chercheurs français travaillant au sein d’institutions étrangères d’enseignement ou de recherche, si l’arabe est pour eux un élément professionnel décisif.

Peuvent être membres actifs cooptés les autres enseignants et chercheurs qui auront adressé leur candidature au secrétariat de l’Association et qui auront été cooptés par le Comité. Le Comité statue sur cette demande sans avoir, en cas de refus, à faire connaître les motifs de sa décision.

Peuvent être membres associés toutes les personnes de nationalité française ou étrangère et les personnes morales légalement constituées qui, sans remplir les conditions requises pour être membres actifs, s’intéressent aux travaux de l’Association et sollicitent leur admission par demande adressée au secrétariat de l’Association. Le comité statue sur cette demande sans avoir, en cas de refus, à faire connaître les motifs de sa décision.

Art.5  La qualité de membre de l’Association se perd :

1°) Par la démission.

2°) Par la radiation prononcée par le comité pour non-paiement de la cotisation un an après son échéance ou pour motif grave et après qu’il eut entendu les explications de l’intéressé. Un recours est possible devant l’Assemblée Générale.

II - Administration et fonctionnement


Art.6
L’association est administrée par un comité composé au minimum de six membres, élus tous les deux ans au scrutin secret par l’Assemblée Générale. Nul ne peut y exercer plus de trois mandats consécutifs, quelle que soit sa fonction. Le comité désigne en son sein un bureau composé d’un président, d’un vice-président, d’un secrétaire et d’un trésorier, tous deux assistés d’adjoints.

Si le président est un chercheur ou un universitaire, le vice-président sera issu de l’enseignement secondaire et inversement.

En cas de vacance supplémentaire en son sein, le comité désignera un membre de son choix parmi les adhérents. Son choix devra être ratifié par la plus proche Assemblée Générale.
Les membres du comité ont l’obligation d’assister aux réunions, sauf cas de force majeure dûment justifié et notifié au moins trois jours ouvrés avant la date de la réunion. Au-delà de trois absences non justifiées aux réunions, le(s) membre(s) du comité concerné(s) est (sont) considéré(s) comme démissionnaire(s).

Art.7 Le comité se réunit régulièrement quatre fois par an, et chaque fois qu’il est convoqué par son président, ou sur la demande écrite du tiers au moins de ses membres. La présence de la moitié au moins de ses membres est nécessaire pour la validité des délibérations. Il est tenu procès-verbal des séances. Le comité dispose de tous pouvoirs pour administrer l’Association et pour accomplir ou autoriser tous actes et opérations au nom de l’Association. Il peut déléguer ses pouvoirs au président.


Art.8 Le président du comité assure l’exécution des délibérations du comité et prend, dans le cadre de ces délibérations, toutes mesures utiles au fonctionnement de l’Association.


Art.9 L’assemblée générale de l’Association comprend les membres actifs. Les membres associés peuvent y assister à titre consultatif. Le bureau de l’assemblée est celui du comité. L’assemblée se réunit une fois par an, et chaque fois qu’elle est convoquée par le comité, et sur la demande écrite, adressée au président, du quart au moins des membres actifs de l’Association. Elle doit être convoquée au moins quinze jours à l’avance.
L’assemblée générale entend les rapports sur la gestion du comité, sur la situation financière et morale de l’Association. Elle approuve les comptes de l’exercice clos, vote le budget de l’exercice suivant, délibère sur les questions mises à l’ordre du jour, et pourvoit au renouvellement des membres du comité. Pour les élections, les votes par correspondance et par procuration sont admis. Le rapport annuel et les comptes sont adressés chaque année à tous les membres de l’Association.


III - Ressources


Art.10 Les ressources de l’Association se composent :
- des cotisations de ses membres,
- des subventions qui pourraient lui être accordées,
- de toutes autres ressources autorisées par les textes législatifs ou réglementaires. La cotisation est fixée par l’assemblée générale sur proposition du comité.

IV - Modification des statuts et dissolution


Art.11 Les statuts ne peuvent être modifiés et l’Association ne peut être dissoute que sur la proposition du comité ou du quart des membres actifs de l’Association, soumise au bureau au moins un mois avant la séance. L’assemblée qui délibère sur une modification des statuts ou sur la dissolution doit réunir la moitié au moins des membres actifs de l’Association, qu’ils soient présents ou dûment représentés. Si le quorum n’est pas atteint, une nouvelle assemblée est convoquée le mois suivant, qui délibère valablement, quel que soit le nombre des membres présents. La modification des statuts ou la dissolution ne peuvent être votées qu’à la majorité des deux-tiers des membres présents.


Art.12 En cas de dissolution, l’assemblée générale désigne un ou plusieurs commissaires chargés de la liquidation des biens de l’Association. Elle attribue l’actif net à un ou plusieurs établissements ayant des buts analogues à ceux prévus à l’article 2 des présents statuts.


Art.13 Le comité peut décider d’établir un règlement intérieur pour fixer les détails d’exécution des présents statuts ou de certaines de leurs dispositions.


Art.14 Le comité assurera l’exécution des formalités de déclaration et de publication prescrites par la loi. Les formalités pourront être remplies par toute personne désignée par le président.


Art. 15 Clause de représentation régionale : Le comité peut nommer, au sein des membres actifs de l’Association, des correspondants régionaux et/ou chargés de mission. Toute personne chargée de représenter l’Association au niveau régional dispose d’une voix consultative au sein du comité de l’Association.

jeudi 2 novembre 2006

Vendredi 17 et samedi 18 novembre 2006 - Centenaire de l'agrégation d'arabe 1906-2006 - sous le haut patronage de Monsieur Dominique de Villepin, Premier Ministre

L'agrégation d'arabe fête en 2006 ses 100 ans. Un colloque est organisé pour revenir sur ce siècle d'études arabes et examiner les perspectives.



Les études arabes en France : quelles perspectives ? quels enjeux ?


Ce colloque est dédié à la mémoire de Jamel Eddine Bencheikh, professeur des universités et ancien président du jury de l’agrégation

Thème
L’année 2006 est celle du centenaire de l’agrégation d’arabe. Ce premier centenaire plonge ses racines très avant dans notre histoire : les premiers enseignements de la langue et de la culture arabes remontent à la création en 1580 d’une chaire d’arabe au Collège des Lecteurs Royaux, fondé par François 1er et qui deviendra le Collège de France.

La France est le seul pays du monde occidental à enseigner cette langue et sa civilisation de l’école primaire à l’université, avec un corps d’enseignants titulaires dans tous ces ordres d’enseignement. Elle a également intégré cette langue dans la plupart de ses grandes écoles, selon une palette qui va de Polytechnique, Saint-Cyr et de plusieurs Écoles centrales aux E.N.S. de Lettres et sciences humaines, à l’E.H.E.S.S. et à plusieurs Instituts d’Études politiques (Paris, Lyon, Aix-en-Provence...). Les concours du cadre d’Orient ont offert à notre Ministère des affaires étrangères des cadres du plus haut niveau, dont certains, devenus ambassadeurs, ont présenté leurs lettres de créances dans la langue de leurs interlocuteurs.

Créé par un décret de 1906, le concours de l’agrégation d’arabe sera complété, en 1973 par celui du CAPES. Ces concours permettent à notre Éducation nationale des recrutements contrôlés et d’un niveau d’exigence qui étonne souvent nos interlocuteurs européens ou du monde arabe. L’agrégation en particulier requiert un niveau élevé de bilinguisme (fluidité et correction de l’expression dans les deux langues françaises et arabe) et des connaissances sérieuses dans les trois grands domaines qui structurent cette discipline : civilisation, langue et littérature. Ces dénominations classiques recouvrent un contenu singulièrement ouvert sur les réalités culturelles et linguistiques actuelles du monde arabe. La culture arabe d’aujourd’hui est en effet ancrée dans des textes et dans des pratiques sociales dont certaines remontent à plus de quinze siècles. Il est donc exclu, si l’on veut comprendre et interpréter les phénomènes sociaux qui traversent le monde arabe, ou lire la littérature et les essais qui s’y écrivent, de limiter ses connaissances à la seule période moderne. Cela se traduit, dans les programmes du concours, outre les compétences habituellement requises en grammaire et en traduction, par une structuration du programme associant, pour chacun des trois grands domaines de la discipline, une question médiévale et une question moderne ou contemporaine. A cela s’ajoutent des connaissances théoriques et pratiques sur les parlers arabes.

Ce colloque est l’occasion d’un retour, au besoin critique, sur un siècle de formation et de recherche en études arabes dans notre pays. Il s’agira à la fois d’établir un état des lieux et de souligner les enjeux de ces enseignements dans la France actuelle. Plus que jamais s’impose aujourd’hui la nécessité pour l’Éducation nationale française de proposer dans ce domaine un enseignement de qualité, nourri de la tradition humaniste de nos universités et de ses démarches critiques et laïques, seules garantes d’une réponse efficace aux besoins de ce terrain sensible.

Mais ce colloque sera également ouvert sur la formation des enseignants de langue arabe dans plusieurs pays dont c’est la langue officielle, et dans lesquels la langue française est présente. Il s’agira ainsi de prolonger la réflexion, entamée au cours des dernières années dans plusieurs rencontres internationales, sur le devenir commun des deux langues arabes et française, conçu dans le cadre d’un partenariat équilibré et ouvert sur l’avenir..








Programme

Vendredi 17 novembre 2006
Institut du Monde Arabe, Auditorium


8h45:
Accueil des participants

9h15 :
Ouverture solennelle
- Accueil de M. Yves Guéna, Président de l'Institut du Monde Arabe
- Présentation du programme du colloque : M. Joseph Dichy, Professeur à l’université Lumière-Lyon 2, secrétaire général du Comité interuniversitaire d’études arabes (CIDÉA)
- Allocution de M. Gilles de Robien, Ministre de l'Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche

10h00:
Pause

10h30:
Séance 1 : De l’orientalisme aux études arabes (table ronde)

Président : André Miquel, Professeur au Collège de France et Administrateur général honoraire
- Henry Laurens, Professeur au Collège de France, chaire d'Histoire contemporaine du monde arabe : L'orientalisme en France, mise en perspective
- Elias Sanbar, Écrivain, Observateur permanent de la Palestine à l’UNESCO, directeur de la Revue d’études palestiniennes : Orientalismes en questions
- Farouk Mardam-Bey, Conseiller à l’Institut du Monde Arabe, directeur de la collection Sindbad chez Actes Sud : Édition française et monde arabe


12h00:
Pause déjeuner


14h00
Séance 2 : Les concours d’arabe depuis 1906

Présidente : Jacqueline Chabbi, Professeur à l’université de Paris VIII et ancienne présidente du jury d’agrégation d’arabe

- Alain Messaoudi, Professeur agrégé d’histoire, Centre d’histoire sociale de l’Islam méditerranéen (CHSIM/EHESS) : Origines et enjeux initiaux de l'agrégation d'arabe. Enseignement et recherche, 1906-1960
- Yahia Cheikh, Professeur agrégé d’arabe : L'agrégation d'arabe, perspective historique de 1960 à nos jours
- Bruno Halff, Inspecteur général de l’éducation nationale : La création du CAPES d'arabe et du PLP lettres-arabe

15h15: Pause

15h30
Séance 3 : Les études arabes et la France : quel avenir ? (table ronde)
Président : Benoît Deslandes, Chef du bureau Afrique et Moyen-Orient à la Direction des Relations européennes et internationales et de la coopération (MENESR), Président de l’Association française des arabisants
- Jean-Philippe Bras, Directeur de l’Institut d'études de l'Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) : “Lignes de crête” de la recherche française actuelle sur l’Islam et les sociétés du monde musulman

- Michel Pierre, Sous-directeur de l'Archéologie et des recherches en sciences sociales, Direction générale de la Coopération internationale et du Développement (MAE) : Les centres de recherche français en pays arabe
- Joseph Dichy, Professeur à l’université Lumière-Lyon 2, secrétaire général du Comité interuniversitaire d’études arabes (CIDÉA) : L'état des lieux de l'enseignement de l'arabe en France, rapport du CIDEA
- Luc-Willy Deheuvels, Professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), président du jury d’agrégation d’arabe : Situation de l'offre du service public et enjeux de l'enseignement de l'arabe aujourd’hui : la « masse manquante »

17h00
Pause

17h15
Séance 4 : Langue arabe et langue française, perspectives communes (table ronde)
Président : Son Excellence M. Nassif Hitti, Directeur de la Mission de la Ligue des États arabes à Paris
- Philippe Étienne, Directeur général de la Coopération internationale et du Développement (MAE)
- Xavier North, Délégué général à la Langue française et aux langues de France (Ministère de la Culture)
- François Perret, Doyen de l’Inspection générale de l’éducation nationale
- Marc Foucault, Directeur des Relations européennes et internationales et de la coopération (MENESR)

18h45
Allocution de clôture de la première journée :
M. Philippe Étienne, Directeur général de la Coopération internationale et du Développement, Ministère des Affaires étrangères




Samedi 18 novembre 2006
Sorbonne, salle Louis Liard


9h00
Ouverture de la journée en Sorbonne
- M. Maurice Quénet, Recteur de l’Académie de Paris, Chancelier des universités
- M. Jean-Robert Pitte, Président de l'université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
- M. Abdallah Cheikh-Moussa, Professeur à l'université de Paris-Sorbonne (Paris IV), directeur du département d’Etudes arabes et hébraïques

Hommage à Jamel Eddine Bencheikh

- André Miquel, Professeur au Collège de France et Administrateur général honoraire
- Hammadi Sammoud, Professeur au département de Lettres arabes de l'université de la Manouba : Écho à l’hommage prononcé par André Miquel

9h45
Pause

10h00
Séance 5 : Les études arabes au Maghreb
Président : Michel Tuchscherer, Professeur à l’université de Provence (Aix-Marseille I)
- Mohammed Amine, Directeur du département des Etudes arabes à l’École normale supérieure de Meknès : L’agrégation marocaine : la combinatoire de la formation des professeurs
- Khaoula Taleb Ibrahimi, Professeur à l’université d'Alger : Enseignement de la langue arabe, méthodes, réformes et formation des maîtres en Algérie : état des lieux
- Hammadi Sammoud, Professeur au département de Lettres arabes de l'université de la Manouba : L'agrégation d'arabe et la formation des professeurs en Tunisie

11h30
Pause

11h45
Séance 6 : Les études arabes en Europe et aux États-Unis
Présidente : Rita Mazen, Professeur à l’université Stendhal-Grenoble III
- Margaret Larkin, Professeur à l’université de Californie, Berkeley : L'enseignement de l'arabe aux États-Unis, état des lieux
- Kees Versteegh, Professeur à l’université de Nimègue, Pays-Bas, éditeur en chef de l’Encyclopaedia of Arabic Language and Linguistics : Un grand projet éditorial européen et international, l’Encyclopédie de la langue et de la linguistique arabes


12h45
Pause déjeuner


14h00
Séance 7 : Les études arabes au Moyen-Orient
Présidente : Elisabeth Vauthier, Maître de conférences à l’université de Nantes
- Ahyaf Sinno, Directeur des Etudes supérieures à l'Institut de Lettres Orientales, Vice-recteur aux Etudes arabes et islamiques à l’université Saint-Joseph : Les études arabes et islamiques à l'université Saint-Joseph de Beyrouth
- Madiha Doss, Professeur à l’université du Caire : Réflexions sur l’enseignement de la langue arabe et la formation des maîtres en Égypte
- Sam Ammar, Doyen de la Faculté de pédagogie de l'université de Damas : La formation et le recrutement des professeurs d’arabe en Syrie

15h30
Pause

15h45
Séance 8 : Les concours et la formation en études arabes, reflets de nouvelles perceptions de la langue et de la culture
Président : Michel Neyreneuf, Inspecteur d’académie-inspecteur pédagogique régional
- Frédéric Lagrange, Maître de conférences à l’université de Paris-Sorbonne (Paris IV), président du jury du CAPES d’arabe : L’arabe dialectal dans les concours
- Bruno Levallois, Inspecteur général de l’éducation nationale : Les réformes de l'agrégation. Le profil d'un agrégé en 2006-2007
- Floréal Sanagustin, Directeur scientifique des Etudes médiévales, modernes et arabes à l’Institut français du Proche-Orient : Le rôle des centres de langue à l'étranger dans la formation des arabisants

17h30
Synthèse finale et clôture
- Ghislaine Alleaume, Présidente de l’Association française des études sur le monde arabe et musulman (AFEMAM) : Regards de chercheurs
- Benoît Deslandes, Président de l’Association française des arabisants (AFDA) : Regards d’enseignants
- Jean-Yves L’Hôpital, Directeur de l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) et Rachida Dumas, Inspectrice d’académie-inspectrice pédagogique régionale : Synthèse générale du colloque







Organisation
Ce colloque est organisé par l’Institut du Monde Arabe et l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), en partenariat avec le Ministère des Affaires étrangères (Direction générale de la Coopération internationale et du Développement, DGCID), le Ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, le Collège de France (Chaire du professeur Henry Laurens), le Comité interuniversitaire d’études arabes (CIDÉA), l’Association française des arabisants (AFDA), le Centre d’études et de recherche Moyen-Orient Méditerranée (CERMOM – INALCO) et le laboratoire ICAR (Interactions, corpus, apprentissages, représentations, UMR 5191, CNRS/université Lyon 2).

Comité d’organisation
- Luc Deheuvels, Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) et CERMOM, Centre d’études et de recherches Moyen-orient Méditerranée (INALCO), Président du jury d’agrégation d’arabe ;
- Benoît Deslandes, Ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, chef du bureau Afrique et Moyen-Orient à la Direction des Relations européennes et internationales et de la coopération (DREIC), Président de l’Association française des arabisants (AFDA) ;
- Joseph Dichy, Comité interuniversitaire d’études arabes (CIDÉA), et Laboratoire ICAR, Interactions, corpus, apprentissages, représentations (UMR 5191, CNRS/ Université Lyon 2) ;
- Bruno Halff, Inspecteur général de l’éducation nationale ;
- Abdeljalil Laamiri, Association française des arabisants (AFDA) ;
- Frédéric Lagrange, Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), Président du jury du CAPES d’arabe ;
- Bruno Levallois, Ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, Inspecteur général de l’éducation nationale ;
- Sophie Lovy, Ministère des Affaires étrangères, Direction générale de la Coopération internationale et du Développement (DGCID), Sous-directrice du français ;
- Paul Petit, Ministère des Affaires étrangères, Direction générale de la Coopération internationale et du Développement (DGCID), Sous-direction du français ;
- Sophie Tardy, Institut du Monde Arabe, responsable du Centre de langue.

Comité scientifique
- Jacqueline Chabbi, Professeur à l’université de Paris 8 ;
- Abdallah Cheikh-Moussa, Professeur à l’université de Paris-Sorbonne (Paris IV) ;
- Luc Deheuvels, Professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales ;
- Joseph Dichy, Professeur à l’université Lumière-Lyon 2 ;
- Bruno Halff, Inspecteur général de l’éducation nationale ;
- Henry Laurens, Professeur au Collège de France ;
- Bruno Levallois, Inspecteur général de l’éducation nationale ;
- Jean-Yves L’Hopital, Directeur de l’Institut français du Proche-Orient ;
- André Miquel, Professeur au Collège de France et Administrateur général honoraire ;
- Floréal Sanagustin, Directeur scientifique des études médiévales, modernes et arabes à l’Institut français du Proche-Orient ;
- Michel Tuchscherer, Professeur à l’université de Provence (Aix-Marseille I).








Infos pratiques
IMA - Auditorium
Contact : 01 40 51 39 86


Université Paris-Sorbonne Paris IV
1, rue Victor Cousin 75230 Paris cedex
Salle Louis Liard
Contact : 01 40 46 22 11
www.paris4.sorbonne.fr
Accès : Métro : Saint-Michel, Odéon,
Cluny-la-Sorbonne
RER Luxembourg, Cluny-la-Sorbonne
Bus : 21, 27, 38, 82, 84, 85, 89

mercredi 17 mai 2006

Manifestation organisée par l'Association Franà§aise Des Arabisants en collaboration avec le Centre de Communication de l'Ambassade du Yémen à  Paris: le Yémen d'aujourd'hui, regards croisés

Programme de cette manifestation organisée par l'Association Franà§aise Des Arabisants
en collaboration avec le Centre de Communication de l'Ambassade du Yémen à  Paris, le samedi 27 mai 2006, à  l'UNESCO (salle 4)  7, place Fontenoy 75007 PARIS.


Programme


- Accueil des participants à 9h15
- Mot du Président de l'AFDA, Monsieur Benoît Deslandes
- Mot de SE l'Ambassadeur du Yémen à Paris, Monsieur Ameer Salem Alaidaroos


Modérateur : Abdeljalil Laamiri
- Abdelaziz Abdelghani, Président du Conseil Consultatif yéménite (invité d’honneur) : le Yémen aujourd’hui
- Luc Deheuvels, Professeur à l'INALCO : centre de ressources sur le Yémen
- Hamid al-Awadhi, ambassadeur du Yémen à l'UNESCO : l’encyclopédie du Yémen
- Discussion

Pause (10 minutes)

Modérateur : Rahma Doukkar

- Habib Abdulrab, Professeur des Universités, écrivain yéménite : le Yémen : un regard double
- Elizabeth Vauthier, Maître de Conférences, université de Nantes : littérature yéménite
- Ali Zayd, traducteur et écrivain : le roman yéménite
- Abdellatif Ghouirgate, Maître de Conférences, université de Nantes : à propos de la trilogie d’Habib Abdulrab
- Discussion

Déjeuner


Modérateur : Yahia Cheikh
- Marie-Claude Siméone-Senelle, directrice de recherche au CNRS : la richesse du patrimoine linguistique yéménite
- Batoul Wellnitz, Professeur Marseille : le roman yéménite
- Abdellatif Idrissi, Université d'Avignon - IMA : l’écriture chez Hudâ al-Attâs
- Nadia Kawkabani, écrivaine yéménite – urbaniste : orientations architecturales dans le Yémen moderne
- Discussion

Pause (10 minutes)


Modérateur : Zohra Crozat
- Marylène Barret, chargée de mission auprès de l’Ambassade de France à Sanaa :
- un exemple du patrimoine du Yémen à l’âge d’or de l’islam : la mosquée al-Abbâs
- Julie Paquet, écrivaine canadienne : Clio clic-clic au Yémen
- Maria et Pascal Maréchaux, architectes : cités du Yémen
- Khadija Salami, conseiller de presse et attachée culturelle près l’Ambassade du Yémen à Paris, metteur en scène :
- présentation de son avant-dernier film  "  غريبة في مدينتها "  (étrangère dans sa propre ville)
- Echanges avec le public
- Mot de clôture de la journée par le Président de l'AFDA

vendredi 24 juin 2005

A lire dans le Figaro Madazine: La langue privée d'école

C'est un fait dont les statistiques du ministère de l'Education nationale ne rendent pas compte. Depuis dix ans, partout en France, la langue arabe est de plus en plus parlée. Pourtant les chiffres officiels continuent chaque année d'indiquer un tassement dans l'enseignement secondaire public en métropole, avec 7 224 élèves à la rentrée 2004. Soit la moitié des effectifs de 1985. Qui dit vrai ? «Longtemps, les autorités ont cru que l'immigration maghrébine serait passagère, explique Bruno Levallois, inspecteur général de l'Education nationale pour l'enseignement de la langue arabe. Elles ont alors ouvert des classes d'arabe, afin que les jeunes ne perdent pas le contact avec une culture qu'ils allaient, pensait-on, réintégrer pleinement un jour. Mais quand les pouvoirs publics se sont aperçus que, bien au contraire, cette immigration resterait, des classes ont été délibérément fermées au nom de l'impératif d'intégration, alors même que la demande, elle, ne faiblissait pas.»
Signe de ce désengagement de l'Etat : il n'y aura pas d'agrégation d'arabe en 2006. Ce prestigieux concours se déroulera désormais en alternance avec celui du capes, qui forme les enseignants du second degré. Il y aura donc moins de professeurs d'arabe en France. «L'Education nationale invoque une diminution de la demande, mais c'est faux», insiste l'inspecteur général Levallois. Ce qui est vrai, en revanche, c'est que l'école secondaire laïque n'a plus la cote auprès des parents d'origine maghrébine. Du coup, l'offre «communautaire» s'est considérablement développée en peu de temps. Boubaker El Hadj Amor, en charge du secteur éducation à l'UOIF (la très implantée Union des organisations islamiques de France), affirme que, en moyenne, une centaine de personnes par mosquée prennent des cours d'arabe. Le pays comptant environ 2 000 mosquées, on obtient un chiffre global de 200 000 élèves, mineurs et adultes. Le mot «élève» n'est pas usurpé, car ce sont bien des cours d'arabe, langue de la révélation coranique, qui sont dispensés par les mosquées, les instituts et les associations cultuelles, chaque mercredi, samedi et parfois dimanche. L'évaluation de 200 000 arabisants ne semble pas fantaisiste si l'on considère que 5 millions d'Arabes vivent en France, dont 3 millions avec la nationalité française. D'ailleurs, au même titre que la formation des imams ou l'organisation de carrés musulmans dans les cimetières, la question de l'enseignement de la langue a été au coeur de l'élection des représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui, le 19 juin dernier, a vu s'affronter les divers courants de l'islam en France, entre intégrationnistes et fondamentalistes.
«L'Etat ne fait pas face à ses responsabilités», tonne Bruno Levallois, dont le domaine de compétences s'étend jusque dans les pays arabophones avec lesquels la France a conclu des partenariats éducatifs. «Le deal est clair, affirme gravement le haut fonctionnaire. En échange de la paix sociale, les pouvoirs publics délèguent implicitement l'enseignement de l'arabe aux institutions privées musulmanes. On passe ainsi du cadre républicain à l'encadrement islamique.» Seulement voilà : «L'arabe enseigné dans le secteur privé propage une vision archaïque, idéologisée et culturellement orientée, poursuit Bruno Levallois. La langue est idéalisée, mythifiée, gauchie dans le sens d'une langue de religion. Elle prend une couleur identitaire, voire nationaliste, selon qu'on se trouve dans un environnement marocain, algérien
ou tunisien. Sur un plan pédagogique, nous avons affaire à un enseignement d'autorité, de nature traditionnelle, axé sur la répétition et l'apprentissage par coeur.»
Le regard que porte le responsable de l'UOIF Boubaker El Hadj Amor n'est, au fond, pas moins sévère que celui de Bruno Levallois : « L'enseignement dispensé dans les mosquées relève du bricolage. Cela donne aux enfants une image misérabiliste, tiers-mondisée de la langue et de la culture d'origine.» Et d'ajouter : «Cette situation précaire est à mettre au passif des autorités de la République qui ont toujours eu une vision frileuse de l'islam et, via le ministère de l'Intérieur, une gestion sécuritaire du phénomène.»
L'offre privée pour l'enseignement de l'arabe reste assez disparate. A côté des mosquées et des associations plus ou moins cultuelles, il y a le lycée Averroès de Lille, les deux instituts supérieurs de l'UOIF, l'un à Château-Chinon, dans la Nièvre, l'autre à Saint-Denis, en région parisienne, et un troisième placé sous l'autorité de la Grande Mosquée de Paris. A l'échelon élémentaire, régi par un statut mi-public, mi-privé, on trouve le système Elco (Enseignement de langues et cultures d'origine). L'Etat a signé avec le Maroc, l'Algérie et la Tunisie des accords permettant à 40 000 enfants de parents originaires du Maghreb de suivre un apprentissage de base de la langue arabe. Le financement est français, mais l'encadrement reste en partie étranger. Cet arrangement ne vaut que pour le primaire. Dans le second degré, la désertification est pourtant en marche.
Car la demande est là, très forte. Elle se reporte sur le niveau supérieur. L'Institut européen de sciences humaines de Saint-Denis, lui aussi géré par l'UOIF, refuse du monde. «Nous pourrions ouvrir dix instituts...», confie Boubaker El Hadj Amor. Ouverte en 2001, l'école de Saint-Denis a accueilli 150 élèves la première année. Quatre ans plus tard, ils sont 450 dont 55% de femmes. La scolarité en langue coûte 1 200 euros par an, 900 euros en théologie. Les cours d'arabe ont lieu en semaine, en soirée ou le week-end. «Ils ont une dimension religieuse, c'est certain», précise Ahmed Djaballah, le directeur de l'école. Du coup, la sélection qui s'opère lors des inscriptions obéit à des critères confessionnels et d'adhésion au contenu de l'enseignement. Lequel, affirme Djaballah, repose sur «une vision moderne et intégrée» des musulmans en France.
De véritables enjeux stratégiques
La quête de la culture d'origine ne s'épanouit pas seulement dans un cadre confessionnel. A preuve, la très forte hausse des inscriptions en arabe à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), le fameux «Langues O'». En dix ans, les inscrits en filière arabophone ont doublé. Aujourd'hui, ils sont 1 407 élèves. Dans ces cours d'arabe de l'Inalco, on trouve aussi bien des polytechniciens et des militaires de l'armée de l'air que des historiens, des anthropologues, des professionnels du tourisme, des philosophes, ainsi que, probablement, quelques agents des Renseignements généraux et de la DST... La majorité des étudiants confient être là pour des raisons «identitaires». Comme cette jeune fille titulaire d'un BTS action commerciale : «Je suis d'origine algérienne, issue de l'immigration et j'ai des difficultés dans la langue arabe. Or je considère important de ne pas être fondue dans la mondialisation.» Certaines musulmanes inscrites à l'Inalco sont voilées. Elles en ont le droit. Mais une charte, signée par les étudiants intégrant l'institut, stipule que les orientations pédagogiques et la mixité de l'établissement ne peuvent être remises en question. Il n'en reste pas moins que, redoutant un repli communautaire, l'Etat n'entend pas développer la filière arabophone dans l'enseignement public. Dans certaines régions à forte implantation immigrée - comme à Dunkerque, Tourcoing ou Roubaix -, des directeurs d'établissement ont, avec le soutien des
syndicats de gauche, tel le Snes, obtenu la fermeture de classes d'arabe et empêché parfois leur réouverture. Alors l'inspecteur général Bruno Levallois le dit tout net : «La carte scolaire dans ce domaine doit être complètement revue. L'Etat agit comme si l'arabe était une langue minoritaire. Mais elle n'est ni minoritaire ni religieuse. C'est une langue de l'ONU. Il y a des enjeux stratégiques. Pour être tout à fait clair, je rappellerai, par exemple, que c'est la France qui forme en arabe l'élite marocaine...»

Source: Le Figaro Magazine

mercredi 10 mars 2004

La pétition "Yakfi"; Pour une vraie politique de l'enseignement de l'arabe en France

Au printemps 2004, le ministère de l'éducation nationale décidait de fermer le CAPES et l'agrégation d'arabe en 2005. En réaction, un texte émanant d'étudiants de l'INALCO avait été diffusé, accompagné d'une pétition hébergée sur un site aujourd'hui fermé. 
La mobilisation avait permis de sauver l'agrégation, mais pas le CAPES, qui fut fermé en 2005, puis à nouveau en 2011.

Pour mémoire, nous reproduisons le texte de cette pétition ici.



A la suite de l’annonce par le ministère de l’éducation nationale de la suppression pure et simple du CAPES et de l’agrégation d’arabe littéral pour l’année 2005, nous sommes un certains nombre d’étudiants de l’INALCO qui, lassés par des années d’incohérences et de revirements dans la politique (si elle existe.) du ministère à l’égard des études arabes, avons décidé de nous faire entendre au moyen d’une pétition dont voici le texte :

Yakfi !
Pour une vraie politique de l’enseignement de l’arabe en France

A l’heure où des conceptions moyenâgeuses telles le « choc des civilisations » connaissent une nouvelle jeunesse, on s’attendrait à ce que l’Etat soit sensible à la nécessité de développer un enseignement scientifique et rationnel de la langue et de la culture arabes dans le secondaire et le supérieur. Il n’en est rien. En France, près de 7000 élèves apprennent l’arabe dans l’enseignement secondaire. Ceux qui sont formés à cette langue hors de notre système éducatif sont aujourd’hui de six à sept fois plus nombreux.
C’est pourtant dans l’enseignement public seul que les élèves et les étudiants auront la certitude de se retrouver face à des enseignants dotés d’une vaste culture couvrant les domaines français et arabe, alliant à leurs compétences linguistiques et pédagogiques un esprit scientifique et critique. C’est dans l’enseignement public seul que les élèves et étudiants auront la garantie de recevoir un enseignement dénué d’arrière-pensées idéologiques et débarrassé des préjugés et des fantasmes qui poursuivent trop souvent la culture arabe.
Or notre domaine d’études est victime, depuis plusieurs années, de décisions à courte vue et de l’absence de projet à long ou moyen terme. Alors que, rappelons-le, l’enseignement public ne couvre que 15% de la demande, les revirements et les incohérences du ministère sont notre pain quotidien et l’absence de projet d’ensemble est flagrante.

Quelques exemples :

- Sous l’impulsion de Claude Allègre, la décision est prise de développer l’enseignement de la langue arabe. Les postes proposés aux concours sont portés à 32 (20 pour le CAPES, 12 pour l’agrégation), auxquels il faut rajouter les concours internes, supprimés aujourd’hui, ainsi que les PLP2, également sacrifiés. Cependant, cette décision n’est relayée ni par les recteurs ni par les directeurs d’établissements : le nombre d’enseignants augmente, mais les ouvertures de classes ne suivent pas, mettant quasiment un certain nombre d’enseignants au « chômage technique ».

- Fermeture de la section d’arabe au lycée Masséna à Nice, pourtant l’une des vitrines de l’enseignement de l’arabe en France, pour des raisons politiques. (NB : elle a été rouverte depuis)

- Pendant des années, le programme de bourses pour les stages des arabisants à l’étranger, qui constitue l’un des maillons essentiels dans la formation de futurs enseignants et chercheurs, a fait l’objet d’annonces de suppression chaque année ; chaque année les enseignants sont parvenus à obtenir leur maintien, au prix de beaucoup d’efforts qu’ils auraient sans doute préféré réserver à des tâches plus conformes à leurs fonctions et à leurs projets scientifiques et pédagogiques.

- Depuis deux ans, le nombre de postes proposés aux concours a été divisé par deux. L’an dernier, le ministère a annoncé la suppression de l’agrégation pour 2004 avant de battre en retraite face aux protestations des étudiants et des enseignants. Cette année, la fermeture pure et simple du CAPES et de l’agrégation est annoncée pour 2005, pour la première fois depuis la création de l’agrégation d’arabe en 1905...
Ça suffit !
Parce que nous avons mieux à faire que de rédiger et signer des pétitions ou de démarcher des ministères, parce qu’aucun travail efficace n’est possible sans perspective d’avenir, nous, enseignants, étudiants et simples citoyens, convaincus qu’une compréhension rationnelle et dégagée de toute arrière-pensée de l’aire culturelle arabo-musulmane sera l’une des clés de la cohésion et de l’épanouissement de la société française dans un avenir proche, réclamons une politique cohérente, inscrite dans le long terme, combinant ouverture de classes, créations de postes et objectifs pédagogiques précis.
Pourquoi nous aider ?
Parce que très peu de gens savent quelle est la situation de l’enseignement de l’arabe en France et plus nous nous ferons connaître, plus nous gagnerons de poids. Parce que le monde des études arabes est un petit monde. Nous n’atteindrons jamais un nombre de signatures astronomique, mais le degré de mobilisation sera un bon indicateur, sachant que le nombre d’étudiants en arabe dans le supérieur ne doit pas dépasser les 2000. Dans ces conditions, recueillir 500 signatures serait déjà un succès. [NDLR: Finalement, la pétition avait recueilli plus de 2000 signatures en 4 semaines]
C’est pourquoi nous cherchons des relais. Le mouvement est parti de l’INALCO. Des annonces seront donc faites dans les amphis de cet établissement, le texte de la pétition sera affiché. Il nous faudrait des volontaires pour faire la même chose, dans les autres facs d’arabe qui doivent jouer un rôle moteur dans la diffusion de cette pétition dans la société. Contactez-nous.

lundi 9 septembre 2002

A lire dans l'Humanité: l'arabe hors des collèges

Comme les autres langues " peu diffusées ", l'arabe devrait quitter peu à peu les collèges. L'enseignement des langues étrangères en primaire entraînera la disparition des langues rares et difficiles. D'après une note d'information du ministère de l'Éducation portant sur l'enseignement des langues vivantes étrangères dans le premier degré en 1999-2000, l'anglais est la langue la plus étudiée (79,8 %), bien devant l'allemand (15,2 %) l'espagnol (2,4 %) et l'italien (1,3 %). En effet, les instituteurs chargés de ces initiations maîtrisent le plus souvent l'anglais, ils sont rarement formés pour enseigner une langue orientale. " Même pour l'allemand, nous essayons de mettre en place des sites, mais il est en pleine perte de vitesse ", confirme l'inspecteur d'académie, M. Neyreneuf. L'italien ou le portugais ont ponctuellement réussi à se maintenir, mais pas l'arabe. Les instituteurs venus des pays du Maghreb qui enseignaient déjà en primaire dans le cadre des enseignements langue et culture d'origine (ELCO) destinés aux communautés immigrées, auraient pu assurer les cours d'arabe langue étrangère, mais aucun accord n'a été trouvé avec les consulats. Et le projet a été abandonné. Une fois l'anglais commencé en primaire, il y a fort à parier que les élèves le choisissent comme première langue vivante (LV1) au collège. Ainsi, d'après la note du ministère, en 1999-2000, près de 90 % des élèves apprenant une langue vivante étrangère en 6e choisissaient l'anglais.

" Mettre en place une classe d'arabe dans un collège, implique que le recteur d'académie, le principal et le conseil d'administration de l'établissement y soient favorables ", explique Mme Tahhan, inspectrice d'académie. La carte des langues en France dépend de ces volontés personnelles. Certains sites ont développé l'enseignement de l'arabe et d'autres pas, sans logique apparente. Roubaix y a été favorable, Tourcoing pas. Lyon n'a jamais pris cette orientation, alors qu'elle a été développée sur Aix-Marseille. Il n'existe aucune structure à Besançon, un seul lycée à Metz, mais plusieurs à Strasbourg. Partout des solutions de fortune sont tentées. Cours regroupés sur un site pour plusieurs collèges dans l'Oise, enseignement par visioconférence à Toulouse, cours du Centre d'enseignement à distance (CNED), associés à des cours de soutien. Les professeurs couvrent plusieurs établissements pour assurer leurs heures. " La principale exigence pour un professeur d'arabe, c'est d'avoir son permis de conduire ", résume Mme Tahhan.

Quand un poste est ouvert, il faut ensuite réussir à le maintenir. Si le principal du collège change et que le nouveau y est opposé, rien n'assure la continuité, car il est facile de porter préjudice à une langue. Il suffit de ne pas signaler son enseignement, de " l'oublier " dans les emplois du temps ou de placer les cours à des heures impossibles. " · Champigny, la langue avait disparu des plaquettes du lycée ", témoigne Mme Billacois, actuellement professeur au lycée Balzac à Paris-XVII. · Voltaire (Paris-XI), l'an passé, les élèves de terminale s'étaient retrouvés à errer dans les couloirs. Aucun cours n'avait été prévu pour eux. Les autres professeurs de langue peuvent aussi être hostiles à une langue concurrente et nombre d'enseignants des autres disciplines, qui ne voient pas son intérêt, dissuadent les élèves de la choisir. M. Boudaakkar, professeur à Voltaire, regrette le " travail de sape " réalisé, intentionnellement ou non, par des collègues. " Certains sont surpris d'apprendre qu'il existe un CAPES d'arabe ! ", rapporte-t-il. " On est vaguement assimilé aux enseignants du primaire qui exercent dans le cadre d'accords franco-marocain ou franco-tunisien. " Une confusion qui l'agace d'autant plus que même ses élèves d'origine maghrébine ont une connaissance quasi nulle de la langue. Il y a neuf ans, les enfants maîtrisaient cinq des dix phonèmes problématiques. Désormais, ils n'en maîtrisent aucun. " Ce sont des enfants de troisième ou quatrième génération, qui prononcent même leur prénom à la française ", témoigne-t-il. Il s'agit donc d'enseigner une langue aussi étrangère que l'allemand ou l'anglais.

Victime de réticences et de préjugés tenaces, l'arabe n'a pas encore trouvé ses lettres de noblesse. Les chefs d'établissement ont peur de l'amalgame entre " lycée où il y a de l'arabe et lycée d'Arabes " et beaucoup ne veulent pas attirer ce public. " Nous sommes là pour scolariser des enfants, pas pour faire son marché ", s'insurge un responsable académique. " Même les familles redoutent de stigmatiser leurs enfants en les faisant prendre arabe " regrette M. Azam, proviseur à Asnières, qui avait participé, dans les années quatre-vingt-dix, à la mise en place de l'arabe LV1 dans son collège à Mantes-la-Jolie. " J'ai pu constater que c'est un facteur de développement immense. " Même les enfants de troisième ou quatrième génération qui n'ont que de vagues réminiscences, tireraient avantage de son apprentissage. " C'est une langue difficile, qui demande de la rigueur. Quand la méthode est acquise, elle profite aux autres matières ", confirme Mme Gain, autre professeur du lycée Voltaire. Tous constatent que pour les élèves issus de l'immigration, qui ne connaissent pas et qui parfois rejettent leur culture d'origine, l'apprentissage de l'arabe favorise la construction de leur identité. Ils se sentent rassurés et valorisés. Le professeur d'arabe est d'ailleurs souvent amené à occuper le rôle de médiateur.l

Les études des psycho-linguistes montrent que, pour les enfants perdus entre deux langues, une bonne assise dans leur langue familiale permet d'acquérir les autres plus facilement. Marie Rose Moro, ethno-psychiatre, qui dirige le service de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital Avicenne de Bobigny confirme : " Nous constatons tous les jours sur le terrain combien l'apprentissage de la langue d'origine est essentielle, même à plusieurs générations d'écart. Bien au-delà du niveau linguistique, il s'agit de faire de la différence quelque chose de positif. " Elle regrette que les politiques ne pensent pas en terme de pluralité. " Ce serait une révolution nécessaire, mais l'idée que l'intégration implique l'apprentissage exclusif de la langue du pays d'accueil est tenace ", déplore-t-elle.

Alors que les écoles coraniques ont poussé comme des champignons ces dernières années, les professeurs d'arabe insistent sur la nécessité de maintenir un enseignement laïque de la langue. II y aurait environ 600 écoles coraniques, rattachées à des lieux de prière répertoriés, fréquentées par 35 000 jeunes. Si certaines mosquées proposent un enseignement de valeur, d'autres enseignent un arabe médiocre et manipulent les élèves. Le prosélytisme de certains instructeurs s'accompagne parfois de tentatives de dénigrement des cours dispensés par les enseignants laïques. " Certains prétendent que l'on n'apprend l'arabe pur que chez eux ", rapporte M. Mahfoud Boudaakkar. Celui-ci a, du reste, déjà été l'objet d'intimidations lorsqu'il enseignait au Val-Fourré en 1992. " L'enseignement coranique et laïque peuvent remplir des fonctions complémentaires ", souligne-t-il. D'ailleurs, des établissements comme la mosquée de la rue de Tanger, à Paris, cherche au contraire une coopération harmonieuse, dans l'intérêt de tous et en premier lieu de celui des élèves.

Pour les jeunes près d'entrer sur le marché du travail, la maîtrise de l'arabe constitue un atout professionnel indéniable. Les académies tentent d'ailleurs d'introduire la langue dans les lycées professionnels où elle est encore rarement proposée. Le marché du Maghreb et du Moyen-Orient est demandeur de techniciens arabophones à tous les niveaux. Malgré ces débouchés, la langue aura du mal à résister dans les collèges, où les responsables académiques prévoient une généralisation de l'anglais.


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