mercredi 17 mai 2006

Manifestation organisée par l'Association Franà§aise Des Arabisants en collaboration avec le Centre de Communication de l'Ambassade du Yémen à  Paris: le Yémen d'aujourd'hui, regards croisés

Programme de cette manifestation organisée par l'Association Franà§aise Des Arabisants
en collaboration avec le Centre de Communication de l'Ambassade du Yémen à  Paris, le samedi 27 mai 2006, à  l'UNESCO (salle 4)  7, place Fontenoy 75007 PARIS.


Programme


- Accueil des participants à 9h15
- Mot du Président de l'AFDA, Monsieur Benoît Deslandes
- Mot de SE l'Ambassadeur du Yémen à Paris, Monsieur Ameer Salem Alaidaroos


Modérateur : Abdeljalil Laamiri
- Abdelaziz Abdelghani, Président du Conseil Consultatif yéménite (invité d’honneur) : le Yémen aujourd’hui
- Luc Deheuvels, Professeur à l'INALCO : centre de ressources sur le Yémen
- Hamid al-Awadhi, ambassadeur du Yémen à l'UNESCO : l’encyclopédie du Yémen
- Discussion

Pause (10 minutes)

Modérateur : Rahma Doukkar

- Habib Abdulrab, Professeur des Universités, écrivain yéménite : le Yémen : un regard double
- Elizabeth Vauthier, Maître de Conférences, université de Nantes : littérature yéménite
- Ali Zayd, traducteur et écrivain : le roman yéménite
- Abdellatif Ghouirgate, Maître de Conférences, université de Nantes : à propos de la trilogie d’Habib Abdulrab
- Discussion

Déjeuner


Modérateur : Yahia Cheikh
- Marie-Claude Siméone-Senelle, directrice de recherche au CNRS : la richesse du patrimoine linguistique yéménite
- Batoul Wellnitz, Professeur Marseille : le roman yéménite
- Abdellatif Idrissi, Université d'Avignon - IMA : l’écriture chez Hudâ al-Attâs
- Nadia Kawkabani, écrivaine yéménite – urbaniste : orientations architecturales dans le Yémen moderne
- Discussion

Pause (10 minutes)


Modérateur : Zohra Crozat
- Marylène Barret, chargée de mission auprès de l’Ambassade de France à Sanaa :
- un exemple du patrimoine du Yémen à l’âge d’or de l’islam : la mosquée al-Abbâs
- Julie Paquet, écrivaine canadienne : Clio clic-clic au Yémen
- Maria et Pascal Maréchaux, architectes : cités du Yémen
- Khadija Salami, conseiller de presse et attachée culturelle près l’Ambassade du Yémen à Paris, metteur en scène :
- présentation de son avant-dernier film  "  غريبة في مدينتها "  (étrangère dans sa propre ville)
- Echanges avec le public
- Mot de clôture de la journée par le Président de l'AFDA

vendredi 24 juin 2005

A lire dans le Figaro Madazine: La langue privée d'école

C'est un fait dont les statistiques du ministère de l'Education nationale ne rendent pas compte. Depuis dix ans, partout en France, la langue arabe est de plus en plus parlée. Pourtant les chiffres officiels continuent chaque année d'indiquer un tassement dans l'enseignement secondaire public en métropole, avec 7 224 élèves à la rentrée 2004. Soit la moitié des effectifs de 1985. Qui dit vrai ? «Longtemps, les autorités ont cru que l'immigration maghrébine serait passagère, explique Bruno Levallois, inspecteur général de l'Education nationale pour l'enseignement de la langue arabe. Elles ont alors ouvert des classes d'arabe, afin que les jeunes ne perdent pas le contact avec une culture qu'ils allaient, pensait-on, réintégrer pleinement un jour. Mais quand les pouvoirs publics se sont aperçus que, bien au contraire, cette immigration resterait, des classes ont été délibérément fermées au nom de l'impératif d'intégration, alors même que la demande, elle, ne faiblissait pas.»
Signe de ce désengagement de l'Etat : il n'y aura pas d'agrégation d'arabe en 2006. Ce prestigieux concours se déroulera désormais en alternance avec celui du capes, qui forme les enseignants du second degré. Il y aura donc moins de professeurs d'arabe en France. «L'Education nationale invoque une diminution de la demande, mais c'est faux», insiste l'inspecteur général Levallois. Ce qui est vrai, en revanche, c'est que l'école secondaire laïque n'a plus la cote auprès des parents d'origine maghrébine. Du coup, l'offre «communautaire» s'est considérablement développée en peu de temps. Boubaker El Hadj Amor, en charge du secteur éducation à l'UOIF (la très implantée Union des organisations islamiques de France), affirme que, en moyenne, une centaine de personnes par mosquée prennent des cours d'arabe. Le pays comptant environ 2 000 mosquées, on obtient un chiffre global de 200 000 élèves, mineurs et adultes. Le mot «élève» n'est pas usurpé, car ce sont bien des cours d'arabe, langue de la révélation coranique, qui sont dispensés par les mosquées, les instituts et les associations cultuelles, chaque mercredi, samedi et parfois dimanche. L'évaluation de 200 000 arabisants ne semble pas fantaisiste si l'on considère que 5 millions d'Arabes vivent en France, dont 3 millions avec la nationalité française. D'ailleurs, au même titre que la formation des imams ou l'organisation de carrés musulmans dans les cimetières, la question de l'enseignement de la langue a été au coeur de l'élection des représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui, le 19 juin dernier, a vu s'affronter les divers courants de l'islam en France, entre intégrationnistes et fondamentalistes.
«L'Etat ne fait pas face à ses responsabilités», tonne Bruno Levallois, dont le domaine de compétences s'étend jusque dans les pays arabophones avec lesquels la France a conclu des partenariats éducatifs. «Le deal est clair, affirme gravement le haut fonctionnaire. En échange de la paix sociale, les pouvoirs publics délèguent implicitement l'enseignement de l'arabe aux institutions privées musulmanes. On passe ainsi du cadre républicain à l'encadrement islamique.» Seulement voilà : «L'arabe enseigné dans le secteur privé propage une vision archaïque, idéologisée et culturellement orientée, poursuit Bruno Levallois. La langue est idéalisée, mythifiée, gauchie dans le sens d'une langue de religion. Elle prend une couleur identitaire, voire nationaliste, selon qu'on se trouve dans un environnement marocain, algérien
ou tunisien. Sur un plan pédagogique, nous avons affaire à un enseignement d'autorité, de nature traditionnelle, axé sur la répétition et l'apprentissage par coeur.»
Le regard que porte le responsable de l'UOIF Boubaker El Hadj Amor n'est, au fond, pas moins sévère que celui de Bruno Levallois : « L'enseignement dispensé dans les mosquées relève du bricolage. Cela donne aux enfants une image misérabiliste, tiers-mondisée de la langue et de la culture d'origine.» Et d'ajouter : «Cette situation précaire est à mettre au passif des autorités de la République qui ont toujours eu une vision frileuse de l'islam et, via le ministère de l'Intérieur, une gestion sécuritaire du phénomène.»
L'offre privée pour l'enseignement de l'arabe reste assez disparate. A côté des mosquées et des associations plus ou moins cultuelles, il y a le lycée Averroès de Lille, les deux instituts supérieurs de l'UOIF, l'un à Château-Chinon, dans la Nièvre, l'autre à Saint-Denis, en région parisienne, et un troisième placé sous l'autorité de la Grande Mosquée de Paris. A l'échelon élémentaire, régi par un statut mi-public, mi-privé, on trouve le système Elco (Enseignement de langues et cultures d'origine). L'Etat a signé avec le Maroc, l'Algérie et la Tunisie des accords permettant à 40 000 enfants de parents originaires du Maghreb de suivre un apprentissage de base de la langue arabe. Le financement est français, mais l'encadrement reste en partie étranger. Cet arrangement ne vaut que pour le primaire. Dans le second degré, la désertification est pourtant en marche.
Car la demande est là, très forte. Elle se reporte sur le niveau supérieur. L'Institut européen de sciences humaines de Saint-Denis, lui aussi géré par l'UOIF, refuse du monde. «Nous pourrions ouvrir dix instituts...», confie Boubaker El Hadj Amor. Ouverte en 2001, l'école de Saint-Denis a accueilli 150 élèves la première année. Quatre ans plus tard, ils sont 450 dont 55% de femmes. La scolarité en langue coûte 1 200 euros par an, 900 euros en théologie. Les cours d'arabe ont lieu en semaine, en soirée ou le week-end. «Ils ont une dimension religieuse, c'est certain», précise Ahmed Djaballah, le directeur de l'école. Du coup, la sélection qui s'opère lors des inscriptions obéit à des critères confessionnels et d'adhésion au contenu de l'enseignement. Lequel, affirme Djaballah, repose sur «une vision moderne et intégrée» des musulmans en France.
De véritables enjeux stratégiques
La quête de la culture d'origine ne s'épanouit pas seulement dans un cadre confessionnel. A preuve, la très forte hausse des inscriptions en arabe à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), le fameux «Langues O'». En dix ans, les inscrits en filière arabophone ont doublé. Aujourd'hui, ils sont 1 407 élèves. Dans ces cours d'arabe de l'Inalco, on trouve aussi bien des polytechniciens et des militaires de l'armée de l'air que des historiens, des anthropologues, des professionnels du tourisme, des philosophes, ainsi que, probablement, quelques agents des Renseignements généraux et de la DST... La majorité des étudiants confient être là pour des raisons «identitaires». Comme cette jeune fille titulaire d'un BTS action commerciale : «Je suis d'origine algérienne, issue de l'immigration et j'ai des difficultés dans la langue arabe. Or je considère important de ne pas être fondue dans la mondialisation.» Certaines musulmanes inscrites à l'Inalco sont voilées. Elles en ont le droit. Mais une charte, signée par les étudiants intégrant l'institut, stipule que les orientations pédagogiques et la mixité de l'établissement ne peuvent être remises en question. Il n'en reste pas moins que, redoutant un repli communautaire, l'Etat n'entend pas développer la filière arabophone dans l'enseignement public. Dans certaines régions à forte implantation immigrée - comme à Dunkerque, Tourcoing ou Roubaix -, des directeurs d'établissement ont, avec le soutien des
syndicats de gauche, tel le Snes, obtenu la fermeture de classes d'arabe et empêché parfois leur réouverture. Alors l'inspecteur général Bruno Levallois le dit tout net : «La carte scolaire dans ce domaine doit être complètement revue. L'Etat agit comme si l'arabe était une langue minoritaire. Mais elle n'est ni minoritaire ni religieuse. C'est une langue de l'ONU. Il y a des enjeux stratégiques. Pour être tout à fait clair, je rappellerai, par exemple, que c'est la France qui forme en arabe l'élite marocaine...»

Source: Le Figaro Magazine

mercredi 10 mars 2004

La pétition "Yakfi"; Pour une vraie politique de l'enseignement de l'arabe en France

Au printemps 2004, le ministère de l'éducation nationale décidait de fermer le CAPES et l'agrégation d'arabe en 2005. En réaction, un texte émanant d'étudiants de l'INALCO avait été diffusé, accompagné d'une pétition hébergée sur un site aujourd'hui fermé. 
La mobilisation avait permis de sauver l'agrégation, mais pas le CAPES, qui fut fermé en 2005, puis à nouveau en 2011.

Pour mémoire, nous reproduisons le texte de cette pétition ici.



A la suite de l’annonce par le ministère de l’éducation nationale de la suppression pure et simple du CAPES et de l’agrégation d’arabe littéral pour l’année 2005, nous sommes un certains nombre d’étudiants de l’INALCO qui, lassés par des années d’incohérences et de revirements dans la politique (si elle existe.) du ministère à l’égard des études arabes, avons décidé de nous faire entendre au moyen d’une pétition dont voici le texte :

Yakfi !
Pour une vraie politique de l’enseignement de l’arabe en France

A l’heure où des conceptions moyenâgeuses telles le « choc des civilisations » connaissent une nouvelle jeunesse, on s’attendrait à ce que l’Etat soit sensible à la nécessité de développer un enseignement scientifique et rationnel de la langue et de la culture arabes dans le secondaire et le supérieur. Il n’en est rien. En France, près de 7000 élèves apprennent l’arabe dans l’enseignement secondaire. Ceux qui sont formés à cette langue hors de notre système éducatif sont aujourd’hui de six à sept fois plus nombreux.
C’est pourtant dans l’enseignement public seul que les élèves et les étudiants auront la certitude de se retrouver face à des enseignants dotés d’une vaste culture couvrant les domaines français et arabe, alliant à leurs compétences linguistiques et pédagogiques un esprit scientifique et critique. C’est dans l’enseignement public seul que les élèves et étudiants auront la garantie de recevoir un enseignement dénué d’arrière-pensées idéologiques et débarrassé des préjugés et des fantasmes qui poursuivent trop souvent la culture arabe.
Or notre domaine d’études est victime, depuis plusieurs années, de décisions à courte vue et de l’absence de projet à long ou moyen terme. Alors que, rappelons-le, l’enseignement public ne couvre que 15% de la demande, les revirements et les incohérences du ministère sont notre pain quotidien et l’absence de projet d’ensemble est flagrante.

Quelques exemples :

- Sous l’impulsion de Claude Allègre, la décision est prise de développer l’enseignement de la langue arabe. Les postes proposés aux concours sont portés à 32 (20 pour le CAPES, 12 pour l’agrégation), auxquels il faut rajouter les concours internes, supprimés aujourd’hui, ainsi que les PLP2, également sacrifiés. Cependant, cette décision n’est relayée ni par les recteurs ni par les directeurs d’établissements : le nombre d’enseignants augmente, mais les ouvertures de classes ne suivent pas, mettant quasiment un certain nombre d’enseignants au « chômage technique ».

- Fermeture de la section d’arabe au lycée Masséna à Nice, pourtant l’une des vitrines de l’enseignement de l’arabe en France, pour des raisons politiques. (NB : elle a été rouverte depuis)

- Pendant des années, le programme de bourses pour les stages des arabisants à l’étranger, qui constitue l’un des maillons essentiels dans la formation de futurs enseignants et chercheurs, a fait l’objet d’annonces de suppression chaque année ; chaque année les enseignants sont parvenus à obtenir leur maintien, au prix de beaucoup d’efforts qu’ils auraient sans doute préféré réserver à des tâches plus conformes à leurs fonctions et à leurs projets scientifiques et pédagogiques.

- Depuis deux ans, le nombre de postes proposés aux concours a été divisé par deux. L’an dernier, le ministère a annoncé la suppression de l’agrégation pour 2004 avant de battre en retraite face aux protestations des étudiants et des enseignants. Cette année, la fermeture pure et simple du CAPES et de l’agrégation est annoncée pour 2005, pour la première fois depuis la création de l’agrégation d’arabe en 1905...
Ça suffit !
Parce que nous avons mieux à faire que de rédiger et signer des pétitions ou de démarcher des ministères, parce qu’aucun travail efficace n’est possible sans perspective d’avenir, nous, enseignants, étudiants et simples citoyens, convaincus qu’une compréhension rationnelle et dégagée de toute arrière-pensée de l’aire culturelle arabo-musulmane sera l’une des clés de la cohésion et de l’épanouissement de la société française dans un avenir proche, réclamons une politique cohérente, inscrite dans le long terme, combinant ouverture de classes, créations de postes et objectifs pédagogiques précis.
Pourquoi nous aider ?
Parce que très peu de gens savent quelle est la situation de l’enseignement de l’arabe en France et plus nous nous ferons connaître, plus nous gagnerons de poids. Parce que le monde des études arabes est un petit monde. Nous n’atteindrons jamais un nombre de signatures astronomique, mais le degré de mobilisation sera un bon indicateur, sachant que le nombre d’étudiants en arabe dans le supérieur ne doit pas dépasser les 2000. Dans ces conditions, recueillir 500 signatures serait déjà un succès. [NDLR: Finalement, la pétition avait recueilli plus de 2000 signatures en 4 semaines]
C’est pourquoi nous cherchons des relais. Le mouvement est parti de l’INALCO. Des annonces seront donc faites dans les amphis de cet établissement, le texte de la pétition sera affiché. Il nous faudrait des volontaires pour faire la même chose, dans les autres facs d’arabe qui doivent jouer un rôle moteur dans la diffusion de cette pétition dans la société. Contactez-nous.

lundi 9 septembre 2002

A lire dans l'Humanité: l'arabe hors des collèges

Comme les autres langues " peu diffusées ", l'arabe devrait quitter peu à peu les collèges. L'enseignement des langues étrangères en primaire entraînera la disparition des langues rares et difficiles. D'après une note d'information du ministère de l'Éducation portant sur l'enseignement des langues vivantes étrangères dans le premier degré en 1999-2000, l'anglais est la langue la plus étudiée (79,8 %), bien devant l'allemand (15,2 %) l'espagnol (2,4 %) et l'italien (1,3 %). En effet, les instituteurs chargés de ces initiations maîtrisent le plus souvent l'anglais, ils sont rarement formés pour enseigner une langue orientale. " Même pour l'allemand, nous essayons de mettre en place des sites, mais il est en pleine perte de vitesse ", confirme l'inspecteur d'académie, M. Neyreneuf. L'italien ou le portugais ont ponctuellement réussi à se maintenir, mais pas l'arabe. Les instituteurs venus des pays du Maghreb qui enseignaient déjà en primaire dans le cadre des enseignements langue et culture d'origine (ELCO) destinés aux communautés immigrées, auraient pu assurer les cours d'arabe langue étrangère, mais aucun accord n'a été trouvé avec les consulats. Et le projet a été abandonné. Une fois l'anglais commencé en primaire, il y a fort à parier que les élèves le choisissent comme première langue vivante (LV1) au collège. Ainsi, d'après la note du ministère, en 1999-2000, près de 90 % des élèves apprenant une langue vivante étrangère en 6e choisissaient l'anglais.

" Mettre en place une classe d'arabe dans un collège, implique que le recteur d'académie, le principal et le conseil d'administration de l'établissement y soient favorables ", explique Mme Tahhan, inspectrice d'académie. La carte des langues en France dépend de ces volontés personnelles. Certains sites ont développé l'enseignement de l'arabe et d'autres pas, sans logique apparente. Roubaix y a été favorable, Tourcoing pas. Lyon n'a jamais pris cette orientation, alors qu'elle a été développée sur Aix-Marseille. Il n'existe aucune structure à Besançon, un seul lycée à Metz, mais plusieurs à Strasbourg. Partout des solutions de fortune sont tentées. Cours regroupés sur un site pour plusieurs collèges dans l'Oise, enseignement par visioconférence à Toulouse, cours du Centre d'enseignement à distance (CNED), associés à des cours de soutien. Les professeurs couvrent plusieurs établissements pour assurer leurs heures. " La principale exigence pour un professeur d'arabe, c'est d'avoir son permis de conduire ", résume Mme Tahhan.

Quand un poste est ouvert, il faut ensuite réussir à le maintenir. Si le principal du collège change et que le nouveau y est opposé, rien n'assure la continuité, car il est facile de porter préjudice à une langue. Il suffit de ne pas signaler son enseignement, de " l'oublier " dans les emplois du temps ou de placer les cours à des heures impossibles. " · Champigny, la langue avait disparu des plaquettes du lycée ", témoigne Mme Billacois, actuellement professeur au lycée Balzac à Paris-XVII. · Voltaire (Paris-XI), l'an passé, les élèves de terminale s'étaient retrouvés à errer dans les couloirs. Aucun cours n'avait été prévu pour eux. Les autres professeurs de langue peuvent aussi être hostiles à une langue concurrente et nombre d'enseignants des autres disciplines, qui ne voient pas son intérêt, dissuadent les élèves de la choisir. M. Boudaakkar, professeur à Voltaire, regrette le " travail de sape " réalisé, intentionnellement ou non, par des collègues. " Certains sont surpris d'apprendre qu'il existe un CAPES d'arabe ! ", rapporte-t-il. " On est vaguement assimilé aux enseignants du primaire qui exercent dans le cadre d'accords franco-marocain ou franco-tunisien. " Une confusion qui l'agace d'autant plus que même ses élèves d'origine maghrébine ont une connaissance quasi nulle de la langue. Il y a neuf ans, les enfants maîtrisaient cinq des dix phonèmes problématiques. Désormais, ils n'en maîtrisent aucun. " Ce sont des enfants de troisième ou quatrième génération, qui prononcent même leur prénom à la française ", témoigne-t-il. Il s'agit donc d'enseigner une langue aussi étrangère que l'allemand ou l'anglais.

Victime de réticences et de préjugés tenaces, l'arabe n'a pas encore trouvé ses lettres de noblesse. Les chefs d'établissement ont peur de l'amalgame entre " lycée où il y a de l'arabe et lycée d'Arabes " et beaucoup ne veulent pas attirer ce public. " Nous sommes là pour scolariser des enfants, pas pour faire son marché ", s'insurge un responsable académique. " Même les familles redoutent de stigmatiser leurs enfants en les faisant prendre arabe " regrette M. Azam, proviseur à Asnières, qui avait participé, dans les années quatre-vingt-dix, à la mise en place de l'arabe LV1 dans son collège à Mantes-la-Jolie. " J'ai pu constater que c'est un facteur de développement immense. " Même les enfants de troisième ou quatrième génération qui n'ont que de vagues réminiscences, tireraient avantage de son apprentissage. " C'est une langue difficile, qui demande de la rigueur. Quand la méthode est acquise, elle profite aux autres matières ", confirme Mme Gain, autre professeur du lycée Voltaire. Tous constatent que pour les élèves issus de l'immigration, qui ne connaissent pas et qui parfois rejettent leur culture d'origine, l'apprentissage de l'arabe favorise la construction de leur identité. Ils se sentent rassurés et valorisés. Le professeur d'arabe est d'ailleurs souvent amené à occuper le rôle de médiateur.l

Les études des psycho-linguistes montrent que, pour les enfants perdus entre deux langues, une bonne assise dans leur langue familiale permet d'acquérir les autres plus facilement. Marie Rose Moro, ethno-psychiatre, qui dirige le service de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital Avicenne de Bobigny confirme : " Nous constatons tous les jours sur le terrain combien l'apprentissage de la langue d'origine est essentielle, même à plusieurs générations d'écart. Bien au-delà du niveau linguistique, il s'agit de faire de la différence quelque chose de positif. " Elle regrette que les politiques ne pensent pas en terme de pluralité. " Ce serait une révolution nécessaire, mais l'idée que l'intégration implique l'apprentissage exclusif de la langue du pays d'accueil est tenace ", déplore-t-elle.

Alors que les écoles coraniques ont poussé comme des champignons ces dernières années, les professeurs d'arabe insistent sur la nécessité de maintenir un enseignement laïque de la langue. II y aurait environ 600 écoles coraniques, rattachées à des lieux de prière répertoriés, fréquentées par 35 000 jeunes. Si certaines mosquées proposent un enseignement de valeur, d'autres enseignent un arabe médiocre et manipulent les élèves. Le prosélytisme de certains instructeurs s'accompagne parfois de tentatives de dénigrement des cours dispensés par les enseignants laïques. " Certains prétendent que l'on n'apprend l'arabe pur que chez eux ", rapporte M. Mahfoud Boudaakkar. Celui-ci a, du reste, déjà été l'objet d'intimidations lorsqu'il enseignait au Val-Fourré en 1992. " L'enseignement coranique et laïque peuvent remplir des fonctions complémentaires ", souligne-t-il. D'ailleurs, des établissements comme la mosquée de la rue de Tanger, à Paris, cherche au contraire une coopération harmonieuse, dans l'intérêt de tous et en premier lieu de celui des élèves.

Pour les jeunes près d'entrer sur le marché du travail, la maîtrise de l'arabe constitue un atout professionnel indéniable. Les académies tentent d'ailleurs d'introduire la langue dans les lycées professionnels où elle est encore rarement proposée. Le marché du Maghreb et du Moyen-Orient est demandeur de techniciens arabophones à tous les niveaux. Malgré ces débouchés, la langue aura du mal à résister dans les collèges, où les responsables académiques prévoient une généralisation de l'anglais.


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