mardi 21 décembre 2010

Faire de l'enseignement de l'arabe un critère de performance du service public de l'éducation

 La LOLF et l'enseignement de l'allemand
Promulguée en 2001, la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) a considérablement modifié le droit des finances publiques. Parmi les changements qu'elle a apportés, l'obligation pour les administrations dépensières de publier un projet annuel de performance. Ce document liste une série d'indicateurs chiffrés supposés mesurer l'efficacité de l'action publique. Chaque année, ces indicateurs sont assortis d'objectifs à atteindre.

Si l'on consulte les indicateurs relatifs à l'enseignement public secondaire du second degré (p. 84 et s. du RAP annexé au projet de loi de règlement de 2009), on trouvera parmi les indicateurs correspondant à l'objectif n°1 (Conduire le maximum d’élèves aux niveaux de compétences attendues en fin de scolarité et à l’obtention des diplômes correspondants) la proportion d'élèves d'élèves apprenant l'allemand (indicateur 1.11)


Une solution à élargir à l'arabe et à l'ensemble des langues à petits effectifs
Reconnaissons que le rapport entre l'objectif et l'indicateur ne saute pas aux yeux. Il semble plutôt traduire l'objectif politique, tout à fait légitime, de relancer l'enseignement de l'allemand. Cependant, il est vrai que la relance de l'enseignement de cette langue ne sera pas sans effet sur l'efficacité de l'utilisation des fonds publics : une meilleure mise en valeur de possibilités offertes par l'Education nationale en la matière se traduira par des classes mieux remplies, par moins d'enseignants en sous-service, etc.

Mais ces observations sont également valables pour l'enseignement de l'arabe et, au-delà, pour toutes les langues à petits effectifs. Les intégrer à un objectif chiffré de la LOLF permettrait de traduire en actes l'attachement maintes fois proclamé des acteurs politique au développement de l'arabe. Il permettrait aussi d'assurer que le riche potentiel humain dont dispose l'Etat pour enseigner cette langue d'avenir soit mieux utilisé.


L'AFDA vient donc de s'adresser à plusieurs parlementaires pour leur demander de relayer cette demande légitime et qui permettrait:
- non seulement de traduire en actes l'attachement maintes fois proclamé des acteurs politiques au développement de la langue arabe;
- mais aussi une meilleure utilisation du riche potentiel dont dispose le ministère, et donc d'une meilleure utilisation des fonds publics.

jeudi 4 novembre 2010

Fermeture du CAPES d'arabe : réponse du ministre à la question n° 83098 de M. Daniel Goldberg.

M. Daniel Goldberg, député de Seine-Saint-Denis, avait interpellé le ministre de l'éducation nationale sur la fermeture du CAPES d'arabe.
Voici la réponse du ministre.


La détermination du volume global de postes à offrir aux concours des personnels enseignants du second degré s'appuie sur des prévisions des besoins de recrutement en nouveaux personnels titulaires, prévisions qui prennent en compte un ensemble de facteurs : évolution de la démographie scolaire, réformes pédagogiques, départs définitifs des titulaires. L'offre d'enseignement au sein des établissements publics locaux d'enseignement est déterminée par chaque recteur compétent pour arrêter la carte des langues dans son académie. En ce qui concerne l'arabe, le besoin d'enseignement évolue en fonction du choix des élèves et de leur famille. Par ailleurs, cette discipline se caractérise dans le second degré par un enseignement en petits groupes qui permet d'accueillir, éventuellement, davantage d'élèves sans que le besoin en professeurs ne s'accroisse. En juin 2010, 61 ETP étaient en sureffectif, soit 28 % des effectifs totaux de la discipline. Les recrutements ont cependant été maintenus ces dernières années à un niveau supérieur aux besoins de nouveaux professeurs, pour conserver une filière de formation universitaire. Ainsi, pour la session 2011, 3 postes sont ouverts au concours de l'agrégation d'arabe. Cette baisse, temporaire, permettra de diminuer les sureffectifs dans cette matière.


Source: Assemblée nationale.

mercredi 13 octobre 2010

Appel à contribution: la question de la critique dans la pensée musulmane contemporaine - conceptions et usages



 La rencontre avec les nouvelles sciences humaines et la découverte des approches historiques, sociologiques, linguistiques, psychanalytiques, anthropologiques, etc., n’ont pas laissé indifférente la pensée musulmane. Depuis quelque deux siècles, les penseurs musulmans, ou de culture islamique, sont tiraillés entre deux attitudes :
- l’hostilité à l’égard de ces sciences, de “l’Occident matérialiste” qui “veut tout soumettre à son hégémonie” ;
- et la volonté d’intégrer les données et les méthodes de ces disciplines sans lesquelles la culture des sociétés musulmanes restera dans une posture qui tourne le dos à l’histoire.

En cette année 2010 où l’islam continue à être perçu à travers les coups d’éclat de ses expressions politiques les plus radicales,  trois grands penseurs du monde musulmans qui ont plaidé pour le développement de la pensée critique sur la base de l’intégration des apports des sciences humaines et sociales nous ont quittés : l’Egyptien Nasr Hamid Abou Zayd, le Marocain Mohammad ‘Âbid Al-Jâbirî, et le Franco-algérien M. Arkoun. 
- Mohamed Arkoun a débuté sa carrière académique à Lyon en enseignant dans notre université jusqu’en 1971,
- Nasr Hamid Abou Zayd à été invité à y donner des conférences suite à sa condamnation par les tribunaux religieux de son pays à divorcer avec sa femme – qui partage les mêmes idées et le même combat que lui – pour le chef d’inculpation moyenâgeux d’apostasie,
- Muhammad ‘Abid Al-Jâbirî est connu part nos étudiants et nos jeunes chercheurs ne serait-ce que parce que sa Critique de la raison arabe a fait partie des œuvres aux programmes de préparation aux concours d’enseignement de l’arabe (CAPES et agrégation).

La critique a occupé une place centrale dans l’œuvre de chacun de ces penseurs : Nasr Hamid Abou Zayd a écrit Critique du discours religieux, M. Abid Al-Jâbirî a laissé une volumineuse Critique de la raison arabe et Mohamed Arkoun a commis une Critique de la raison islamique qui lui a valu la haine des gardiens des orthodoxies musulmanes et des adeptes de l’islam politique.
Pour leur rendre hommage, le GREMMO, UMR5195, CNRS-Université Lyon 2, avec le soutien de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée, l’Institut Supérieur d’Etudes des Religions et de la Laïcité (ISERL), le département d’études arabes des universités Lyon 2 et de Lyon 3, l’IEP de Lyon et le service de la recherche de l’Université Lyon 2, organise un colloque international autour de la question de la critique dans la pensée musulmane contemporaine.

Ce colloque est conçu comme un moment de trois rencontres internationales dont les deux autres seront organisées en 2011 au Maroc et en Egypte. Il aura lieu à l’Université Lyon 2, les 16 et 17 décembre 2010.
Seront invités à ce colloque des chercheurs spécialistes de la pensée arabe contemporaine en France, en Europe et dans les pays arabes.

RESPONSABLE DE L’ORGANISATION DU COLLOQUE
Chérif FERJANI, Professeur des Université,
GREMMO, UMR 5195, CNRS-Université Lyon2
7 rue Raulin, 69007, LYON (France)
Tel. 00 33 (0)4 72 71 58 53
e-mail : cherif.ferjani(arobase)mom.fr

Journée d’initiation aux manuscrits arabes: les bases de données comme outil de recherche - Samedi 6 novembre 2010



Maison de la recherche, Université Paris IV-Sorbonne- Salle 223, 2ème étage
28 rue Serpente, 75006 Paris – Métro Saint-Michel ou Cluny la Sorbonne

Matinée           
9h 30 – 10h : Accueil des participants

10h – 10h 15 : Mot d’ouverture  (Anne-Marie Eddé)

10h 15 – 10h 45 : Une base personnelle sans informatique ou presque :
pourquoi et comment travailler avec une base de données ? (Christian Müller)
10h 45 – 11h : Discussion

11h – 11h 45 : Regard rétrospectif sur une expérience dans le cadre d’une thèse (Vanessa Van Renterghem)
11h 45 – 12h : Discussion

Après-midi     
14h – 14h 45: Les quatre vies d’un projet « durable » : la prosopographie arabe et l’Onomasticon arabicum
(Jacqueline Sublet, Muriel Rouabah, Zouhour Chaabane)
14h 45 – 15h : Discussion

15h – 15h 15 : Pause

15h 15 – 16h : Analyser autrement les textes manuscrits : la base CALD et le projet « Islamic Law Materialized ».
(Lahcen Daaïf, Moez Dridi, Christian Müller)
16h – 16h 15 : Discussion

16h 15 – 17h : Quel projet scientifique pour quelle solution technique ?
(Table ronde animée par Abdallah Cheikh Moussa)
17h :  Rafraîchissements

En raison des travaux, il n’y a pas de visite du Département des manuscrits orientaux de la BnF cette année.

vendredi 17 septembre 2010

Adhérer à l'AFDA



Mise à jour 2013

L'influence de notre association et ses ressources, tant financières qu'humaines, reposent entièrement sur le nombre et l'engagement de nos adhérents.

Aussi, nous vous invitons à adhérer ou ré-adhérer dès maintenant à l'AFDA en imprimant le formulaire ci-dessous, et à convaincre le plus grand nombre de personnes possible de vous suivre dans cette démarche.

Nous avons besoin de votre collaboration active et constructive. Sans elle, nous ne pourrons nous faire entendre.


Vous trouverez ici le lien vers le document à télécharger, à remplir, à signer et à retourner, accompagné de son réglement, à l'adresse qui y est indiquée. وشكرا لكم لمساعدتكم

https://docs.google.com/file/d/0BzBazmYrYBKBOGtTT1FvMVNFY3c/edit?usp=sharing













 


jeudi 16 septembre 2010

Motion sur la sélection des publications « significatives » du laboratoire dans le cadre du dossier AERES

Le  Groupe de Recherche Identités et Cultures, laboratoire en langues (dont la langue arabe), lettres, et sciences humaines et sociales de l’université du Havre (GRIC) a décidé de refuser de se prêter au travail d'évaluation imposé par l'AERES à toute la communauté universitaire et a voté la motion suivante.


Motion sur la sélection des publications « significatives » du laboratoire dans le cadre du dossier AERES

Le Conseil du GRIC (Groupe de Recherche Identités et Cultures, laboratoire en langues, lettres, et sciences humaines et sociales de l’université du Havre), réuni le 9 septembre 2010, constate qu’il n’est pas en mesure de sélectionner les 10 publications les plus significatives du laboratoire.

Il s’appuie tout d’abord en cela sur la décision prise le 19 juin 2009 par la Commission des Revues en Arts, Lettres, Langues et Sociétés des Cultures Étrangères de l’AERES qui a choisi de ne proposer aucun classement des revues en ces domaines.

De plus, du fait de la pluridisciplinarité importante du GRIC (sections 9 à 15),  il nous semble qu’un examen qualitatif des publications et une bonne connaissance de toutes les disciplines seraient requis pour décider qu’un article en études espagnoles est, par exemple, plus « significatif » qu’une monographie en études anglophones.

Nous choisissons de nous en remettre à nos pairs des comités de visite AERES pour évaluer la pertinence et la qualité de nos travaux de recherche, dans chaque discipline.

 Motion votée à l’unanimité des 21 présents

jeudi 22 juillet 2010

A lire dans Libération: Sarkozy a oublié son discours sur l’enseignement de la langue arabe

Par Véronique Soulé

Des promesses, toujours des promesses. Comme ministre de l’Intérieur, puis comme chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy s’est beaucoup impliqué dans la réorganisation de l’islam de France. Sur la scène européenne, il se présente volontiers comme le leader du rapprochement avec les pays de la Méditerranée. Aussi avait-il voulu donner un éclat particulier aux premières Assises de l’enseignement de la langue et de la culture arabes en France qui se sont tenues à Paris, le 9 octobre 2008. Dans un message lu à la tribune, il avait alors fait de grandes déclarations : «La langue arabe est une langue d’avenir et de progrès, de science et de modernité.Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe.» Avant de conclure : «Je souhaite que ces assises débouchent sur des pistes concrètes de développement de l’enseignement de l’arabe en France.»
Les enseignants d’arabe avaient alors cru en un avenir radieux, d’autant plus que Xavier Darcos, alors ministre de l’Education, avait annoncé plusieurs mesures dans la foulée - comme l’ouverture de sections avec de l’arabe en sixième. Or, qu’en est-il un an et demi après ? Aucune de ces mesures n’a été mise en place.

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vendredi 9 juillet 2010

M. Ivan Renar interpelle le ministre de l'éducation nationale

M. Ivan Renar attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la fermeture du CAPES d'arabe en 2011. Cette décision répondrait à une situation de sous-emploi des enseignants d'arabe, sous-service dû à la faiblesse des effectifs d'élèves attirés par cette langue.

En réalité, si l'éducation nationale ne compte environ que 7.000 inscrits dans cette discipline, les cours d'arabe organisés par les états du Maghreb et ceux dispensés en secteur associatif, le plus souvent confessionnel, accueillent respectivement 40.000 et 60.000 élèves. La demande est réellement importante mais elle se heurte à une véritable carence de l'offre de l'enseignement de l'arabe au sein de l'éducation nationale.

Alors que des mesures volontaristes avaient été affichées lors des Assises de l'enseignement de la langue et de la culture arabes de 2008, la situation n'a cessé de se dégrader. Aussi lui demande-t-il de lui indiquer les dispositions qu'il entend prendre en urgence afin que l'enseignement de la langue arabe au sein de l'éducation nationale soit favorisé et développé.


En attente de réponse du Ministère de l'éducation nationale.

Source: senat.fr 

mercredi 7 juillet 2010

Fermeture du CAPES d'arabe: M. Daniel Goldberg interpelle le ministre de l'éducation nationale

M. Daniel Goldberg interroge M. le ministre de l'éducation nationale sur l'absence d'ouverture de postes à la session 2011 du concours de recrutement des professeurs certifiés (CAPES) d'arabe. En effet, la circulaire MENH 1012206N du 5 mai 2010 ne recense aucun poste d'enseignant de la langue arabe parmi ceux ouverts au prochain concours du CAPES.

Pourtant, dans sa réponse publiée au JO le 26 janvier dernier à la question qu'il lui avait posée sur la chute des effectifs dans les cours d'arabe au collège et au lycée (question écrite n° 58 850 parue au JO le 22 septembre 2009), il avait rappelé sa "conviction qu'il vaut mieux que l'arabe soit enseigné au sein de l'éducation nationale, par des enseignants bien formés, bien préparés, dans un cadre national, que par des organismes ou des associations qui ne disposent pas de mêmes ressources humaines". Il ajoutait également que "dès les prochaines semaines, un effort particulier sera déployé pour le développement de l'enseignement de l'arabe dans l'enseignement technologique et professionnel, ainsi que dans le lycée d'enseignement général au titre de la LV3".

L'absence de postes d'enseignant de la langue arabe à la prochaine session du CAPES surprend d'autant plus que "plus de 50 000 élèves font le choix de suivre cet enseignement dans un cadre associatif, le plus souvent confessionnel". Aussi, il souhaite connaître les raisons à cette absence d'ouverture de postes et les suites qu'il entend donner aux demandes légitimes d'inscription de postes d'enseignant d'arabe à la prochaine session du CAPES.


Source: Assemblée nationale

mercredi 16 juin 2010

Editorial du président

Chers collègues, chers adhérents, chers amis,

D’abord, simplement, bienvenue, أهلا وسهلا. Je suis heureux de vous accueillir et de vous témoigner l’enthousiasme et la conviction qui m’animent à l'issue de mon élection à la présidence de l’Association Française des Arabisants. Je voudrais également  remercier chaleureusement le nouveau comité pour la confiance qu’il m’accorde en m’ayant fait l’honneur de m’élire à ce poste.

Au moment de commencer ce mandat, je voudrais aussi, en mon nom propre, et au nom de mon comité, remercier mon prédécesseur, Benoît Deslandes.  Il n’a pas ménagé ses efforts pour dynamiser l’association et lui donner une visibilité qui fait d’elle une structure reconnue et estimée au sein des arabisants de France. A lui et au précédent comité va toute ma reconnaissance. Notre nouveau comité aura à cœur de poursuivre l’œuvre entreprise par l’Association Française Des Arabisants depuis maintenant bientôt quarante ans pour défendre l’enseignement de l’arabe en France et promouvoir la langue et la culture arabes au sein des institutions de la République.

Je voudrais dire d’entrée de jeu que je conçois cette association comme l’espace de tous les arabisants, qu'ils soient enseignants, chercheurs, étudiants. L'AFDA est également l'espace de tous ceux qui entretiennent, de près ou de loin, avec le Monde Arabe, un lien de proximité par leur activité professionnelle.

Vous le savez, la situation de l’enseignement de l’arabe en France n’est pas bonne.  Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un Président de la République a manifesté le désir de se pencher personnellement sur le dossier de l’enseignement de la langue et de la culture arabes en plaçant des Assises sous son haut Patronage. De ces Assises, nous attendions beaucoup. Nous  attendions beaucoup de cette déclaration de M. Sarkozy dans son discours prononcé à Constantine le 5 Décembre 2007 : "Je souhaite que davantage de Français prennent en partage la langue arabe par laquelle s’expriment tant de valeurs de civilisation et de valeurs spirituelles".  Aujourd'hui, notre déception est aussi forte que le fut notre espérance à l'annonce de ces intentions : aucune des mesures annoncées à l’issue de ces Assises par le Ministre de l’Education Nationale de l’époque, Xavier Darcos, n’a aujourd’hui été suivie d’effet. Comme le serpent de mer qui refait régulièrement surface, le diktat de la logique comptable réapparaît une fois de plus et semble cette fois-ci bien déterminé à prendre dangereusement le dessus, si l'on en croit les menaces de suspension du capes d'arabe qui planent actuellement. Ceux qui sont à l'origine d'un tel projet ont-ils réfléchi aux répercussions qu'il pourrait avoir, non seulement sur l'enseignement de la langue et de la civilisation arabes en France, mais aussi sur nos engagements laïcs, sociaux, et diplomatiques ? Alors que la demande d'enseignement de la discipline dans notre pays est en évolution constante, va-t-on abandonner l'enseignement de l'arabe à des structures associatives, le plus souvent confessionnelles, dont ni la vocation, ni la compétence ne rejoignent les exigences de neutralité, d'érudition et d'objectivité critique de l'école de la République ?

Alors que les responsables politiques, et au plus haut niveau, manifestent régulièrement leurs préoccupations face aux carences de l’institution pour garantir et soutenir un enseignement de la langue arabe assuré par notre système éducatif, la contradiction est flagrante entre la réalité du terrain et le décorum de ces grand-messes officielles.

Faut-il pour autant baisser les bras et se réfugier dans l’ amertume du constat d’impuissance ? Certainement pas. Nous devons précisément faire tout le contraire. Je vois pour ma part deux missions urgentes à remplir :

- La première : rester vigilants sur le dossier de l’enseignement de l’arabe en France, continuer à alerter les autorités compétentes tant sur les fermetures de postes que sur les zones géographiques qui constituent un fort potentiel d’ouvertures pour une implantation cohérente et raisonnée de la langue arabe dans les établissements scolaires. Pour cela, chers collègues, nous avons besoin de vous, nous avons besoin de vos informations sur la situation de la langue arabe dans vos académies, nous avons besoin de vos propositions, de vos idées, de vos suggestions.

- La seconde : communiquer. Communiquer sur notre engagement d’arabisants, car c’en est un. A nous d’expliquer, chaque fois que nous en avons l’occasion, que le Monde Arabe, c’est une culture qui s’étend sur plus de quinze siècles, que la culture arabe a traversé la Méditerranée, que sans elle, les sciences ne seraient pas ce qu’elles sont , à nous de rappeler que la littérature, la pensée, les formes d’expression artistiques du Monde arabe ont créé en Occident un bouillonnement intellectuel qui a marqué l’histoire des idées de façon indélébile.

- Face à ces réalités historiques, géopolitiques, sociologiques, qui engagent ensemble la France et le Monde Arabe, la mission de l’Etat n’est pas remplie. Cela n’est pas normal. Nous devons nous battre. Nous ne serons jamais trop pour cela.

Chers Amis, le comité se réunira très prochainement et vous fera part de ses projets pour les mois à venir, notamment pour ce qui concerne les rencontres que nous organiserons.    

Permettez-moi, en conclusion, de vous souhaiter une excellente fin d’année, permettez-moi aussi de solliciter auprès de vous une adhésion massive à l’Association Française des Arabisants. Nous avons besoin de votre collaboration active et constructive. Sans elle, nous ne pourrons nous faire entendre.

Pierre-Louis Reymond

Président de l’AFDA

Fermeture du CAPES d'arabe en 2011

" Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe" (N. Sarkozy, 9 octobre 2008)



C'est avec surprise que l'association française des arabisants constate que le ministère de l'éducation nationale a décidé de ne pas publier de date d'ouverture pour la session 2011 du CAPES d'arabe, ce qui revient à sa fermeture (voir circulaire en pièce jointe).

Pourtant, le Président de la République soulignait au sujet de l’enseignement de l’arabe dans notre pays  qu’ « un pays qui investit dans son histoire et dans sa culture, c’est en vérité un pays qui investit dans l’avenir. Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe ».  C’était le 9 Octobre 2008, lors des premières assises de l’enseignement de la langue arabe en France, dans un discours lu en son nom par Madame le Préfet Malika Benlarbi.

L’AFDA s’élève contre cette décision qui compromet la cohérence de la réforme concernant la mastérisation de la formation des enseignants du secondaire et porte atteinte:
- à la pressante nécessité de sortir la langue des lieux de repli communautaire et d'assurer un enseignement conformes exigences d’érudition, de neutralité et d’objectivité informées de notre tradition universaliste,
- à notre tradition d’ouverture culturelle diversifiée,
- à notre rayonnement diplomatique et culturel sur le plan international,
- à nos intérêts au sein d'un monde multipolaire où le monde arabe joue un rôle notable.


L’AFDA demande donc la reconsidération urgente d’un tel projet qui va totalement au rebours des bonnes intentions que l’on croyait pourtant résulter d’une conviction émanant du plus haut niveau de l’Etat.

mardi 8 juin 2010

Où vont nos engagements géopolitiques, laïcs et sociaux ?

Le Monde a publié le 8 juin dernier une tribune de Pierre-Louis Reymond, qui s'exprimait en son nom propre, et non en tant que président de l'AFDA.



Parce que les engagements géopolitiques, laïcs et sociaux, ensemble, se trouvent aujourd'hui malmenés par un raisonnement à court terme, budgétaire, gestionnaire et mécanique, le temps est venu de nous mettre en face de nos engagements…

Les menaces de suspension du Capes d'arabe qui planent actuellement au sein de l'éducation nationale soulèvent un problème de taille : va-t-on abandonner, avec toutes les implications idéologiques que cela comporte, l'enseignement de la langue et de la culture arabes à des structures associatives, le plus souvent confessionnelles, et se prendre ainsi au propre piège de l'enfermement communautaire que nous ne cessons pourtant de dénoncer ?

Il faut croire que le gouvernement n'en est pas à une contradiction près. A l'heure où, jadis ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy s'était saisi avec courage du dossier épineux de l'institutionnalisation d'un islam de France, à l'heure où, élu président, il décidait la réintégration de la Syrie dans le concert des partenaires avec lesquels il faudrait désormais compter dans les négociations pour la résolution des conflits au Proche-Orient, à l'heure où, lucide, il décidait de la création des premières assises de l'enseignement de la langue et de la culture arabes en France, à l'heure où des signes forts étaient émis en direction d'une région du monde dont l'histoire ne cesse de nous montrer qu'elle est pour nous un partenaire historique, géopolitique et économique incontournable…

LE DIKTAT D'UNE LOGIQUE COMPTABLE

A l'heure où ces marques de vigilance significatives étaient portées à des facteurs qui engagent le destin et la position de la France dans le monde, à l'heure où l'on commençait à ouvrir sérieusement le dossier de l'exception culturelle d'une laïcité bien comprise, mon inquiétude est vive. Elle est vive parce qu'en ramenant la langue et la culture arabes en France au statut de discipline rare, on bascule à nouveau dans le contresens que l'on semblait avoir cessé de commettre : l'étroitesse de nos relations avec le Maghreb et le Moyen-Orient, à de nombreuses reprises manifestées sur la scène diplomatique par le président, la volonté louable de décommunautariser notre espace social, la nomination d'un commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, le souhait manifesté officiellement par un président de la République, pour la première fois dans l'histoire de notre pays, que "davantage de jeunes Français reçoivent en partage la langue arabe", tout cela va-t-il être freiné par le diktat d'une logique comptable à l'issue de laquelle, si elle est appliquée, l'impact des économies réalisées par la coupe budgétaire envisagée sera infinitésimal au regard des risques que nous courons à voir une discipline, une culture et une civilisation, qui sont au cœur de notre actualité régentées, contrôlées et orientées par ceux qui ne manqueront pas de s'autoproclamer spécialistes d'un domaine que ni leurs qualifications, ni leur compétence ne leur permettent de maîtriser.

Ces esprits qui nous gouvernent, et auxquels on fera crédit qu'ils ne sont pas dénués d'intelligence, devraient se rappeler de toute urgence ce que disait la philosophe Simone Weil de l'argent : "Il l'emporte sans peine sur tous les autres mobiles, parce qu'il demande un effort d'attention tellement moins grand. Rien n'est si clair et si simple qu'un chiffre". Et les dégâts qu'il peut engendrer aussi.



Pierre-Louis Reymond, agrégé de langue et littérature arabes.


Source: lemonde.fr

Une langue toujours plus étrangère à l'école de la république

« Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe », affirmait Nicolas Sarkozy le 9 octobre 2008. Pendant quelques mois, les professeurs d'arabe et les partisans de l'enseignement de cette langue dans un cadre laïc et républicain auront eu l'espoir d'avoir été entendus. Le 9 octobre 2008, le président de la République réunissait sous son haut-patronage les premières assises de l'enseignement de la langue et de la culture arabes. Le 9 septembre 2009, un remarquable article de Brigitte Perucca dans Le Monde, intitulé La langue arabe chassée des classes, attirait l'attention sur tous les facteurs de minoration qui affectent cette langue qui reste « plus étrangère que les autres ». Pendant l'automne et l'hiver 2009-2010, pas moins de huit questions étaient adressées par des parlementaires des deux assemblées aux ministres en charge du dossier.

On se prenait à rêver que les ancrés chez certains personnels administratifs, ou de direction, chez une partie des enseignants, des parents et même des élèves, allaient enfin être contrebalancés par une volonté politique consciente des enjeux inhérents à la langue arabe: enjeux commerciaux et stratégiques bien entendu, mais aussi enjeux sociaux. Sait-on en effet que les cours d'arabe organisés par les États du Maghreb rassemblent environ 40 000 élèves, que ceux d'un secteur associatif souvent confessionnel en rassemblent au moins 60 000, tandis que l'offre de l'école de la République oscille autour de 7 000 inscrits?

Le rêve a été de courte durée. Pas une seule des mesures annoncées par le ministre de l'éducation nationale à l'issue des Assises de 2008 n'a été mise en œuvre. Bien plus, la fermeture du CAPES, concours essentiel dans le recrutement d'enseignants correctement formés, a été récemment officialisée pour l'année 2011. A croire que « l'investissement dans la langue arabe » pourra se passer d'enseignants...
Nul doute que l'on tirera prétexte la situation de sous-emploi des professeurs d'arabe dans certaines académies — un peu comme l'on pourrait invoquer la faiblesse d'un malade pour cesser de lui administrer son traitement. Car si l'on peine à ouvrir des classes d'arabe alors que les écoles coraniques sont pleines, n'est-ce pas précisément du fait du délabrement de l'enseignement public de l'arabe, victime à la fois de préjugés tenaces et d'une politique comptable désespérément aveugle devant l’importance de l’enjeu? En effet, il faut savoir que les chefs d'établissement reçoivent chaque année une enveloppe d'heures toujours plus réduite, la [dotation horaire globale->43], qu'ils doivent répartir entre chacune des matières enseignées dans leur collège ou leur lycée. Il est bien évident qu'à moins d'une ferme volonté des personnels de direction, ces précieuses heures vont plus volontiers à l'anglais et l'espagnol, où les classes sont toujours pleines, plutôt qu'aux langues "rares", qui partent de plus bas et qui intimident plus souvent les élèves et leurs parents.

On se paie bien souvent de poignantes déclarations d'amour à la diversité des langues, la laïcité et la place de la France dans le monde mais, un jour très prochain, le très fragile équilibre qui permet à notre pays de proposer encore un enseignement fondé sur des valeurs universalistes et scientifiques mourra des promesses sans lendemain de nos dirigeants politiques et des ergotages de certains de nos chefs d'administration.

Et ce jour-là, qu'on en soit assuré, les tenants de l’endoctrinement idéologique et du mépris avéré des idéaux de la République ne manqueront pas de prendre la place que celle-ci leur aura de fait abandonnée.

mardi 27 avril 2010

Question N° : 77374 de M. André Wojciechowski ( Union pour un Mouvement Populaire - Moselle ) à  M. le Ministre de l'éducation nationale

M. André Wojciechowski attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur l'absence de diversité dans l'enseignement des langues. Si c'est pour beaucoup lié à un problème culturel, l'absence d'enseignement de langues minoritaires reste préjudiciable pour les métiers du renseignement, de la diplomatie, de l'entreprise à l'export. Force est de constater que nous manquons cruellement de linguistes. Il prend l'exemple de la langue arabe qu'il serait préférable d'enseigner dans les écoles de la République plutôt que sous l'angle religieux, ce qui la valoriserait. Pour lui : "l'agrégation d'arabe n'existe plus alors qu'elle existait au collège de France depuis un siècle". M. le Député Wojciechowski demande au ministre quelles mesures il entend mettre en place pour réconcilier les Français avec les langues minoritaires.



NB: L'agrégation d'arabe n'est pas à  notre connaissance menacée. On ne peut pas en dire autant du CAPES.

Source: Assemblée nationale  Question publiée au JO le : 27/04/2010 page : 4618

lundi 29 mars 2010

Pour prolonger le débat sur l'humanisme arabo-musulman

Hier, nous n’avons fait qu’esquisser une problématique vaste et parfois minée. Nous n’avons pas eu le temps d’en discuter profondément les tenants et les aboutissants, et nous n’avions pas eu le temps non plus de régler de manière claire et distincte le problème de ce concept vague et déroutant qu’est l’humanisme. J’ai l’impression que les interventions de Pierre-Louis Reymond, de Yahya Cheikh et de moi-même - qui avions fait des interventions sur l’époque médiévale, donc loin de la sphère de l’humanisme européen ou de l’Humanisme tout court – étaient reçues froidement ou comme quelque chose d’anachronique. Bien plus, lorsque j’ai parlé de la vulgarisation comme activité principale de Miskawayh et de Tawhidi, on a tout de suite réagi en avançant qu’on ne peut parler d’un humanisme chez ces deux penseurs, car un tel concept suppose un terrain politique libre de toute théocratie … Moi, je n’ai pas parlé d’humanisme de Tawhidi, ni de Miskawayh, ni de Farabi, mais certains l’ont entendu !

Personne dans la salle n’a dit que tel ou tel penseur de l’époque médiévale arabe était humaniste et je crois que personne n’avait cette idée en tête. Et je le confirme ici de la manière la plus tranchante. Tant pis pour les écrits de Mohammed Arkoun et de Marc Berger !

De quoi s’agit-il au juste ? Et je ne parle désormais que pour moi-même : l’humanisme européen ou l’Humanisme est, comme le mot l’indique, une activité centrée sur les studia humanitatis, tournée vers l’antiquité et alliée à la vulgarisation. C’est une définition minimale. Mais un humanisme exigeant allie cette activité à une autre, celle qui consiste à penser l’essence de l’homme. Si l’on ouvre n’importe quel traité de Pic de la Mirandole, de Montaigne ou d’Erasme, on ne peut pas ne pas croiser cette triple activité (études, traductions commentaires des textes antiques, vulgarisation et une pensée sur l’humain ou sur l’essence de l’homme.) Le problème, c’est qu’en lisant Miskawayh, Tawhîdi, Farabi, Ibn Rochd, Y. Ben ‘Addî ou même Hunayn ibn Ishâq, on ne peut pas ne pas y trouver l’une ou l’autre de ces trois activités, parfois les trois réunies comme c’est le cas pour H. ibn Ishâq.

La vulgarisation était au centre du projet de Miskawayh. J’ai dit qu’il avait vulgarisé l’Ethique à Nicomaque dont personne ne pouvait lire à l’époque la première traduction, tellement elle était hermétique. Il a vulgarisé d’autres traités persans et grecs, il suffit de relire le livre de Mohammed Arkoun qui n’a rien perdu de son intérêt malgré le mot humanisme qu’il place au début de son titre.

Cette vulgarisation peut porter sur des questions que je qualifierais d’actualité philosophique. Le débat qui a agité le milieu intellectuel ‘abbaside portait, entre autres, sur le rapport entre la grammaire et la logique, ainsi que l’utilité ou l’inutilité de celle-ci dans la culture arabe. Il ne faut pas croire que Tawhîdî a fidèlement rapporté dans al-Imtâ‘ wa-l-mu’ânasa les termes de la fameuse munâzara controverse]] entre Abu Bichr Mattâ et Abû Sa‘îd al-Sîrâfî ; il a procédé à une sorte de vulgarisation pour que la forme et le contenu adhèrent (ou qu’ils obéissent) parfaitement au genre d’al-adab. Il a complètement débarrassé cette munâzara de son aspect technique qui rebuterait les lecteurs au premier lieu desquels ses mécènes qui attendaient des « nuits » lisibles et distrayantes (mumti‘a). Pour la petite histoire, sans cette vulgarisation qui a partiellement vidé les notions logiques de leur substance, on n’aurait pas vu Mattâ perdre petit à petit la partie, et de la manière la plus injuste.

Il y a d’autres auteurs arabes médiévaux qui se sont occupés de la vulgarisation (à ne pas confondre avec la simplification). D’ailleurs l’équivalent arabe existe et il est, par la force des choses, antérieur à la vulgarisation des studia humanitatis, c’est le mot al-taqrîb التقريب. Il y a une multitude de traités du taqrîb que la tradition des études arabes, aussi bien en Occident qu’au monde arabe, ignore complètement. Le plus connu de ces traités de taqrîb est celui de l’Andalou Ibn Hazm. Mathias a posé la question de savoir s’il y avait une vulgarisation à l’époque médiévale arabe et si cette vulgarisation était accompagnée d’une traduction dans les langues vernaculaires. J’ai répondu en omettant de signaler les traités de taqrîb… J’avais tellement à dire que j’en ai oublié une bonne part ! Que l’on médite le titre qu’Ibn Hazm a donné à son traité dont l’objectif était de mettre à la portée de tous les lettrés la logique aristotélicienne : التقريب لحدّ المنطق والمدخل إليه بالألفاظ العامّية والأمثلة الفقهية. Cela ne répond pas tout à fait à la question de Mathias, mais avouons qu’il y a là toute un programme qui s’intensifiera bien sûr avec l’Humanisme.

Restons en Andalousie ! Comment considérer le roman philosophique d’Ibn Tufayl si ce n’est comme un traité destiné à des jeunes (ou des gens tout simplement) qui veulent s’initier à la philosophie ? Je sais que c’est difficile d’affirmer cela en France où la philosophie arabe est souvent étudiée au travers le prisme de Leo Strauss et de son « art d’écrire ». Mais peut-on penser que ce roman vise autre chose qu’une lecture simple et reposante de la philosophie illuminative d’Avicenne ? N’est-il pas là l’objectif annoncé dès l’introduction ?

Venons-en maintenant au problème de l’essence humaine. Lorsque j’ai proposé ce sujet, l’idée de faire de Farabi un humaniste ne m’effleurait même pas l’esprit, et lorsque Miloud Gharrafi m’a mis au courant de la tenue d’une journée sur l’humanisme, j’étais en train de lire De hominis dignitate de Pic de la Mirandole (encore lui !), est-ce un hasard ? J’y ai trouvé beaucoup de choses qui intéressent mes sujets de recherche, dont cette phrase par exemple qui ouvre le traité :

« Très vénérables Pères, j’ai lu dans les écrits des Arabes que le Sarrasin Abdallah, comme on lui demandait quel spectacle lui paraissait le plus digne d’admiration sur cette sorte de scène qu’est le monde, répondit qu’il n’y avait à ses yeux rien de plus admirable que l’homme. Pareille opinion est en plein accord avec l’exclamation de Mercure : ‘‘O Asclepius, c’est une grande merveille que l’être humain’’ »

Je me suis alors dit que si Pic de la Mirandole, figure de proue de l’Humanisme, déclare avoir lu chez les Arabes des choses qui traitent de l’humain au sens noble ou de la dignité de l’homme, pourquoi ne pas aller chercher directement, c’est-à-dire in statu nascendi, l’éclosion d’une telle notion ? Si P. de la Mirandole, lui l’humaniste qui n’a jamais prononcé le mot « humanisme », reconnaît que son objet de recherche a un amont, pourquoi ne pas aller y puiser directement ? L’humanisme n’est pas une météorite tombée d’un coup sur le terrain de la pensée européenne, il a bien des antécédents que les humanistes reconnaissent eux-mêmes. Il ne s’agit pas de dire une dette, car je déteste ce discours, il s’agit de tisser des filiations qui pourraient être éclairantes pour l’histoire de la pensée et des idées.

D’ailleurs, en histoire de la pensée, il faut distinguer deux choses: واقع النصوص والأفكار (la réalité des textes et des idées) et إمكان النصوص والأفكار (les potentialités des textes et des idées). Les notions de «dignité humaine», de «liberté », de «raison» et j’en passe, ces notions paraissent ‘inachevées’ dans les systèmes philosophiques arabes allant des mu‘tazila jusqu’à Ibn Khaldûn. Elles paraissent inachevées eu égard au système philosophique occidentale qui domine aujourd’hui toute la pensée humaine. Lorsque je parle par exemple de la notion de liberté telle que la pensée arabe l’avait conçue, je désigne une notion qui n’est pas celle en vigueur aujourd’hui, ou qui paraît complètement dépassée par la notion de liberté en Occident, passée par le filtre de l’Humanisme, des Lumières, etc. Entre les deux notions, il y a un élément qui est passé par là et il s’appelle tout simplement  HISTOIRE. Si la liberté n’avait pas été réalisée comme projet politique et philosophique en Occident, on n’aurait pas pu considérer la notion de liberté chez les penseurs arabes médiévaux comme inachevée.

Cet historicisme est peut-être naïf, mais nous l’utilisons tous et je pense que nous ne pouvons pas en faire l’économie.

Dans son excellent ouvrage intitulé مفهوم العقل، مقالة في المفارقات, le penseur A. Laroui rapporte ce que dit Mohcen Mahdi dans sa thèse sur Ibn Khaldûn. Mohcen Mahdi n’hésite pas à reconnaître en Ibn Khaldûn une certaine modernité, vu que celui-ci a coupé avec les méthodes idéalistes platoniciennes et opté pour un réalisme issu de l’école réaliste aristotélicienne. Mais cela ne suffit pas à le qualifier, aux yeux de M. Mahdi, de complètement moderne ; il n’était pas en effet suffisamment empiriste, ni suffisamment déterministe, ni complètement pragmatiste, ni entièrement positiviste… Pourquoi toutes ces précautions ? se demande A. Laroui. Du point de vue méthodologique, qui nous empêche d’étudier Ibn Khaldûn comme les Italiens étudient Machiavel, les Français Montesquieu et tous les Européens Aristote sans oublier de signaler les choses qui lui manquent pour être un des pionniers de  telle ou telle école moderne ou contemporaine ? Tout dans le système d’Ibn Khaldûn contribue à montrer qu’il n’était pas un positiviste comme l’était Auguste Comte, mais tout montre également qu’il suivait une voie que les Positivistes ne pouvaient pas nier. L’essentiel est de montrer quelle est cette voie.

De même pour Farabi, il y a bien des choses chez lui qui contrastent complètement avec l’Humanisme, mais personne ne peut nier que sur la question de l’homme, de la religion et de la philosophie, il suivait une voie qu’aucun humaniste ne peut récuser. Si l’on ne procède pas ainsi, autrement dit, si on refuse complètement d’étudier le système de Farabi comme étant également un ensemble de possibilités, si on refuse de l’amarrer vers toutes les virtualités qu’il donne à lire, on ne fera finalement que le renvoyer au sein de la pensée traditionnelle. Ce qui est une autre manière de tuer sa pensée et de lui refuser toute place dans la pensée philosophique en général.


J’espère que nous aurons d’autres occasions de prolonger le débat, au sein de
l’AFDA. Pourquoi pas ?



Le 29 mars 2010

Aziz HILAL
Professeur d'arabe
Lycée Victor Hugo, Poitiers

dimanche 28 mars 2010

Compte-rendu de l'assemblée générale de l'AFDA du 28 mars 2010 et composition du nouveau comité.

L'assemblée générale des arabisants s'est réunie le 28 mars 2010.

Elle a approuvé à l'unanimité le rapport moral présenté par le président sortant, M. Deslandes, et le rapport financier, présenté par la trésorière, Mme Crozat.

Elle a constitué un nouveau comité composé des personnes suivantes:

- Y. Cheikh
- Z. Crozat
- S. Delaporte
- B. Gebeil
- A. Hannani
- M. Hoorelbeke
- N. Jegham
- P.-L. Reymond
- S. Valter


Le comité a élu aux fonctions suivantes:

- président: Pierre-Louis Reymond;
- vice-président: Najeh Jegham;
- trésorière: Zohra Crozat;
- trésorier-adjoint: Stéphane Delaporte;
- secrétaire: Yahya Cheikh;
- secrétaire-adjoint: Mathias Hoorelbeke.

samedi 27 mars 2010

L'humanisme dans la culture arabo-musulmane (Avec hommage à  Daniel Reig) - Colloque organisé par l'Association Française des Arabisants avec le soutien du centre de langue de l'IMA

La journée d'études de l'AFDA, consacrée à  l'humanisme dans la culture arabo-musulmane, aura lieu le samedi 27 mars 2010, à  l'institut du monde arabe, de 9h30  18h00.

L'entrée est ouverte à  tous.



9h30 : Allocution de Benoît Deslandes, président de l’AFDA.

9h45 : Table ronde en hommage à Daniel Reig :



Intervenants :
- Nada Tomiche (professeur émérite des universités),
- Sophie Tardy (inspectrice régionale d’arabe),
- André Miquel (professeur honoraire au Collège de France),
- Bruno Halff (inspecteur général honoraire de l'Education nationale),
- Miloud Gharrafi (maître de conférences).


Deuxième table ronde

- 11h. Yahya Cheikh (agrégé d'arabe, Paris) :
L’Homme et les valeurs humaines dans la pensée arabo-musulmane : Une réflexion sur les traités philosophico-politiques.

- 11h 25. Aziz Hilal (agrégé d'arabe, Poitiers):
Que signifie « s’exclure de l’humanité » ? Farabi et l’essence humaine.
- 11h 50. Pierre-Louis Reymond (agrégé d'arabe, Nantes):
 Regards sur l’humanisme de Tawhîdî

Modérateur: Najeh Jegham (maître de conférences, université de Nantes)

12h15. Débat.

12h30. Déjeuner.


Troisième table ronde
- 14h00. Naoum Abi-Rached (maître de conférences, université de Strasbourg) :
Chakib Khoury, le roman libanais contemporain entre humanisme et schizophrénie.

- 14h 25. Laurence Denooz (professeur des universités, université de Nancy et université libre de Bruxelles) :
Les valeurs humanistes dans le théâtre arabophone contemporain.

Modérateur : Mathias Hoorelbeke (professeur agrégé d'arabe, Blois)

14h 50. Débat.

Quatrième table ronde
- 15h 05. Edgar Weber (professeur des universités, université de Strasbourg) : L’humanisme maçonnique a-t-il joué un rôle dans l’humanisme arabe ?
- 15h30. Michel Levallois (préfet honoraire, historien et président de la Société des études saint-simoniennes.) : Le saint-simonien musulman Ismaÿl Urbain (1812-1884),  précurseur  et apôtre d’un humanisme  franco-musulman.

Modérateur : Floréal Sanagustin (professeur des universités, université Lyon 2 et ENS)

15h55. Débat.

16h10. Pause

Cinquième table ronde
- 16h 25. Haoues Seniguer (doctorant, université Lyon 2) :
L’humanisme arabo-musulman dans l’œuvre de l’Algérien Malek Bennabi : jalons pour une compréhension critique de la civilisation islamique.

- 16h50. Paul Balta (journaliste et écrivain) : 
L'islamisme et l'Occident freinent-ils l'émergence d'un humanisme arabo-islamique aujourd'hui?


Modérateur : François Clément (maître de conférences, université de Nantes)

17h15. Débat.

18h00. Clôture de la journée.


Journée d’étude le 27 mars 2010 à l'Institut du Monde Arabe, Paris, organisée par l’Association Française des Arabisants avec le soutien du centre de langue de l'IMA.

jeudi 4 février 2010

Relire Bencheikh

Par les temps qui courent, il est vivifiant de relire ce texte de Jamel-Eddine Bencheikh, publié dans l'édition du 8 février 1990 du  Monde, avec un texte d'André Miquel, sous le titre  Nous ne voulons pas être séparés.
Le texte avait été repris dans le n° 28-29 de  L'Arabisant. En voici un extrait.
       
J'ai appris le maniement de l'intellect chez Ibn Sina (Avicenne) ou Ibn Rushd (Averroès), l'interrogation de la foi auprès d'al-Hallaj, l'insolence du plaisir en compagnie d'Abû Nuwâs. J'ai compris chez les philosophes le sens de la liberté, d'esprit chez Voltaire, de pensée chez Sartre. Les uns et les autres m'enseignèrent à me défier de toute vérité qui ne satisferait que moi-même ou s'ingénierait seulement à dessaisir les autres de leur droit. Je savourais l'inestimable prix d'une pensée certes livrée à la contingence historique, mais vouée pour toujours à l'exigence de vérité, fût-elle relative comme toute chose humaine. L'Occident, en même temps qu'il se découvrait à moi, m'apprenait à n'être pas dupe de ses mirages et à rester moi-même sans être dupe des miens.

Ainsi je découvris la fraternité d'abord et avant tout en cette poésie qui, de Rimbaud à Valéry, d'Eluard à Char, m'enseigna l'honneur d'être poète. L'égalité me fut donnée plus tard à vivre dans d'inoubliables rencontres que j'eus avec François Mauriac, au cœur de la guerre d'Algérie, ou avec Aragon, dont j'enseignais à Alger, après cette même guerre, le Fou d'Elsa.

Ces livres et ces hommes m'ont accueilli bien avant qu'en 1969 un juge m'accorde cette nationalité dont ne peuvent persuader ni mon nom, ni ma langue, ni ma culture, qui sont tous trois indissociables de moi-même. Les gens de Touraine qui ont bâti un jour ma maison près de la leur ne m'ont rien demandé en échange de leur amitié. Ils n'ont lu ni Camus ni Jean Sénac, et je ne leur lis pas al-Mutannabî. Nous n'effaçons pas nos différences, qui sont irréconciliables, mais construisons une amitié qui n'est redevable d'aucun calcul.


Immigré par choix, je suis irréductiblement solidaire de mes frères maghrébins exilés par besoin. Certaines de leurs familles vivent ici depuis trois quarts de siècle. Il n'est pas une rue, un immeuble, une usine qui ne témoigne de leur travail obscur. Leurs grands-pères se sont fait tuer sur tous les champs de bataille européens, de Verdun à Cassino. Des Algériens de la Résistance se sont battus dans les rues de Paris et sur les toits de Lyon. On n'a pourtant pas inscrit leur nom sur l'Affiche rouge. Ces immigrés ont laissé leur vie pour la France sans qu'on applique au nombre de leurs morts un quota de tolérance. Ils sont tombés pour une France libre, pour une France intelligente, qui ressemble enfin à sa culture et refuse le déshonneur du racisme.

Ils ne viennent ni de Pologne ni d'Italie. Ils ne sont ni chrétiens ni juifs. Ils sont arabes ou berbères, musulmans s'ils le veulent, français pour ceux qui le voudront. Ils assimileront la culture de ce pays pour peu qu'on les sorte des ghettos où ils habitent, des caves où ils travaillent, des écoles-parkings où ils n'apprennent rien, et des bistrots où ils ne rencontrent qu'eux-mêmes. Ils cesseront ainsi d'aller ainsi comme des ombres, exclus par les uns, reniés par les autres. En 1988, le major du concours d'entrée à l'ENS d'Ulm était un fils d'immigrés.

N'en déplaise aux enragés de l'expulsion ou aux défenseurs d'une authenticité recroquevillée sur ses cactus, je n'ai jamais été déchiré par mes deux cultures, et aucune ne cherche à s'emparer des droits de l'autre. De chacune, je jette vers l'autre un regard amical mais vigilant; les deux peuplent mon imaginaire et mon âme. Un Stabat Mater chanté par Berganza ne me fait pas oublier la sourate ar-Rahmân psalmodiée par Menchaoui; les vers de Darwish ne m'empêchent pas d'être ému par ceux de Jean Grosjean; un chant d'anarchie de Léo Ferré ne me prive pas de la merveilleuse tendresse d'une chanson andalouse sur les lèvres de Sami al-Maghribi, chanteur juif marocain.


Emerveillé par les contes celtiques comme par ceux des Mille et une nuits, par la prose de Gracq comme par celle de Taha Hussein, traduisant en français une qasîda, ou en arabe un sonnet, je revendique pour chacune de mes deux cultures le droit de s'éblouir aux reflets indicibles qu'elle sait prendre dans l'autre. Je ne me déchire ni ne me dissocie. Je suis, dans la totalité de mon être, irréductiblement arabe, irréductiblement français, en ce double mouvement de l'esprit qui choisit sa liberté dans ce qui l'exalte, non dans ce qui le mutile.

vendredi 22 janvier 2010

L'association française des arabisants reconnue d'intérêt général

L'objet de votre association (...) respecte les critères d'intérêt général et exerce une activité à caractère exclusivement culturel. En outre, d'après les renseignements fournis, elle fonctionne sans but lucratif et ne procure aucun avantage direct ou indirect à ses membres.

En conséquence, l'Association française des Arabisants pourra délivrer à ses donateurs des reçus fiscaux dans le respect des dispositions visées aux articles 200-1b et 238 bis -1 du code général des impôts.



Par un courrier du 11 janvier 2010, la direction générale des Finances publiques vient d'accorder à l'AFDA le statut d'association d'intérêt général.

En d'autres termes, les dons et versements des particuliers à l'AFDA ouvrent droit à une réduction d'impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant dans la limite de 20 % du revenu imposable.

Les versements effectués par les entreprises ouvrent droit à une réduction d'impôt égale à 60 % de leur montant dans la limite de 5 pour mille du chiffre d'affaires.


Une excellente occasion d'adhérer ou ré-adhérer.

mercredi 20 janvier 2010

Question orale n° 0639S de M. Yannick Bodin (Seine-et-Marne - PS)

M. le président   La parole est à M. Yannick Bodin, auteur de la question n° 639, adressée à M. le ministre de l'éducation nationale, porte-parole du Gouvernement.

M. Yannick Bodin Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, ma question s'adresse en effet à M. le ministre de l'éducation nationale et concerne l'enseignement de la langue arabe dans l'enseignement public.

Le nombre d'élèves suivant des cours d'arabe dans l'enseignement public est en constante diminution. Alors que l'enseignement de langues dites « rares » ne cesse de se développer , puisque 15 000 élèves de l'enseignement secondaire étudient le chinois, 12 000 le portugais, 14 000 le russe, à peine 7 300 collégiens et lycéens suivent des enseignements de langue arabe. Et encore faut-il préciser que, parmi ces élèves, 1 800 suivent les cours du Centre national d'enseignement à distance, le CNED, et 1 500 résident à la Réunion et à Mayotte.

Pourtant, la demande est forte, motivée autant par des raisons culturelles que par la réalisation de projets professionnels.

L'arabe est en effet l'une des dix langues les plus parlées au monde, et certains pays arabes, en plein développement économique, sont des partenaires commerciaux importants, comme l'actualité nous le montre tous les jours. Plusieurs États européens l'ont d'ailleurs fort bien compris. Ainsi, le Danemark développe l'enseignement de cette langue dès le collège. Ce pays n'a pourtant pas, de par son histoire, des relations privilégiées avec des pays arabophones, comme c'est par exemple le cas de la France.

À l'éducation nationale, les créations de poste ne suivent pas. Pourquoi ?

On nous dit que certains chefs d'établissement seraient réticents à ouvrir des classes d'arabe, aussi bien dans l'établissement défavorisé, où l'on craint que cette langue ne contribue à la ghettoïsation de ce dernier, que dans les lycées de centre-ville où l'on redoute que l'ouverture de cette option n'attire des « populations à problèmes ».

Cela concerne aussi la politique gouvernementale puisque, en quatre ans, le nombre de postes d'enseignant de la langue arabe proposé au concours du certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré, le CAPES, a été divisé par quatre : vingt postes en 2002 contre cinq seulement en 2006.

En revanche, comme vous l'avez sans doute remarqué, monsieur le ministre, l'enseignement privé de l'arabe est en pleine croissance. Entre les cours dispensés par des associations privées financées par des États étrangers et ceux, dispensés dans les lieux cultuels, qui font souvent du prosélytisme, 100 000 personnes seraient concernées. Ces formations se développent au détriment de l'enseignement laïc, avec des risques évidents de dérive communautariste.

Sous la pression de l'opinion publique, les Assises de l'enseignement de la langue et de la culture arabes ont été organisées le 9 octobre 2008 à l'Assemblée nationale. À l'issue de cette journée, votre prédécesseur, M. Xavier Darcos, avait annoncé cinq grands axes de développement pour l'enseignement de la langue arabe : une généralisation des classes de sixième « bilangues » dès la rentrée 2009, l'identification et la création d'établissements pilotes pour l'arabe afin d'éviter la dispersion des moyens, la généralisation des regroupements inter-établissements en centre-ville dans les grandes agglomérations, le développement des sections internationales et de langues orientales, dont l'ouverture était d'ailleurs prévue en 2009, ainsi que le développement de l'arabe dans l'enseignement professionnel, notamment dans l'hôtellerie, le tourisme et la restauration.

Plus d'un an après ces assises, il semble que rien n'ait été concrétisé. Où en êtes-vous, monsieur le ministre, dans la mise en œuvre d'une véritable politique d'enseignement de la langue et de la culture de l'arabe dans nos écoles publiques, afin de répondre à la demande des élèves, arabophones ou non, et, surtout, pour s'assurer de son encadrement par l'enseignement public laïc, seul garant de la défense des valeurs de la République ?

 M. le président. La parole est à M. le ministre.



 M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, porte-parole du Gouvernement. Je partage votre sentiment, monsieur le sénateur, sur le fait que l'arabe est l'une des langues-clés de notre monde multipolaire.

Elle bénéficie déjà d'une place privilégiée dans notre système éducatif, puisqu'elle fait partie des vingt-deux langues vivantes étrangères susceptibles d'être choisies à l'épreuve écrite du baccalauréat.

En 2009, 6 400 élèves suivent un enseignement d'arabe en LV1, LV2 ou LV3, dans les collèges et les lycées d'enseignement général, technologique ou professionnel. De surcroît, comme vous l'avez rappelé, monsieur le sénateur, 50 000 élèves, en particulier les enfants scolarisés dans le primaire, choisissent également de suivre cet enseignement dans un cadre associatif, le plus souvent confessionnel.

Dans l'enseignement supérieur, il est vrai que la langue arabe reste encore trop cantonnée aux établissements d'excellence. Elle attire, dans les classes préparatoires et les grandes écoles, des élèves qui, parfois, viennent du monde entier.

L'arabe semble toutefois quelque peu délaissé par les générations nouvelles. Le ministère de l'éducation nationale comptait en 2009 203 enseignants de langue arabe, dont certains sont en sous-service, contre 236 en 2006.

Il est souhaitable – je pense que nous pourrons nous rejoindre sur ce point, monsieur le sénateur – que l'arabe soit enseigné au sein de l'éducation nationale, par des enseignants bien formés, bien préparés, plutôt que par des organismes ou des associations qui ne disposent pas des mêmes moyens pédagogiques, et qui peuvent être influencés par divers groupes ou groupuscules.

C'est pourquoi le Président de la République a souhaité donner un nouvel élan à la langue arabe :
- nous développerons davantage l'arabe dans l'enseignement technologique et professionnel, ainsi que dans le lycée d'enseignement général au titre de la LV3 ;
- nous rééquilibrerons l'offre d'enseignement de l'arabe entre les académies et à l'intérieur même de chacune des académies ;
- nous renforcerons les sections « bilangues », en particulier anglais-arabe ;
- enfin, nous remettrons à plat l'enseignement des langues et cultures d'origine ou ELCO, dispensé à l'école primaire.

Le dispositif ELCO, qui relève aujourd'hui de la responsabilité des autorités des trois États du Maghreb, pourra être ouvert à d'autres États et, surtout, devra mieux s'articuler avec l'enseignement des langues au collège.

Enfin, pour accompagner le développement de la langue arabe, je vous indique, monsieur le sénateur, comme je l'avais fait lors de mon audition pour la préparation du budget, que des postes seront créés, en fonction de la demande des élèves.

Vous voyez donc que, sur cette question, le ministère de l'éducation nationale prend toute la mesure de sa mission.

 M. le président.  La parole est à M. Yannick Bodin.

 M. Yannick Bodin.  Je vous remercie de votre réponse, monsieur le ministre. Si j'en note les aspects positifs et volontaristes, vous comprendrez néanmoins que je reste inquiet.

Vous prétendez que cette langue n'est pas délaissée par l'éducation nationale. Dans mon agglomération, je constate pourtant qu'il est impossible d'en faire l'apprentissage dans l'enseignement public, et que de plus en plus de jeunes vont l'apprendre ailleurs.

Il y a urgence, au nom du nécessaire respect de la laïcité et des valeurs de la République. En effet, malheureusement, certains de ces jeunes qui apprennent l'arabe dans d'autres lieux que ceux de l'école publique viennent ensuite défendre en son sein des thèses incompatibles avec les enseignements qui y sont dispensés, tels le créationnisme ou certaines vérités révélées. Le mysticisme l'emporte alors sur la raison.

Face aux défaillances de l'éducation nationale, je lance un cri d'alarme, et je vous encourage à accélérer vos efforts, monsieur le ministre, pour les besoins de la cohésion nationale.

Source: senat.fr

vendredi 15 janvier 2010

Faire ouvrir une classe d'arabe un établissement scolaire du second degré

Vous souhaiteriez que votre enfant puisse étudier l'arabe au collège ou au lycée où il est scolarisé. Or, après vérification, il s'avère que cette option n'est pas proposée dans votre secteur.
Que faire ? Sacrifier ce projet? Avoir recours à des associations où la qualité de l’enseignement n’est jamais contrôlée et qui, pour certaines, y mêlent un endoctrinement religieux incompatible avec l’épanouissement intellectuel d’un adolescent ?

Non, vous pouvez faire changer les choses, à condition de vous y prendre tôt (un an à l’avance) et demander l’ouverture d’un enseignement d’arabe dans le secteur ou votre enfant est scolarisé.

Pour cela, il suffit de prouver qu’il existe une demande suffisante pour un enseignement d’arabe dans l’établissement où est scolarisé votre enfant.


1) En rédigeant une demande signée par lequel vous et les parents d’une dizaine d’autres élèves du même établissement et du même niveau (6ème, 5ème, 4ème ou 3ème) réclamez pour votre enfant un enseignement d’arabe (en LV1, LV2 ou LV3) pour l’année scolaire suivante.

2) En transmettant une copie de cette demande (portant donc au moins une dizaine de signatures) au trois personnes suivantes :
- Le chef de l’établissement où votre enfant est scolarisé.
- Le recteur de l’académie où votre enfant est scolarisé.
- L’inspecteur pédagogique régional pour la langue arabe dont dépend votre académie. Ils sont au nombre de 3 en France:

Mme Rachida Dumas - Académie d'Aix-Marseille - Place Lucien Paye - 13621 Aix-en-Provence Cedex. /
adresse électronique: ce.ara.dumas(arobase)ac-aix-marseille.fr pour les académies d'Aix-Marseille, Clermont-F., Corse,Grenoble, Limoges, Lyon, Mayotte,Montpellier, Nice, La Réunion, Paris, Poitiers, Rennes, Rouen
Paris (SI), Toulouse
M. Michel Neyreneuf - Académie de Paris - 94 avenue Gambetta - 75984 Paris CEDEX 20 /
adresse électronique: mneyreneuf(arobase)hotmail.com
pour les académies d'Amiens, Bordeaux, Caen, Créteil, Lille, Nantes, Orléans-Tours, Paris, Poitiers, Rennes, Rouen


Mme Sophie Tardy - Académie de Versailles - 3 boulevard de Lesseps - 78017 Versailles /
adresse électronique: sophie.tardy1(arobase)ac-versailles.fr
pour les académies de Besançon, Dijon, Nancy-Metz, Reims, Strasbourg, Versailles

3) Il peut être extrêmement précieux, lors de ces différentes phases (rassembler les signatures, dialoguer avec le chef d’établissement) d’être en contact avec des membres des associations de parents d’élèves Il existe 2 fédérations principales: la FCPEhttp://www.fcpe.asso.fr/] et la PEEPhttp://www.peep.asso.fr/] ]] présents dans votre établissement afin qu’ils vous appuient.
De même, si un professeur d'arabe exerce sur le secteur, il peut être utile de le contacter.


N’hésitez pas à tenir l’AFDA informée de votre projet. Son vaste réseau de contacts peut vous permettre de trouver localement des interlocuteurs à même de vous conseiller.