mercredi 16 juin 2010

Fermeture du CAPES d'arabe en 2011

" Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe" (N. Sarkozy, 9 octobre 2008)



C'est avec surprise que l'association française des arabisants constate que le ministère de l'éducation nationale a décidé de ne pas publier de date d'ouverture pour la session 2011 du CAPES d'arabe, ce qui revient à sa fermeture (voir circulaire en pièce jointe).

Pourtant, le Président de la République soulignait au sujet de l’enseignement de l’arabe dans notre pays  qu’ « un pays qui investit dans son histoire et dans sa culture, c’est en vérité un pays qui investit dans l’avenir. Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe ».  C’était le 9 Octobre 2008, lors des premières assises de l’enseignement de la langue arabe en France, dans un discours lu en son nom par Madame le Préfet Malika Benlarbi.

L’AFDA s’élève contre cette décision qui compromet la cohérence de la réforme concernant la mastérisation de la formation des enseignants du secondaire et porte atteinte:
- à la pressante nécessité de sortir la langue des lieux de repli communautaire et d'assurer un enseignement conformes exigences d’érudition, de neutralité et d’objectivité informées de notre tradition universaliste,
- à notre tradition d’ouverture culturelle diversifiée,
- à notre rayonnement diplomatique et culturel sur le plan international,
- à nos intérêts au sein d'un monde multipolaire où le monde arabe joue un rôle notable.


L’AFDA demande donc la reconsidération urgente d’un tel projet qui va totalement au rebours des bonnes intentions que l’on croyait pourtant résulter d’une conviction émanant du plus haut niveau de l’Etat.

mardi 8 juin 2010

Où vont nos engagements géopolitiques, laïcs et sociaux ?

Le Monde a publié le 8 juin dernier une tribune de Pierre-Louis Reymond, qui s'exprimait en son nom propre, et non en tant que président de l'AFDA.



Parce que les engagements géopolitiques, laïcs et sociaux, ensemble, se trouvent aujourd'hui malmenés par un raisonnement à court terme, budgétaire, gestionnaire et mécanique, le temps est venu de nous mettre en face de nos engagements…

Les menaces de suspension du Capes d'arabe qui planent actuellement au sein de l'éducation nationale soulèvent un problème de taille : va-t-on abandonner, avec toutes les implications idéologiques que cela comporte, l'enseignement de la langue et de la culture arabes à des structures associatives, le plus souvent confessionnelles, et se prendre ainsi au propre piège de l'enfermement communautaire que nous ne cessons pourtant de dénoncer ?

Il faut croire que le gouvernement n'en est pas à une contradiction près. A l'heure où, jadis ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy s'était saisi avec courage du dossier épineux de l'institutionnalisation d'un islam de France, à l'heure où, élu président, il décidait la réintégration de la Syrie dans le concert des partenaires avec lesquels il faudrait désormais compter dans les négociations pour la résolution des conflits au Proche-Orient, à l'heure où, lucide, il décidait de la création des premières assises de l'enseignement de la langue et de la culture arabes en France, à l'heure où des signes forts étaient émis en direction d'une région du monde dont l'histoire ne cesse de nous montrer qu'elle est pour nous un partenaire historique, géopolitique et économique incontournable…

LE DIKTAT D'UNE LOGIQUE COMPTABLE

A l'heure où ces marques de vigilance significatives étaient portées à des facteurs qui engagent le destin et la position de la France dans le monde, à l'heure où l'on commençait à ouvrir sérieusement le dossier de l'exception culturelle d'une laïcité bien comprise, mon inquiétude est vive. Elle est vive parce qu'en ramenant la langue et la culture arabes en France au statut de discipline rare, on bascule à nouveau dans le contresens que l'on semblait avoir cessé de commettre : l'étroitesse de nos relations avec le Maghreb et le Moyen-Orient, à de nombreuses reprises manifestées sur la scène diplomatique par le président, la volonté louable de décommunautariser notre espace social, la nomination d'un commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, le souhait manifesté officiellement par un président de la République, pour la première fois dans l'histoire de notre pays, que "davantage de jeunes Français reçoivent en partage la langue arabe", tout cela va-t-il être freiné par le diktat d'une logique comptable à l'issue de laquelle, si elle est appliquée, l'impact des économies réalisées par la coupe budgétaire envisagée sera infinitésimal au regard des risques que nous courons à voir une discipline, une culture et une civilisation, qui sont au cœur de notre actualité régentées, contrôlées et orientées par ceux qui ne manqueront pas de s'autoproclamer spécialistes d'un domaine que ni leurs qualifications, ni leur compétence ne leur permettent de maîtriser.

Ces esprits qui nous gouvernent, et auxquels on fera crédit qu'ils ne sont pas dénués d'intelligence, devraient se rappeler de toute urgence ce que disait la philosophe Simone Weil de l'argent : "Il l'emporte sans peine sur tous les autres mobiles, parce qu'il demande un effort d'attention tellement moins grand. Rien n'est si clair et si simple qu'un chiffre". Et les dégâts qu'il peut engendrer aussi.



Pierre-Louis Reymond, agrégé de langue et littérature arabes.


Source: lemonde.fr

Une langue toujours plus étrangère à l'école de la république

« Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe », affirmait Nicolas Sarkozy le 9 octobre 2008. Pendant quelques mois, les professeurs d'arabe et les partisans de l'enseignement de cette langue dans un cadre laïc et républicain auront eu l'espoir d'avoir été entendus. Le 9 octobre 2008, le président de la République réunissait sous son haut-patronage les premières assises de l'enseignement de la langue et de la culture arabes. Le 9 septembre 2009, un remarquable article de Brigitte Perucca dans Le Monde, intitulé La langue arabe chassée des classes, attirait l'attention sur tous les facteurs de minoration qui affectent cette langue qui reste « plus étrangère que les autres ». Pendant l'automne et l'hiver 2009-2010, pas moins de huit questions étaient adressées par des parlementaires des deux assemblées aux ministres en charge du dossier.

On se prenait à rêver que les ancrés chez certains personnels administratifs, ou de direction, chez une partie des enseignants, des parents et même des élèves, allaient enfin être contrebalancés par une volonté politique consciente des enjeux inhérents à la langue arabe: enjeux commerciaux et stratégiques bien entendu, mais aussi enjeux sociaux. Sait-on en effet que les cours d'arabe organisés par les États du Maghreb rassemblent environ 40 000 élèves, que ceux d'un secteur associatif souvent confessionnel en rassemblent au moins 60 000, tandis que l'offre de l'école de la République oscille autour de 7 000 inscrits?

Le rêve a été de courte durée. Pas une seule des mesures annoncées par le ministre de l'éducation nationale à l'issue des Assises de 2008 n'a été mise en œuvre. Bien plus, la fermeture du CAPES, concours essentiel dans le recrutement d'enseignants correctement formés, a été récemment officialisée pour l'année 2011. A croire que « l'investissement dans la langue arabe » pourra se passer d'enseignants...
Nul doute que l'on tirera prétexte la situation de sous-emploi des professeurs d'arabe dans certaines académies — un peu comme l'on pourrait invoquer la faiblesse d'un malade pour cesser de lui administrer son traitement. Car si l'on peine à ouvrir des classes d'arabe alors que les écoles coraniques sont pleines, n'est-ce pas précisément du fait du délabrement de l'enseignement public de l'arabe, victime à la fois de préjugés tenaces et d'une politique comptable désespérément aveugle devant l’importance de l’enjeu? En effet, il faut savoir que les chefs d'établissement reçoivent chaque année une enveloppe d'heures toujours plus réduite, la [dotation horaire globale->43], qu'ils doivent répartir entre chacune des matières enseignées dans leur collège ou leur lycée. Il est bien évident qu'à moins d'une ferme volonté des personnels de direction, ces précieuses heures vont plus volontiers à l'anglais et l'espagnol, où les classes sont toujours pleines, plutôt qu'aux langues "rares", qui partent de plus bas et qui intimident plus souvent les élèves et leurs parents.

On se paie bien souvent de poignantes déclarations d'amour à la diversité des langues, la laïcité et la place de la France dans le monde mais, un jour très prochain, le très fragile équilibre qui permet à notre pays de proposer encore un enseignement fondé sur des valeurs universalistes et scientifiques mourra des promesses sans lendemain de nos dirigeants politiques et des ergotages de certains de nos chefs d'administration.

Et ce jour-là, qu'on en soit assuré, les tenants de l’endoctrinement idéologique et du mépris avéré des idéaux de la République ne manqueront pas de prendre la place que celle-ci leur aura de fait abandonnée.

mardi 27 avril 2010

Question N° : 77374 de M. André Wojciechowski ( Union pour un Mouvement Populaire - Moselle ) à  M. le Ministre de l'éducation nationale

M. André Wojciechowski attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur l'absence de diversité dans l'enseignement des langues. Si c'est pour beaucoup lié à un problème culturel, l'absence d'enseignement de langues minoritaires reste préjudiciable pour les métiers du renseignement, de la diplomatie, de l'entreprise à l'export. Force est de constater que nous manquons cruellement de linguistes. Il prend l'exemple de la langue arabe qu'il serait préférable d'enseigner dans les écoles de la République plutôt que sous l'angle religieux, ce qui la valoriserait. Pour lui : "l'agrégation d'arabe n'existe plus alors qu'elle existait au collège de France depuis un siècle". M. le Député Wojciechowski demande au ministre quelles mesures il entend mettre en place pour réconcilier les Français avec les langues minoritaires.



NB: L'agrégation d'arabe n'est pas à  notre connaissance menacée. On ne peut pas en dire autant du CAPES.

Source: Assemblée nationale  Question publiée au JO le : 27/04/2010 page : 4618

lundi 29 mars 2010

Pour prolonger le débat sur l'humanisme arabo-musulman

Hier, nous n’avons fait qu’esquisser une problématique vaste et parfois minée. Nous n’avons pas eu le temps d’en discuter profondément les tenants et les aboutissants, et nous n’avions pas eu le temps non plus de régler de manière claire et distincte le problème de ce concept vague et déroutant qu’est l’humanisme. J’ai l’impression que les interventions de Pierre-Louis Reymond, de Yahya Cheikh et de moi-même - qui avions fait des interventions sur l’époque médiévale, donc loin de la sphère de l’humanisme européen ou de l’Humanisme tout court – étaient reçues froidement ou comme quelque chose d’anachronique. Bien plus, lorsque j’ai parlé de la vulgarisation comme activité principale de Miskawayh et de Tawhidi, on a tout de suite réagi en avançant qu’on ne peut parler d’un humanisme chez ces deux penseurs, car un tel concept suppose un terrain politique libre de toute théocratie … Moi, je n’ai pas parlé d’humanisme de Tawhidi, ni de Miskawayh, ni de Farabi, mais certains l’ont entendu !

Personne dans la salle n’a dit que tel ou tel penseur de l’époque médiévale arabe était humaniste et je crois que personne n’avait cette idée en tête. Et je le confirme ici de la manière la plus tranchante. Tant pis pour les écrits de Mohammed Arkoun et de Marc Berger !

De quoi s’agit-il au juste ? Et je ne parle désormais que pour moi-même : l’humanisme européen ou l’Humanisme est, comme le mot l’indique, une activité centrée sur les studia humanitatis, tournée vers l’antiquité et alliée à la vulgarisation. C’est une définition minimale. Mais un humanisme exigeant allie cette activité à une autre, celle qui consiste à penser l’essence de l’homme. Si l’on ouvre n’importe quel traité de Pic de la Mirandole, de Montaigne ou d’Erasme, on ne peut pas ne pas croiser cette triple activité (études, traductions commentaires des textes antiques, vulgarisation et une pensée sur l’humain ou sur l’essence de l’homme.) Le problème, c’est qu’en lisant Miskawayh, Tawhîdi, Farabi, Ibn Rochd, Y. Ben ‘Addî ou même Hunayn ibn Ishâq, on ne peut pas ne pas y trouver l’une ou l’autre de ces trois activités, parfois les trois réunies comme c’est le cas pour H. ibn Ishâq.

La vulgarisation était au centre du projet de Miskawayh. J’ai dit qu’il avait vulgarisé l’Ethique à Nicomaque dont personne ne pouvait lire à l’époque la première traduction, tellement elle était hermétique. Il a vulgarisé d’autres traités persans et grecs, il suffit de relire le livre de Mohammed Arkoun qui n’a rien perdu de son intérêt malgré le mot humanisme qu’il place au début de son titre.

Cette vulgarisation peut porter sur des questions que je qualifierais d’actualité philosophique. Le débat qui a agité le milieu intellectuel ‘abbaside portait, entre autres, sur le rapport entre la grammaire et la logique, ainsi que l’utilité ou l’inutilité de celle-ci dans la culture arabe. Il ne faut pas croire que Tawhîdî a fidèlement rapporté dans al-Imtâ‘ wa-l-mu’ânasa les termes de la fameuse munâzara controverse]] entre Abu Bichr Mattâ et Abû Sa‘îd al-Sîrâfî ; il a procédé à une sorte de vulgarisation pour que la forme et le contenu adhèrent (ou qu’ils obéissent) parfaitement au genre d’al-adab. Il a complètement débarrassé cette munâzara de son aspect technique qui rebuterait les lecteurs au premier lieu desquels ses mécènes qui attendaient des « nuits » lisibles et distrayantes (mumti‘a). Pour la petite histoire, sans cette vulgarisation qui a partiellement vidé les notions logiques de leur substance, on n’aurait pas vu Mattâ perdre petit à petit la partie, et de la manière la plus injuste.

Il y a d’autres auteurs arabes médiévaux qui se sont occupés de la vulgarisation (à ne pas confondre avec la simplification). D’ailleurs l’équivalent arabe existe et il est, par la force des choses, antérieur à la vulgarisation des studia humanitatis, c’est le mot al-taqrîb التقريب. Il y a une multitude de traités du taqrîb que la tradition des études arabes, aussi bien en Occident qu’au monde arabe, ignore complètement. Le plus connu de ces traités de taqrîb est celui de l’Andalou Ibn Hazm. Mathias a posé la question de savoir s’il y avait une vulgarisation à l’époque médiévale arabe et si cette vulgarisation était accompagnée d’une traduction dans les langues vernaculaires. J’ai répondu en omettant de signaler les traités de taqrîb… J’avais tellement à dire que j’en ai oublié une bonne part ! Que l’on médite le titre qu’Ibn Hazm a donné à son traité dont l’objectif était de mettre à la portée de tous les lettrés la logique aristotélicienne : التقريب لحدّ المنطق والمدخل إليه بالألفاظ العامّية والأمثلة الفقهية. Cela ne répond pas tout à fait à la question de Mathias, mais avouons qu’il y a là toute un programme qui s’intensifiera bien sûr avec l’Humanisme.

Restons en Andalousie ! Comment considérer le roman philosophique d’Ibn Tufayl si ce n’est comme un traité destiné à des jeunes (ou des gens tout simplement) qui veulent s’initier à la philosophie ? Je sais que c’est difficile d’affirmer cela en France où la philosophie arabe est souvent étudiée au travers le prisme de Leo Strauss et de son « art d’écrire ». Mais peut-on penser que ce roman vise autre chose qu’une lecture simple et reposante de la philosophie illuminative d’Avicenne ? N’est-il pas là l’objectif annoncé dès l’introduction ?

Venons-en maintenant au problème de l’essence humaine. Lorsque j’ai proposé ce sujet, l’idée de faire de Farabi un humaniste ne m’effleurait même pas l’esprit, et lorsque Miloud Gharrafi m’a mis au courant de la tenue d’une journée sur l’humanisme, j’étais en train de lire De hominis dignitate de Pic de la Mirandole (encore lui !), est-ce un hasard ? J’y ai trouvé beaucoup de choses qui intéressent mes sujets de recherche, dont cette phrase par exemple qui ouvre le traité :

« Très vénérables Pères, j’ai lu dans les écrits des Arabes que le Sarrasin Abdallah, comme on lui demandait quel spectacle lui paraissait le plus digne d’admiration sur cette sorte de scène qu’est le monde, répondit qu’il n’y avait à ses yeux rien de plus admirable que l’homme. Pareille opinion est en plein accord avec l’exclamation de Mercure : ‘‘O Asclepius, c’est une grande merveille que l’être humain’’ »

Je me suis alors dit que si Pic de la Mirandole, figure de proue de l’Humanisme, déclare avoir lu chez les Arabes des choses qui traitent de l’humain au sens noble ou de la dignité de l’homme, pourquoi ne pas aller chercher directement, c’est-à-dire in statu nascendi, l’éclosion d’une telle notion ? Si P. de la Mirandole, lui l’humaniste qui n’a jamais prononcé le mot « humanisme », reconnaît que son objet de recherche a un amont, pourquoi ne pas aller y puiser directement ? L’humanisme n’est pas une météorite tombée d’un coup sur le terrain de la pensée européenne, il a bien des antécédents que les humanistes reconnaissent eux-mêmes. Il ne s’agit pas de dire une dette, car je déteste ce discours, il s’agit de tisser des filiations qui pourraient être éclairantes pour l’histoire de la pensée et des idées.

D’ailleurs, en histoire de la pensée, il faut distinguer deux choses: واقع النصوص والأفكار (la réalité des textes et des idées) et إمكان النصوص والأفكار (les potentialités des textes et des idées). Les notions de «dignité humaine», de «liberté », de «raison» et j’en passe, ces notions paraissent ‘inachevées’ dans les systèmes philosophiques arabes allant des mu‘tazila jusqu’à Ibn Khaldûn. Elles paraissent inachevées eu égard au système philosophique occidentale qui domine aujourd’hui toute la pensée humaine. Lorsque je parle par exemple de la notion de liberté telle que la pensée arabe l’avait conçue, je désigne une notion qui n’est pas celle en vigueur aujourd’hui, ou qui paraît complètement dépassée par la notion de liberté en Occident, passée par le filtre de l’Humanisme, des Lumières, etc. Entre les deux notions, il y a un élément qui est passé par là et il s’appelle tout simplement  HISTOIRE. Si la liberté n’avait pas été réalisée comme projet politique et philosophique en Occident, on n’aurait pas pu considérer la notion de liberté chez les penseurs arabes médiévaux comme inachevée.

Cet historicisme est peut-être naïf, mais nous l’utilisons tous et je pense que nous ne pouvons pas en faire l’économie.

Dans son excellent ouvrage intitulé مفهوم العقل، مقالة في المفارقات, le penseur A. Laroui rapporte ce que dit Mohcen Mahdi dans sa thèse sur Ibn Khaldûn. Mohcen Mahdi n’hésite pas à reconnaître en Ibn Khaldûn une certaine modernité, vu que celui-ci a coupé avec les méthodes idéalistes platoniciennes et opté pour un réalisme issu de l’école réaliste aristotélicienne. Mais cela ne suffit pas à le qualifier, aux yeux de M. Mahdi, de complètement moderne ; il n’était pas en effet suffisamment empiriste, ni suffisamment déterministe, ni complètement pragmatiste, ni entièrement positiviste… Pourquoi toutes ces précautions ? se demande A. Laroui. Du point de vue méthodologique, qui nous empêche d’étudier Ibn Khaldûn comme les Italiens étudient Machiavel, les Français Montesquieu et tous les Européens Aristote sans oublier de signaler les choses qui lui manquent pour être un des pionniers de  telle ou telle école moderne ou contemporaine ? Tout dans le système d’Ibn Khaldûn contribue à montrer qu’il n’était pas un positiviste comme l’était Auguste Comte, mais tout montre également qu’il suivait une voie que les Positivistes ne pouvaient pas nier. L’essentiel est de montrer quelle est cette voie.

De même pour Farabi, il y a bien des choses chez lui qui contrastent complètement avec l’Humanisme, mais personne ne peut nier que sur la question de l’homme, de la religion et de la philosophie, il suivait une voie qu’aucun humaniste ne peut récuser. Si l’on ne procède pas ainsi, autrement dit, si on refuse complètement d’étudier le système de Farabi comme étant également un ensemble de possibilités, si on refuse de l’amarrer vers toutes les virtualités qu’il donne à lire, on ne fera finalement que le renvoyer au sein de la pensée traditionnelle. Ce qui est une autre manière de tuer sa pensée et de lui refuser toute place dans la pensée philosophique en général.


J’espère que nous aurons d’autres occasions de prolonger le débat, au sein de
l’AFDA. Pourquoi pas ?



Le 29 mars 2010

Aziz HILAL
Professeur d'arabe
Lycée Victor Hugo, Poitiers

dimanche 28 mars 2010

Compte-rendu de l'assemblée générale de l'AFDA du 28 mars 2010 et composition du nouveau comité.

L'assemblée générale des arabisants s'est réunie le 28 mars 2010.

Elle a approuvé à l'unanimité le rapport moral présenté par le président sortant, M. Deslandes, et le rapport financier, présenté par la trésorière, Mme Crozat.

Elle a constitué un nouveau comité composé des personnes suivantes:

- Y. Cheikh
- Z. Crozat
- S. Delaporte
- B. Gebeil
- A. Hannani
- M. Hoorelbeke
- N. Jegham
- P.-L. Reymond
- S. Valter


Le comité a élu aux fonctions suivantes:

- président: Pierre-Louis Reymond;
- vice-président: Najeh Jegham;
- trésorière: Zohra Crozat;
- trésorier-adjoint: Stéphane Delaporte;
- secrétaire: Yahya Cheikh;
- secrétaire-adjoint: Mathias Hoorelbeke.

samedi 27 mars 2010

L'humanisme dans la culture arabo-musulmane (Avec hommage à  Daniel Reig) - Colloque organisé par l'Association Française des Arabisants avec le soutien du centre de langue de l'IMA

La journée d'études de l'AFDA, consacrée à  l'humanisme dans la culture arabo-musulmane, aura lieu le samedi 27 mars 2010, à  l'institut du monde arabe, de 9h30  18h00.

L'entrée est ouverte à  tous.



9h30 : Allocution de Benoît Deslandes, président de l’AFDA.

9h45 : Table ronde en hommage à Daniel Reig :



Intervenants :
- Nada Tomiche (professeur émérite des universités),
- Sophie Tardy (inspectrice régionale d’arabe),
- André Miquel (professeur honoraire au Collège de France),
- Bruno Halff (inspecteur général honoraire de l'Education nationale),
- Miloud Gharrafi (maître de conférences).


Deuxième table ronde

- 11h. Yahya Cheikh (agrégé d'arabe, Paris) :
L’Homme et les valeurs humaines dans la pensée arabo-musulmane : Une réflexion sur les traités philosophico-politiques.

- 11h 25. Aziz Hilal (agrégé d'arabe, Poitiers):
Que signifie « s’exclure de l’humanité » ? Farabi et l’essence humaine.
- 11h 50. Pierre-Louis Reymond (agrégé d'arabe, Nantes):
 Regards sur l’humanisme de Tawhîdî

Modérateur: Najeh Jegham (maître de conférences, université de Nantes)

12h15. Débat.

12h30. Déjeuner.


Troisième table ronde
- 14h00. Naoum Abi-Rached (maître de conférences, université de Strasbourg) :
Chakib Khoury, le roman libanais contemporain entre humanisme et schizophrénie.

- 14h 25. Laurence Denooz (professeur des universités, université de Nancy et université libre de Bruxelles) :
Les valeurs humanistes dans le théâtre arabophone contemporain.

Modérateur : Mathias Hoorelbeke (professeur agrégé d'arabe, Blois)

14h 50. Débat.

Quatrième table ronde
- 15h 05. Edgar Weber (professeur des universités, université de Strasbourg) : L’humanisme maçonnique a-t-il joué un rôle dans l’humanisme arabe ?
- 15h30. Michel Levallois (préfet honoraire, historien et président de la Société des études saint-simoniennes.) : Le saint-simonien musulman Ismaÿl Urbain (1812-1884),  précurseur  et apôtre d’un humanisme  franco-musulman.

Modérateur : Floréal Sanagustin (professeur des universités, université Lyon 2 et ENS)

15h55. Débat.

16h10. Pause

Cinquième table ronde
- 16h 25. Haoues Seniguer (doctorant, université Lyon 2) :
L’humanisme arabo-musulman dans l’œuvre de l’Algérien Malek Bennabi : jalons pour une compréhension critique de la civilisation islamique.

- 16h50. Paul Balta (journaliste et écrivain) : 
L'islamisme et l'Occident freinent-ils l'émergence d'un humanisme arabo-islamique aujourd'hui?


Modérateur : François Clément (maître de conférences, université de Nantes)

17h15. Débat.

18h00. Clôture de la journée.


Journée d’étude le 27 mars 2010 à l'Institut du Monde Arabe, Paris, organisée par l’Association Française des Arabisants avec le soutien du centre de langue de l'IMA.